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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pourquoi ce journal ? Pourquoi ce titre, Le Soviet ?
{Le Soviet}, n°1 21 Mars 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Nous lançons ce journal, nous l’improvisons, nous lui donnons ce titre, "Le Soviet", parce que nous estimons qu’il est urgent d’appeler vivement et fortement l’attention du prolétariat sur l’idée communiste soviétique, sur le régime soviétique.
Nous avons d’ailleurs décidé notre adhésion à l’Internationale Communiste de Moscou, et nous avons nommé un délégué permanent auprès de son Comité Exécutif, à Moscou. C’est dire quelle est notre doctrine. Nous ne sommes pas en marche vers la 3e Internationale. Nous avons pris nettement position : nous sommes au coeur même de cette Internationale. Nous nous réclamons et de la Constitution de la République Socialiste Fédérative des Soviets de Russie, du 10 juillet 1918, et du Manifeste de l’Internationale Communiste du Congrès de Moscou, de mars 1919. Par conséquent, nous répudions absolument et la démocratie bourgeoise et le suffrage (prétendu universel et égalitaire) bourgeois, et le parlementarisme bourgeois. Sur ces différents points, nous n’admettons pas ni partage, ni confusion, ni équivoque.
Il est urgent que le prolétariat prenne position relativement à ces questions vitales et brûlantes.
Le monde tout entier est en pleine crise de révolution.
La guerre a mis à nu les tares et les vices du régime capitaliste. Ce régime, de toute évidence, ne peut plus se soutenir que par la dictature à base militaire. Cette dictature exige ou bien la guerre, ou bien la menace de la guerre. La guerre, tout en enrichissant la clique sordide des profiteurs et des embusqués, a prodigieusement appauvri l’humanité. La menace de guerre, ou régime de paix armée, entretiendra et aggravera le dénument mondial. Ainsi, le régime capitaliste, qui avait pour seule excuse l’intensification de la production, est condamné à n’être plus qu’un régime de destruction. On peut donc dire que cette guerre, qu’il a voulue, qu’il a criminellement entretenue, qu’il entretient encore aujourd’hui, a été son arrêt de mort.
De là, la situation révolutionnaire actuelle. La révolution est inévitable, parce qu’elle répond non seulement à des besoins d’ordre humain et sentimental, mais à des fatalités économiques inéluctables. Elle est fatale, d’une fatalité de banqueroute.
Cette révolution, il faut que le prolétariat la gagne. Il faut qu’il sorte vainqueur de la lutte.
Il faut, au lendemain des journées décisives, qu’il soit prêt à prendre en main, immédiatement, non pas seulement la propriété, mais encore la production, la gestion, la répartition. C’est d’une nécessité absolue.
Il devra saisir, et conserver, la régie universelle de tout.
De quels moyens, de quel instrument à la fois politique et économique utilisera-t-il pour réaliser cette prise de possession ?
Tous les régimes politico-économiques sont en train de faire faillite, parce que tous, ils s’étaient modelés sur le régime capitaliste. Aux yeux de l’histoire, ils sont morts : aussi bien la démocratie et le parlementarisme bourgeois que le vieux parti socialiste (l’expression est de Sadoul) et que la C.G.T. officielle et bureaucratique. La C.G.T. a trouvé à Washington son Canossa. Le Parti Socialiste a pris position à Strasbourg s’y est ancré, et a désavoué Moscou.
Ils se sont condamnés à être des partis de réaction. Qu’ils le veuillent ou non, ils iront jusqu’au bout de leur erreur ou de leur trahison, fatalement. Les Scheidemann, les Noske, les Peidl, les Garami, les Gompers sont de partout. Il y a des Noske ailleurs qu’à Berlin. Les mêmes causes produiront les mêmes effets partout.
La classe prolétarienne ne doit donc compter que sur elle-même, unifiée nationalement et internationalement : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous".
La concentration capitaliste a atteint, à tous les points de vue, ses dernières limites.
Les capitalistes de partout avaient fait deux blocs : le bloc des Empires centraux et celui de l’Entente. Ces deux blocs, dès aujourd’hui, n’en constituent plus qu’un seul, en réalité. Leur formation de guerre, c’est la croisade capitaliste, par les armes et par le blocus, contre tous les bolchévismes, c’est-à-dire contre tous les prolétariats. Leur formation de paix, ce serait, si leurs espérances devaient se réaliser, la Société des Nations, qui serait la consécration et la consolidation de leur victoire non pas sur les Empires Centraux, mais sur le Prolétariat Mondial, qui est le seul ennemi qu’ils redoutent réellement.
C’est contre ce bloc capitaliste unifié et armé en guerre, fortifié - momentanément - par la dictature de guerre et par les profits de guerre, que chaque prolétariat national, et que surtout le prolétariat international, doit s’unifier, lui aussi. Sinon, pas de victoire possible.
Cette unification de tous les prolétariats n’a à sa disposition qu’un seul instrument, mais cet instrument est d’une perfection absolue c’est le système soviétique : Système soviétique national et, surtout, système soviétique international.
Résumons la situation : Lutte de classe prolétarienne contre la classe capitaliste, dictature prolétarienne destinée à anéantir la dictature capitaliste en tant que classe- ; prise de possession, par le prolétariat, de toutes les richesses et de tous les pouvoirs ; communisation (socialisation est devenu un mot équivoque) de tous les moyens de production et communisation de la répartition ; consolidation du régime communiste par la création (temporaire) d’une Armée Rouge et d’une Garde Rouge, par la création (définitive) d’une instruction publique qui ne sera pas un maquillage soi-disant laïc de l’éducation religieuse et confessionnelle administration directe des intérêts des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes, sans classe parasite, sans bureaucratie parasite interposée, tout cela tient dans cette expression : régime communiste soviétique.
En somme, le soviétisme est au prolétariat ce que fut le républicanisme ou le parlementarisme à la classe capitaliste.
La révolution capitaliste s’appela de son vrai nom : république.
La révolution prolétarienne s’appelle : soviétisme.
La république est le régime direct, le self-gouvernement du prolétariat mondial.
Les capitalistes l’ont fort bien compris. Voilà pourquoi ils dirigent et concentrent toutes leurs machines de guerre, y compris la Société des Nations, contre ce qu’ils appellent le Bolchévisme. A leur point de vue, ils ont tout à fait raison. Pour eux, le Bolchévisme, c’est l’ennemi, l’unique ennemi.
Le bolchévisme est le mot sous lequel ils ont prétendu cacher, discréditer, et finalement étouffer le communisme soviétique.
Mais en vain : désormais l’élite du prolétariat sait que bolchévisme et soviétisme, c’est une seule et même chose.
Nous lançons, nous improvisons ce journal "Le Soviet", afin que, dans les heures graves et décisives dont tout le monde pressent l’approche, personne ne soit plus dupe de cette manoeuvre grossière.
L’homme au couteau entre les dents, c’est notre frère. C’est nous-mêmes. Lénine, Trotsky sont nos héros Rosa Luxembourg, Liebknecht, Jeanne Laborde, sont nos martyrs et nos saints.
Et le régime soviétique, absolument et exclusivement soviétique, c’est notre armée, notre salut, et le salut du monde.
Prenons donc pour devises Vive le Communisme Soviétique ! Tous les pouvoirs aux Soviets !

LE JOURNAL "LE SOVIET".

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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