Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Domela Nieuwenhuis
{L’Internationale}, n°35, 1er au 15 Décembre 1919
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 20 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Domela Nieuwenhuis vient de mourir.
C’est La Feuille, journal "bolchévik" suisse, qui nous l’apprend. Les journaux français ont sans doute pensé qu’il y avait des nouvelles plus intéressantes à donner que celle de la mort du grand apôtre que fut Nieuwenhuis.
Ferdinand Domela Nieuwenhuis était né à Amsterdam, le 31 novembre 1846. Elevé dans la religion luthérienne, il suivit les cours du séminaire de la capitale, et fut nommé pasteur à Beverwyk, en 1871, puis quatre années après à La Haye.
En 1870 déjà il avait donné un avant-goût de ses idées révolutionnaires, en fondant à l’occasion de la guerre franco-allemande, un groupe de pacifistes, et en envoyant au roi une adresse, l’invitant à résigner son droit constitutionnel de déclarer la guerre entre les mains des représentants du peuple.
En 1878, il écrivit au conseil de l’église luthérienne de La Haye : "Travailler au progrès de l’humanisme, et cela en qualité de chef d’une église qui par principe est adversaire de l’humanisme, cela je ne puis et je ne dois le faire, maintenant que la chose m’apparaît clairement. Ma conscience me défend donc de rester à la tête de ma paroisse".
C’est alors qu’il fonda le journal Recht voor Allen (Le droit pour tous), et qu’il commença la série de ses conférences, où il déploya un talent d’orateur fougueux et convaincu. En 1886, il est condamné à une année de travaux forcés pour crime de lèse-majesté, à propos d’un article intitulé : Le Roi vient. Et la foule imbécile, en apprenant la condamnation de celui qui plaidait sa cause, dansait dans la rue, en chantant : "Nieuwenhuis doit fabriquer des sacs, hi ! ha ! ho !".
En 1888, il fut élu à la Chambre, par le district Schoterland. Il y demeura isolé, et sa critique intransigeante ne pouvait lui valoir que des insuccès dans ce milieu parlementaire, dont il devint bientôt l’adversaire le plus résolu. Aussi aux élections de 1891, il demeura sur le carreau.
Dès lors, il affirme de plus en plus ses idées anarchistes, s’éloignant des doctrines de Marx, pour se rapprocher de Bakounine, Kropotkine et Reclus. Et il fonda un nouvel organe : Die Vrije Socialist (Le libre socialiste). On se rappelle comment, en 1891, au deuxième Congrès international socialiste de Bruxelles, il combattit les socialistes allemands et se fit le défenseur de la grève générale et du refus du service militaire. Il subit, à cette occasion, une défaite absolue, de même qu’au Congrès de Zurich. Mais il avait vu juste, et l’avenir a prouvé le néant des théories de ses adversaires, qui ne se montrèrent à l’époque du grand conflit que des bourgeois déguisés.
Domela Nieuwenhuis a beaucoup écrit : entre autres une Histoire du socialisme, en trois volumes, Chrétien devenu anarchiste, soit l’histoire de sa conversion, la Débacle
du marxisme, La Bible, son origine et son histoire, des séries de contes populaires, etc. Il écrivait couramment en français et en allemand, et, sauf erreur, aussi l’anglais.
Sa belle attitude pendant la guerre est encore présente à toutes les mémoires.
Nous ne partageons pas toutes les idées de Nieuwenhuis, mais son pacifisme ardent aurait suffi pour que nous lui donnions toute notre sympathie.
C’est une belle figure qui vient de disparaître.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53