Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Poésie : Je voyage, ils disent que je vagabonde
{Marge}, n°13, Novembre-Décembre 1977, p. 7.
Article mis en ligne le 27 juillet 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Je voyage, ils disent que je vagabonde
Je ris quand je flippe, ils disent que ça n’est pas sérieux
Je donne, ils disent que je gaspille
Je prends, ils disent que je vole
Je parle de moi. ils disent que je parle pour ne rien dire
Je les questionnent sur eux, sur leur vie, ils sourient
Je les regarde, ils se demandent ce que je cherche
Je trouve encore, trop, souvent : répétition, figu­ration, réaction-défense-attaque-ordre-raison. Je cherche toujours l’homme qui parle qui articule cet air chaud froid.
Ils répondent que c’est pure folie de perdre son temps à parler en l’air que : je ferais mieux de m’inquiéter de ma destinée.
Ils s’inquiètent, je m’inquiète de leur inquiétude, qui rend ma vie impossible,
Mater-paternalistes, ils avaient, depuis bien long­temps, décidé pour moi d’organiser ma vie, mon corps, ma tête, décrétant qu’il y a un temps pour chaque chose ;
Un pour dormir, un pour manger, un pour tra­vailler. un pour baiser, un pour les choses sé­rieuses, un pour rire très court pour qu’il ne gêne pas les autres... ils m’ont demandé, surtout, de mettre toute ma bonne volonté à les aider à me protéger de toute incertitude, de toute insécu­rité. J’ai essayé. Pour leur faire plaisir. Parce que je les aimais. Et puis, ils avaient l’air si sûrs de détenir le bonheur, la paix.
Je ne peux pas. Mon corps est malade, il hurle à leur froide raison, à leur ordonnance de la vie.
J’ai sommeil en plein midi,
J’ai soif la nuit,
Je veux vous toucher en plein jour dans la rue n’importe où sans que tu poses de questions. Ils ont si bien décidé pour nous de nos besoins que je n’ai plus le temps de vous carresser, tout juste le temps de me battre. A retrouver le lieu de ma naissance les feuilles innombrables désor­données arbres énormes les pieds perdus au chaud du sable la tâte au soleil à leur crier que je ne peux me passer de rire et je déserte.

MICHELE.




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