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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les enquêteurs du bolchevisme
{L’Internationale}, n°2, 22 Février 1919
Article mis en ligne le 7 novembre 2013

par ArchivesAutonomies

Les bolchéviks viennent de subir de rudes assauts à la Conférence Internationale (peut-on dire) de Berne.
Ils furent le sujet d’un long, très long débat. Le plus grand nombre des orateurs socialistes (oh ! combien) attaquaient sans ménagement ces mécréants de la République des Soviets.
Par les accusations qu’ils formulèrent, ces délégués apportaient à M.Pichon, la justification des mesures anti-bolchéviks prises par les Alliés.
Un certain nombre d’orateurs - c’était la minorité - tout en se défendant d’approuver les méthodes bolchévistes, les actes de Lénine, de Trotsky et la dictature des Soviets se refuseraient cependant à formuler des accusations.
Avec la rouerie politique qui caractérise les partis et les hommes inféodés au parlementarisme, les délégués de Berne - adversaires acharnés ou défenseurs penauds - se trouvèrent d’accord pour écarter des résolutions à prendre la décision immédiate, énergique et franche condamnant ou approuvant les bolchéviks.
On rechercha et l’on trouva une mesure dilatoire, la Conférence accoucha de la Commission d’enquête sur les bolchéviks.
Nos conférenciers reprocheraient-ils à’ la République des Soviets d’être venue au monde trop tôt, d’être née dans la violence et dans le sang et d’avoir fait oeuvre trop rapide de réalisation sociale ?
Cette pudeur serait peut-être légitime si elle s’était manifestée tout d’abord à l’examen des actes des gouvernements bourgeois de chaque pays, cette mesure à l’égard des bolchéviks serait justifiée si une commission d’enquête internationale avait été chargée de vérifier le degré de socialisme des Partis socialistes de tous les pays.
Pourquoi n’avoir pas pris la même décision vis-à-vis du parti social-démocrate allemand. Pourquoi ne pas enquêter sur le socialisme misérable des assassins de Liebneckt et de Rosa Luxembourg. Pourquoi tant de ménagements pour les Ebert, les Schedemann et leurs complices ?
Serait-ce parce que les Spartaciens sont frères des bolchéviks ? Misérable socialisme que celui qui consiste à suspecter les dictatures prolétariennes et à blâmer les violences libératrices, alors que depuis toujours, dans la plupart des pays, un grand nombre de socialistes se sont faits les complices de la dictature bourgeoise et on tolère ou absout les violences spoliatrices et oppressives.
Vous, des socialistes ! vous, enquêteurs de la plus belle révolution que le monde ait connu, d’une révolution née de l’excès de misère et de souffrance d’un peuple : un czar, des cosaques, le knout, la Sibérie !
Vous, des socialistes ! vous, enquêteurs d’une révolution triomphante ! vous, les juges d’une collectivité d’hommes qui, en dépit des pièges et des embûches, malgré la coalition intérieure des partis rétrogrades, malgré le désarroi économique et social résultant de la guerre, a réussi à créer une République socialiste qui vit et résiste face aux armées des Empires centraux et des Alliés, face à cette redoutable coalition qui l’enserre, l’étreint et s’essaye à l’étouffer.
Magnifique exemple ! et comme apparaît mesquine votre conférence de Berne à côté de la Révolution Russe !
Point n’est besoin d’enquêter pour comprendre que la réalisation de la République des Soviets, n’a pu s’accomplir sans faute et sans erreur, mais aussi point n’est besoin d’enquêteurs pour reconnaître que les bolchéviks ont su, au milieu des difficultés considérables réaliser une République, construire un Etat, qui au milieu des autres Etats - quelles que soient leurs étiquettes gouvernementales - les dépassent tous par sa valeur morale et parce qu’il comporte en lui le maximum de réalisation socialiste.
En face des géants bolchéviks, citoyens enquêteurs, vous êtes des nains.

Raymond PERICAT. [1]