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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La prise d’Odessa
{Le Drapeau Rouge}, n°1, 12 Avril 1919
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Odessa est prise. Telle est la bonne nouvelle qui, le 7 avril, se répandit à Kiew avec la rapidité d’un éclair. Depuis longtemps nous attendions la chute de cette cité qui était devenue, en ces derniers mois, le rempart de la réaction universelle et le symbole des espérances contre-révolutionnaires.
En effet, c’était là qu’avaient été concentrées toutes les forces sombres de la réaction, tous les mercenaires à la solde du Capital. C’était de là que devaient s’élancer ces légions qui en peu de jours se proposaient d’écraser la jeune révolution russe.
Ah Quelles belles illusions avait fait naître cette préparation guerrière dans le cerveau de la bourgeoisie européenne. Dans son développement elle voyait la ruine définitive du bolchévisme, cette contagion si subtile et si puissante devant laquelle le monde capitaliste tremble en ce moment.
Hier, encore, Odessa était le coeur de la réaction universelle et aussi le dernier espoir de la bourgeoisie russe. Traquée, elle avait trouvé dans cette ville un asile sûr d’où elle se disposait à nous porter des coups rudes et décisifs. Je me souviens encore avec quels cris de joie la descente alliée était accueillie par la presse capitaliste de l’Entente et par tous les éléments de réaction et d’oppression.
C’était vers le milieu de cet hiver, dans des jours sombres que cette menace que nous ne pouvions pas encore évaluer à sa juste valeur, rendait plus sombre encore.
On parlait un peu partout de cette attaque foudroyante qui devait partir de ce point-là dans les premiers jours du printemps. On nous prédisait notre fin prochaine. La bourgeoisie nous voyait déjà rejetés et son autorité rétablie.
Nous étions inquiets, mais fermes et résolus. Nous avions confiance, sûrs que nous étions de notre incomparable supériorité morale sur les forces guerrières de la réaction.
Nous savions que ces soldats français sur qui retombait toute cette besogne de restauration, nous soutiendraient quand ils nous connaîtraient, quand ils sauraient... Et tandis que sous la protection des canons lourds des cuirassés s’effectuaient les descentes alliés et se déchargeaient les machines de guerre les plus perfectionnées et les plus effroyables qui devaient nous pulvériser, nous rédigions nos appels, nous préparions nos brochures, sûrs que cette arme triompherait de la coalition brutale, grossière et criminelle de l’impérialisme mondial.
La belle victoire d’aujourd’hui justifie nos prévisions d’hier. Odessa est tombée. Les troupes que la coalition capitaliste avait envoyées ici pour accomplir cette mauvaise besogne de restauration ont dû être rappelées à la hâte. Le bolchévisme y faisait chaque jour des progrès si grands que, si leur séjour s’était prolongé quelque peu, ces infernales machines de guerre que l’on avait amenées pour écraser le bolchévisme auraient été retournées par ces mêmes troupes contre les instigateurs de cette aventure honteuse. Et c’est dans les premiers beaux jours de ce printemps, qui nous paraissait alors si chargé de menaces et d’épreuves, que nous célébrons notre triomphe.
La prise d’Odessa c’est l’affermissement définitif des Républiques Russe et Ukrainienne. Mais ce n’est pas tout. Elle comporte avec elle une signification d’une portée bien plus considérable. C’est la preuve indéniable de l’impuissance des vieilles forces réactionnaires devant les forces vives de la révolution.
Aujourd’hui, c’est la retraite. Demain ce sera la capitulation. La chute d’Odessa sonne comme un glas funèbre dans le monde capitaliste. Et ceux qui étaient venus là pour creuser le tombeau de la révolution universelle y ont trouvé leur propre tombe.
Odessa est à nous. Le drapeau rouge de la Révolution mondiale flotte de nouveau sur la ville ouvrière et les échos de notre triomphe se répercutent joyeusement dans tous les coeurs révolutionnaires.

J.LAURENS.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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