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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Aux socialistes communistes
{Le Communiste}, n°2, 1er Novembre 1919
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Dans le numéro six de l’Internationale, je constatais la faillite lamentable de la majorité des fractions socialistes dans tous les pays pendant la guerre et je disais qu’il était utile pour les socialistes maximalistes ou communistes de faire la scission, de former un nouveau parti et une nouvelle Internationale. Je m’étais adressé pour cela au Comité de Défense Syndicaliste et au Comité de la Reprise des Relations Internationales. Depuis, le Parti Communiste s’est formé, mais avec l’appui presque seul du Comité de Défense Syndicaliste. Je pense pourtant - et je ne suis pas le seul - que la nécessité de la scission existe toujours pour la fraction maximaliste du Parti Socialiste et je crois que le Parti Communiste prendra sa véritable extension en France quand la fraction Loriot-Saumoneau sera avec nous franchement pour le Communisme et l’organisation du Parti Communiste. Je fus pendant la guerre secrétaire d’une section socialiste et j’ai connu .de nombreux camarades qui promirent de ne jamais passer l’éponge sur la politique chauviniste des Thomas-Renaudel et leurs complices de l’arrière jusqu’auboutistes !!! Je ne crois pas que c’est le dernier congrès du Parti Socialiste qui peut leur avoir donné satisfaction, au contraire. N’a-t-on pas vu cette chose écoeurante, mais logique, les majoritaires longuettistes faire pression sur le Parti Socialiste pour sauver la situation des Thomas et consorts ! Il est vrai que majoritaires à la sauce tomate et majoritaires longuettistes se valent et qu’ils sont solidaires ! N’ont-ils pas tous voté les crédits militaires et impérialistes jusqu’à la dernière heure ?
Cette chose étant visible, même pour les aveugles, qu’attendent donc les socialistes communistes sincères pour sortir de ce Parti où la cuisine et la roublardise sont maîtresses et remplacent l’action utile. En Hongrie, en Russie, en Pologne, en Allemagne, en Amérique et partout les socialistes-maximalistes se sont séparés franchement des social-patriotes et forment des partis communistes qui adhèrent à l’Internationale Communiste de Moscou.
Nos grands et vaillants camarades Lénine et Trotsky qui ont placé leur confiance sur la fraction socialiste-communiste de Loriot-Saumonneau seront-ils déçus ? Je ne crois pas et il ne faut pas que cela soit.
Je lisais il y a quelques jours dans le Populaire des articles de Renoult et d’autres sur les hommes néfastes, Noske, Scheidemann, etc., du Parti Socialiste d’Allemagne. Mais je le demande aux camarades éclairés, quelle différence peut-on faire avec eux et nos trop célèbres Thomas, Varenne, etc. ? Simplement qu’en Allemagne la situation leur a permis de prendre le pouvoir, tandis qu’en France, c’est une chose qui reste à faire.
Je suis persuadé que nos social-guerriers agiraient de même si l’occasion se présentait ! C’est aussi l’opinion exprimée par de nombreux camarades. Ces messieurs ne trouvent-ils pas tout naturel que l’on affame, que l’on fasse mourir à petit feu des millions de femmes et d’enfants russes parce qu’ils ont le tort d’appartenir à un pays où les drapeaux rouges et le communisme doivent remplacer les chiffons tricolores et l’aristocratie capitaliste. Ce fait, à lui seul, est suffisant pour que nous les combattions de toute notre énergie comme nos pires ennemis, et il n’y a pas que cela.
Tous ces Judas se sont serrés la main pendant la guerre.
Personne ne peut nier que nos camarades Thomas-Varenne furent, et sont toujours, camarades avec Briand-Viviani, c’est naturel, mais ce qui ne l’est pas, c’est que des camarades communistes restent dans le même parti qu’eux ! Les suppôts de trahison et de reniement pullulent dans la 2° Internationale. Après cela, des camarades s’étonneront peut-être que dans le Parti Communiste il y ait une pointe de sympathie pour les libertaires pacifiques, les Lecoin, les Cottin. Pour mon compte, mon choix est fait, j’ai plus d’estime pour ceux-ci que pour les social-guerriers. Pour toutes ces raisons, la scission, la séparation reste une nécessité pour les socialistes maximalistes qui sont encore dans le Parti Socialiste en France. Reste à savoir quand ce geste se fera ?
Aux camarades socialistes communistes, je demande amicalement s’il ne leur paraît pas immoral de conserver le contact avec les social-étrangleurs de la Russie des Soviets, renégats de la pire espèce et avec les timides, incapables d’action révolutionnaire ?

Arthur BOUCHEZ, du Parti Communiste

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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