Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Base marxiste, Forme soviétique
{Le Soviet}, n°3, 30 Avril 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Il est de la plus haute importance de définir la position actuelle de la thèse communiste marxiste.
Le régime capitaliste est en état de dissolution partout. Il ne se maintient plus que grâce à la dictature de guerre ou d’après-guerre, et grâce à l’ignorance épaisse des masses, systématiquement entretenue par la presse qui est à la dévotion du capitalisme. Mais la pression croissante des réalités économiques finira nécessairement par réveiller les masses de leur torpeur, et par faire contrepoids à la puissance de mensonge de la presse stipendiée. Le poids de la dette de guerre, celui de la vie chère, fruit de la guerre et du service militaire feront le reste. Du même coup, le prolétariat verra clair, et secouera le fardeau. Et tout l’édifice capitaliste s’écroulera.
Demain ce sera l’écroulement. Aujourd’hui c’est le pressentiment de cet écroulement. C’est le malaise.
Ce qui aggrave ce malaise, c’est l’évidente déchéance non seulement de la Deuxième Internationale, mais encore de tous les Partis socialistes qui en étaient les membres. Ces partis sont morts ou mourants. Là où ils ont quelque apparence de vie, ils sont les adversaires, violents ou hypocrites, du communisme marxiste. Ils sont les soutiens, les étais du capitalisme chancelant. Par exemple, en France, les projets de lois fiscales du Parti socialiste, son projet de service militaire réduit à huit mois, son projet de "saignée thérapeutique" ou de prélèvement sur le capital ne pourraient avoir effet que de prolonger l’agonie du régime capitaliste, et de retarder la catastrophe finale
Ainsi, le socialisme, ou démocratie sociale, ayant pratiqué la collaboration de classes, et la pratiquant partout sous la forme de participation au parlementarisme bourgeois, devait fatalement en arriver là.
On peut dire qu’il a touché le fond de la déchéance et de l’impuissance.
Le prolétariat a sinon l’idée nette, du moins la sensation de ce fait grave, et irrémédiable. Et c’est une nouvelle cause d’incertitude et de malaise.
Voilà pourquoi un nombre de plus en plus considérable de militants socialistes renoncent délibérément au socialisme pseudo-marxiste des Vieux Partis qui composaient la Deuxième Internationale, et décident de s’attacher désormais au communisme marxiste, c’est-à-dire à la véritable doctrine de Marx, pour qui la démocratie sociale n’était qu’un expédient, qu’un régime de transition.
Au point de vue de la doctrine, ils renoncent à la fiction socialiste et parlementaire, et ils proclament la nécessité absolue du Communisme marxiste.
Ils entrent donc dans l’ère du Communisme. Ils ne sont plus socialistes. Ils sont communistes.
Ce n’est pas une vaine question d’étiquette. Ce changement de titre, d’appellation dit expressément qu’ils estiment que les thèses fondamentales du marxisme sont des vérités et des nécessités non pas de demain, ou d’après-demain, mais d’aujourd’hui.
Ainsi donc, "l’expropriation des expropriateurs" est une nécessité d’aujourd’hui, une nécessité urgente. Le régime du prélèvement capitaliste, dans tous les domaines de la production, doit cesser absolument. Je dis : absolument.
La production collective doit avoir une destination et une utilité collective.
Elle n’a plus pour but le profit de vente, mais la satisfaction des besoins réels des travailleurs. Il ne doit plus y avoir de crises de surproduction ou de sous-production. La statistique doit être une science sociale et pratique. Ses lumières dissiperont les mystères du secret commercial, industriel et bancaire, et tariront la source des prélèvements (ou profits) qui n’existent que grâce à ces secrets. Ajoutons que par le jeu même de la loi fondamentale du matérialisme historique, la disparition de ces secrets si fructueux pour les privilégiés entraînera l’effondrement de la diplomatie secrète, de la politique secrète, et de la politique nationale ou internationale secrète. Le Communisme marxiste, en ruinant la base de l’édifice d’iniquité, c’est-à-dire le prélèvement capitaliste, le profit capitaliste, fait du même coup tomber toute la superstructure.
L’État capitaliste disparaît.
L’État prolétarien le remplace.
Et c’est ici qu’apparaît une autre thèse du Communisme marxiste : celle de la dictature du prolétariat.
Cette dictature devra remplacer de toute nécessité, nécessité doctrinale, nécessité pratique, la dictature du capitalisme. Cette dictature du capitalisme, la formule constitutionnelle, parlementaire, ou démocratique la masquait tant bien que mal. Mais la guerre abominable et inexpiable l’a définitivement révélée dans toute son horreur, et dans toute sa bestiale et inflexible sévérité.
Le moyen par lequel cette indispensable dictature s’exercera est désormais connu : c’est le Soviet. C’est le régime soviétique.
On a dit que le régime soviétique était le prolongement du marxisme, et que c’était une trouvaille, une découverte originale de la révolution russe, commencée en 1905, achevée en 1917.
En réalité, le soviétisme, c’est la forme nécessaire de la dictature d’un prolétariat éduqué par la démocratie et unifié par la concentration capitaliste. La classe exploiteuse, en se différenciant de plus en plus rigoureusement de ceux qu’elle exploite, a fini par donner aux exploités leur parfaite et rigoureuse conscience de classe.
Le Soviétisme, c’est l’expression concrète, dans le domaine de l’action politique et économique (dictature du prolétariat) de cette parfaite et rigoureuse conscience de classe. D’où la devise : "Tous les pouvoirs aux Soviets !".
Le Soviétisme exclut de toute nécessité le parlementarisme. Le parti socialiste italien, bien qu’il soit le plus évolué de tous (la Russie étant communiste et non pas socialiste) s’est condamné à l’impuissance dans l’exacte mesure où il s’est condamné au parlementarisme.
Les partis social-bourgeois ont cherché à créer des diversions au Soviétisme, qu’ils regardent à juste titre comme leur arrêt de mort. Ils ont mis en avant et prôné de prétendues succédanés au Soviétisme : régime mixte, régime des conseils, etc., etc. Les communistes ne seront pas dupes de ces manoeuvres.
La forme nécessaire du communisme marxiste, c’est le régime soviétique, parce que ce régime réserve exclusivement tous les pouvoirs politiques, tous les pouvoirs économiques au seul prolétariat, à l’exclusion de quiconque édifie sa fortune ou bâtit sa vie sur l’exploitation du travail d’autrui.
La seule formule qui soit exacte et scientifique est celle de la révolution russe et celle des premières semaines de la révolution allemande de novembre-décembre 1918 : Conseils des Députés Ouvriers, Paysans et Soldats : C.D.O.P.S. C’est la formule soviétiste. C’est selon la logique de l’histoire et de l’évolution politique et économique, la formule marxiste, complétée, ou pour parler plus exactement, mise au point par le mécanisme même du progrès politique et économique du prolétariat.
Cette dictature du prolétariat, contre-poison indispensable de la dictature du coffre-fort, durera tout ce qu’il faudra pour extirper jusqu’aux dernières racines de la tyrannie et de la férocité capitalistes. Elle ne cessera que le jour où toute possibilité de renaissance du capitalisme sera totalement morte.
Éclairé par cette doctrine et fortifié par elle, le prolétariat ne pourra plus s’égarer. Il ira droit au but, sans déviation possible : Base marxiste, Forme soviétique.
Ce qui est scientifiquement vrai pour les prolétariats actuellement divisés en nations est non moins vrai, non moins nécessaire, pour le prolétariat international qui péniblement, douloureusement, s’organise dans le chaos de la guerre et de l’après-guerre capitaliste, parmi les ruines, les larmes et le sang.
Nous en traiterons prochainement. Là encore, la devise de Marx s’impose : "Prolétaires de tous les pays, unissez- vous !".
Mais par union il faut entendre : unification véritable, systématique, basée sur les nécessités de la politique et de l’économie prolétarienne mondiale, scientifiquement déterminées, et scientifiquement administrées, dans le cadre du régime soviétique international.

Emile CHAUVELON.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53