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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre d’un de nos délégués à Moscou
{Le Communiste}, n°4, 2e année, 1er Août 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Berlin, le 12 juillet, 1920

Mes chers amis,

Avant de quitter l’Allemagne, je tiens à vous donner des nouvelles de mon voyage. Nous sommes partis le x... juillet par l’express de K... Mon camarade avait un passeport pour x... et moi rien du tout.
Le voyage s’est passé sans encombre jusqu’à K... Là, malgré des avertissements défendant sous peine de sanctions graves d’aller en Allemagne sans visa des autorités, nous avons réussi à nous glisser dans un train pour H... et en sautant quelques barrières à arriver dans cette magnifique ville.
Notre intention était de passer par le Danemark où le camarade Litvinof aurait pu nous aider.
Nous sommes arrivés jusqu’à W..., petit port de la Baltique, mais là, une organisation infranchissable de police et de douaniers ne nous a pas permis de prendre le bateau. A moins de partir à la nage, il y avait impossibilité matérielle. Nous sommes donc partis pour Berlin avec l’espoir d’avoir des passeports en règle .
Et nous voilà à Berlin dans cette position risquée sans connaître âme qui vive. Ma connaissance de la langue m’a sauvé. En lisant les journaux, qui sont tous socialistes et révolutionnaires, et après quelques jours inévitables, nous avons trouvé le Rate Zeitung journal des soviets) où nous avons été reçus comme deux frères.
Par exemple, ils sont formalistes et il a fallu montrer patte blanche, mais les mandats étaient en règle et les lettres des militants nous ont servis de sauvegarde.
Il y a à Berlin deux organisations communistes : Le Spartakus, qui a la tendance Loriot et l’Arbeiter Parti, qui est d’accord avec nous. Les anarchistes ne comptent
guère et sont stirnériens, des syndicats très bourgeois sont en majeure partie contre-révolutionnaires. Seuls les "localistes anarchisants" et l’"Union Ouvrière Commu­niste" sont révolutionnaires.
A Berlin, on ne connaissait pas le Parti Communiste Français. Seul le Parti Monatte et Loriot est connu. S. a été à Berlin après Strasbourg. Il n’a pas parlé de l’existence du parti communiste.
C’est dire si les camarades allemands ont été heureux de nous voir et de nous entendre. La lettre de Sigrand à Lénine a été traduite. Je n’ai pas cru devoir autoriser la reproduction de cette lettre sans autorisation.
On m’a demandé des articles. L’accueil que nous avons reçu partout, le sérieux et l’esprit profond et érudit des chefs du mouvement communiste en Allemagne m’ont frappé. En même temps que j’étais heureux, j’éprouvais, par comparaison avec la France, un certain malaise.
Après de multiples démarches, on nous a mis en relation avec X.Y.Z. qui nous ont fait obtenir des passeports secrets qui nous permettrons d’arriver en temps à Moscou, le congrès étant repoussé au 20. Nous partons de suite pour aller dans un port que nous ignorons où, paraît-il, nous allons être descendu dans la cale pour trois jours, tels des rats. Ce sera plus ou moins folâtre, mais nous avons de la lumière, des provisions pour huit jours et le Bon Dieu de la Révolution avec nous.
J’ai appris que Rosmer est déjà arrivé à Moscou. Ça va chauffer ! Bonne humeur, bonne santé, volonté de fer, courage, avec cela on va loin !

M.A.V.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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