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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Marge et la phallocatrie
{Marge}, n°13, Novembre-Décembre 1977, p. 2.
Article mis en ligne le 27 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Chacun déblatère à l’envie sur "Marge" et les femmes. Alors, parlons-en. Parlons-en des nanas intellos aux grands discours, des féminis­tes phallocrates à rebours, des super-gueules ténors des problèmes et scissions.
Nous les avons entendues pour la première fois le jour des Assises de "Marge", le 16 mars 1976. Elles ont braillé pour s’affirmer indépen­dantes, alors que, jusqu’à ce jour, elles n’avaient été rien d’autre que des suivistes.
Des femmes, nous en avons connu de toutes sortes, celles qui parlent, parce qu’elles en ont envie ou ont quelque chose à dire - cela existe - et qui tout simplement sont elles-mêmes, celles qui ne disent rien - on est orateur ou on ne l’est pas -, mais agissent comme elles l’ont décidé. C’est cela l’important : nous réalisons notre désir.
il en est de même dans l’un et l’autre sexe. Contrairement à ce que l’on croit ou à ce que l’on veut nous faire croire, les gueulantes ne sont pas signe de prise de conscience. Je ne découvre pas mon identité en hurlant dans les débats.
Traiter de phallocrates les uns ou les autres dans le contexte de la parano anti-"Marge" ne prouve absolument rien. Ce ne sont que des mots exprimant la colère, la peur ou la haine.
Faites taires ces cris inutiles. Cessez ce tinta­marre. Vous nous cassez les oreilles. Que retrou­vons-nous dans vos sempiternelles querelles ? Le retour aux traditions par l’édification de nouveaux chefs bardés de mots d’ordre. C’est le triomphe de notre civilisation millénaire qui fonctionne sur l’ostracisme et l’exclusion. S’il n’y a plus d’homme pour gouverner la cité, ce seront les femmes qui les remplaceront, ce qui revient exactement au même. Qu’ils soient hommes ou femmes, nous ne voulons plus de maîtres. Nous en avons assez de l’esclavage.
Ras-le-bol les alternatives au pouvoir, à la famille, au travail et à la sexualité. Balayons ce qui n’est rien d’autre que la reproduction dans le changement de nos éternels poncifs : la loi du père ou de la mère, le pouvoir de l’argent, la sueur du front, la norme et l’anti-norme sexuelles.
On s’en fout. Cela n’a aucun intérêt et devrait être dépassé depuis longtemps. Nous avons un autre combat à mener. Il ne se fera pas contre, mais avec les hommes. Des réunions de femmes comme celles des journées internationales du Réseau Alternative à la Psychiatrie, en septembre 1977, où on exclut les hommes, comme celles du Festival de la Femme et autres conneries, laissez-moi rire !
Essayer d’inverser le rapport de force, c’est recréer le même processus. Inventons d’autres rapports entre les êtres humains. Que nous soyons noir, jaune, homme ou femme, quelle importance ? Ce qui compte, c’est que chacun se serve de ses idées, de son sexe et de ce qu’il est pour vivre son désir et conquérir la liberté.
Les guerres de religion ont fait leur temps. Laissons-les à l’histoire. Il nous reste à faire l’amour et à renverser l’État.

Françoise Lesage de La Haye.




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