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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le mouvement communiste et les conseils ouvriers
{Le Soviet}, n°8, 25 Juillet 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Depuis la prise du pouvoir par les Bolchéviks ( Commu­nistes ) de Russie, les camarades révolutionnaires de partout ont compris que pour créer une République prolétarienne et Communiste, il fallait des organismes nouveaux. Les partis socialistes-démocratiques, corrompus et périmés, doivent disparaître et laisser la place aux jeunes partis Socialistes-communistes et Communistes décidés et compétents. Les trahisons commises par les socialistes de la 2e Internationale antirévolutionnaire justifient cela. Il n’est pas utile d’insister sur ce sujet, car tous les militants ouvriers sont éclairés sur le socialisme patriotique et petits-bourgeois qui va finir dans la boue. Dans de nombreux pays, des partis socialistes-communistes et communistes se sont formés et partout où ces partis sont devenus puissants, nos espoirs de révolution sociale sont plus profonds.
Dans la plupart des grands pays, le mouvement communiste prend racine assez fortement ; des petits pays comme la Bulgarie, la Serbie, la Grèce s’occupent sérieusement de l’organisation Communiste et paraissent mieux comprendre l’utilité de cette besogne que certains grands peuples, les Anglais et les Français par exemple. En France, les efforts dans ce sens sont faibles et manquent de précision et de cohésion. Trois ou quatre groupements se sont formés depuis un an environ, qui discutent et s’occupent du Communisme et de la III° Internationale. Il y a le Parti Communiste, les groupes de la Fédération Communiste, les Comités de la IIIe Internationale et quelques Conseils d’ouvriers syndiqués.
Rien de bon ne sera fait tant que ces groupements communistes n’auront pas compris la nécessité de la fusion et l’organisation puissante du mouvement communiste en France avec un programme unique et lucide. Espérons que cela se fera bientôt, car cette division des forces communistes au début est déplorable et empêche le recrutement. D’ailleurs, le Congrès de l’Internationale Communiste s’occupera certainement de ce sujet et quelques conseils viendront bien de là.
Mais la lutte nouvelle ne comprend pas seulement les partis Socialistes-communistes et Communistes. Il y a aussi les Conseils d’ouvriers et paysans se préparant à la gestion et à l’administration des usines, des chemins de fer, des mines, de la terre, etc. C’est bien dans le système des Conseils ouvriers qu’est la nouvelle formule de lutte pour la classe ouvrière révolutionnaire qui désire franchement la transformation sociale.
Après les grands efforts des camarades Russes, Allemands, Autrichiens, Italiens, où en sommes-nous en France pour cette bataille si fertile ?
Il y a tout à faire ou presque.
Pendant que les Conseils d’ouvriers en Russie sont tout puissants, qu’en Allemagne, en Autriche, en Italie, les camarades redoublent d’énergie pour maintenir et instituer les Conseils datant des périodes révolutionnaires, en France nous nous tournons les pouces comme des gens irrésolus. Nous avons laissé passer la dernière grande grève de mai sans faire les démonstrations utiles qui s’imposaient.
Une leçon se dégage des derniers événements, il faut la comprendre et mieux nous préparer.
Les nombreux camarades qui paraissent dégoutés de la C.G.T. et du syndicalisme, lequel patauge dans la confusion - mais qui sont quand même des partisans résolus de la transformation sociale, devraient se mettre à la besogne et organiser partout des Conseils d’ouvriers d’ateliers, de chantiers, de magasins, etc. Les syndicalistes révolutionnaires devraient être en tête de ce mouvement.
Nous ne ferons pas d’innovations d’ailleurs, nous ne ferons que suivre et utiliser les efforts éclairés des camarades des autres pays. Pour cela, il est utile de se renseigner et de se documenter sur cette nouvelle tactique de lutte excellente. L’expérience a prouvé que les anciens moyens employés dans la lutte contre nos adversaires ne correspondaient plus aux nécessités actuelles. Les syndicats, les coopératives peuvent rendre service, jouer un rôle dans la révolution sociale, mais il est de toute évidence que le premier rôle sera joué par les militants communistes compétents et les Conseils d’ouvriers et paysans révolutionnaires. Ce fut une erreur de croire que le Comité Confédéral en France pouvait guider et conduire la classe ouvrière contre le régime capitaliste-militariste et vers la révolution. La preuve en est faite. Préparons-nous et ne nous laissons plus surprendre. Les exemples de la Russie, de la Hongrie, de la Ruhr sont là pour nous éclairer. Si, par manque de logique, nous ne changeons pas nos méthodes, si nous ne préparons rien de nouveau, si nous sommes incapables de comprendre les leçons qui se dégagent des dernières révolutions, une bonne république à la Noske-Scheidemann nous attend - peut-être quelque chose de pire - et nous l’aurons bien mérité.
Pour éviter cela préparons le mouvement soviétiste.

A.Bouchez.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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