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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La 3e Internationale
{L’Internationale}, n°8, 5 Avril 1919
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Le parti communiste

En ces cinq années de guerre, de reniements en reniements, les leaders du socialisme et les dirigeants de la Confédération Générale du Travail n’ont cessé de donner des " gages de sagesse ", de patriotisme, des preuves d’attachements et de soumission aux divers gouvernements qui se sont succédés depuis de août 1914.
L’action - il faudrait dire l’inaction - de la C.G.T. a joué dans les limites que lui ont tracé MM. Viviani, Briand, Malvy, Clémenceau.
Ceux des militants syndicalistes qui obstinément se refusent à être complices furent combattus, vilipendés, insultés par la majorité du Comité Confédéral.
Le Comité de Défense Syndicaliste fut chassé de la Bourse du Travail et de la C.G.T. en exécution d’ordres dictés par le gouvernement Ribot-Malvy à la Commission administrative de la Bourse du Travail et aux sociétaires de l’Union des Syndicats de la Seine.
Au sein du Comité Confédéral, on manoeuvrait pour étayer de l’appui de la C.G.T. un ministère en péril ; on déclarait s’opposer à une combinaison ministérielle qui apparaissait comme un défi à la classe ouvrière et un danger pour la défense nationale.
Il s’agissait alors de la chute probable de Malvy et de l’avènement possible de Clémenceau, c’ était une menace contre ce dernier, elle était formulée assez hautement parce qu’à ce moment les dirigeants confédéraux ne croyaient pas possible l’avènement au pouvoir du Tigre.
Il y fut hissé par les forces de réaction et la lâcheté parlementaire. Aussitôt toute opposition cessa, et nos farouches opposants d’un jour s’en furent comme la veille faire anti-chambre dans les ministères.
M.Clémenceau - que l’on appelle improprement le Tigre - M.Clémenceau, le dompteur, se fit un jeu de les asservir tous. Humblement, sous la menace de la cravache, ils rampèrent.
Merrheim le zimmerwaldien, Merrheim le propagandiste de la paix qui mit en ébullition les régions de la Loire et du Rhône, Merrheim le minoritaire, Merrheim l’accusateur, le juge du Comité Confédéral fut soudain converti à la sagesse ; comme Clovis, il brûla ce que la veille il simulait adorer.
L’heure des décisions et des responsabilités approchait, le dompteur avait le geste brutal, il fallait choisir. Merrheim fit volte-face. Orgueilleux et jaloux, la puissance morale acquise par le Comité de Défense Syndicaliste lui faisait mal ; c’est alors qu’il invita les syndicats des métaux à ne pas répondre à la convocation lancée pour le Congrès minoritaire de Saint Etienne, il cria à la superfétation et mit tout en oeuvre pour discréditer le C.D.S.
Des bras d’Albert Thomas, il s’en fut choir dans ceux de Loucheur, puis enfin dans ceux de Paul-Meunier. Ce dernier l’entraîna à la Coalition Républicaine, là notre petit bonhomme se gonfla. Il refusa d’abord, formula un ultimatum ensuite, puis finalement, rentra sans condition. La réaction n’avait plus qu’a se bien tenir, la République était sauvée.
Entraîné dans le sillage de Merrheim, attiré par les charmes de la fonction confédérale qui le sollicitait, charmé par les arguments de la majorité, Dumoulin s’en fut faire sa conversion au Congrès Confédéral de Versailles ( juillet 1918 ).
Le Dumoulin qui s’était insurgé contre les dirigeants confédéraux, celui-là même qui avait présidé, dirigé les travaux du Congrès minoritaire de Saint Etienne, venait d’être condamné à mort par Dumoulin le fonctionnaire ; comme Merrheim, il reniait, il désavouait par son attitude nouvelle, les organisations qui avaient fait le mouvement de mai, il condamnait, avant les juges bourgeois, les délégués d’ateliers, envoyés au front ou dans les dépôts, et la centaine de camarades emprisonnés.
Ils n’avaient pas voulu être, disaient-ils tous deux à Versailles, les instruments du Comité de Défense Syndicaliste, mais ils devenaient les esclaves, les valets de la majorité ; au sein du Comité national Confédéral, ils remplissaient avec zèle leur nouveau rôle en dénonçant le C.D.S. et en demandant des sanctions contre lui.
Aujourd’hui l’état de siège maintenu, les bagnes militaires et civils, les camps de concentration archi-bondés de victimes, l’amnistie obstinément refusée, les expulsions des militants étrangers, l’aggravation de la situation économique, l’augmentation des impôts, l’impôt sur les salaires, la dictature de la réaction, le gaspillage des milliards, la campagne de Russie, le maintien sous les drapeaux de nos enfants ne suffisent pas à faire sortir la C.G.T. de son indifférence et de son apathie.
Nos dirigeants marquent chaque jour davantage leur mauvaise volonté d’action.
La revendication des huits heures est confiée à l’étude d’un "cartel" d’une demi-douzaine de fédérations, alors qu’elle est à l’ordre du jour depuis le Congrès de Bourges (1904).
Les masses ouvrières frémissent d’impatience, elles veulent secouer le joug de la misère, de la souffrance morale causée par ces cinq années d’esclavage.
Plus d’équivoque, marquons nettement nos positions.
Nos tentatives pour ramener la C.G.T. à l’attitude et à l’action d’avant-guerre sont restées vaines, cependant que toutes nos déclarations, toutes nos prévisions sur la guerre se réalisaient.
La collaboration de classe, l’acceptation de la tutelle gouvernementale pour le triomphe de la guerre du droit, de la civilisation et de liberté, l’union sacrée pour la Victoire n’ont donné au prolétariat "qu’une victoire à la Pyr­rhus".
C’est la réaction que l’on disait combattue qui dicte ses volontés, c’est le militarisme que l’on voulait anéantir qui écrase le pays sous sa botte.
Que fait la C.G.T. pour réagir, pour marquer sa volonté ? Rien.
La C.G.T. actuelle ne représente plus notre idéal, elle se refuse à faire l’effort nécessaire à sa réalisation, elle se refuse à s’affirmer pour la lutte des classes.
Entendons-nous nous résigner à suivre nos " dirigeants dans la voie qu’ils prétendent nous tracer, allons-nous glisser dociles dans le sillage de cette action ultra-réformiste
que nous désapprouvons, allons-nous par notre silence et par notre effort pécuniaire faciliter leur propagande néfaste ?
L’expérience a trop duré. Au sein du Parti Socialiste, au sein de la Confédération Générale du Travail et dans les groupements libertaires, ils sont nombreux ceux qui en ont assez des hommes "pas en arrière" et des groupements "marquez le pas", ils veulent marcher pour avancer.
De Paris et de province des camarades m’écrivent et m’engagent instamment à mener une campagne dans l’Internationale pour la création d’un parti - ralliant les éléments de gauche du socialisme, du syndicalisme et de l’anarchie - qui adhérerait à la 3° Internationale.
Après l’appel des communistes de Russie, l’adhésion du Parti Socialiste italien à la 3° Internationale, nous n’avons plus le droit d’hésiter, nous répondons : présent.

20 lignes censurées.

L’appel sera entendu de nos camarades d’Amérique, d’Angleterre, d’Espagne, de tous les pays du monde.
Créons en France le Parti communiste. La 2° Internationale s’est suicidée.
Vive la 3° Internationale !

Raymond PERICAT.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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