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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Changement d’étiquette
{Le Communiste}, 2e année, 29 Août 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 29 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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La presse bourgeoise suit avec attention et enregistre avec une joie non dissimulée les convulsions dans lesquelles s’agitent le Parti Socialiste dit Unifié et le syndicalisme français.
Cependant que Bailby dans l’Intran, félicite Merrheim et Bartuel du "bon sens" qui leur fait réprouver le bolchévisme, d’autres annoncent une prochaine scission dans le P.S. et citent même les noms des députés qui ne sont pas disposés à "instaurer dans notre pays le système des soviets"...
Il y aurait, paraît-il, déjà 19 députés qui seraient formellement opposés à la mise en application de ce que le Journal appelle les doctrines de Cachin !... Le nombre de ces anti-bolchéviks serait même susceptible de s’accroître puisqu’on escompte que le groupe extrémiste du Parlement, partisans de la IIIe Internationale se réduirait à 15 qui prendraient vraisemblablement "l’étiquette" de Communistes.
Il faut donc s’attendre à voir se former, lors du prochain Congrès socialiste, un nouveau parti qui ne pourra manquer de s’intituler lui aussi "Parti Communiste" et qui engloutira dans son sein le Comité de la IIIe Internationale, noyé sous le flot des néophytes (ex-reconstructeurs) devenus plus royalistes que le roi, c’est-à-dire plus bolchéviks que Souvarine lui-même.
Mais alors, et nous ? se diront pas mal de camarades, qui en temps de guerre ont contribué à la formation du véritable Parti Communiste, et ont été constamment en butte au mauvais vouloir, non seulement du pouvoir bourgeois, mais aussi au boycottage systématique de tous ces "nouveaux commu­nistes". Allons-nous être forcés d’adhérer en bloc à ce parti, hétéroclite assemblage de "boutiquiers" et de "parlementaires", plus soucieux en général de leur propre intérêt que de celui de la masse des spoliés qu’ils prétendent défendre, et qui se serviront du mot "Communisme", mis en faveur par les Russes, comme ils se sont servis du mot "Socialisme" pour masquer leurs basses ambitions ? Ils ont d’ailleurs attendu patiemment que, mal instruit de la situation en France par des informateurs intéressés, le congrès de Moscou ait accepté le parlementarisme comme moyen de lutte (pas en Russie naturellement !).
Or, qu’ils le veuillent ou non, le parlementarisme ne peut qu’être un instrument de collaboration avec la bourgeoisie (ce qui n’est pas d’ailleurs pour déplaire à ces révolutionnaires").
Mais pour nous, Communistes intégraux, qui n’avons d’autre ambition que de servir, malgré les persécutions, la cause de la Révolution, nous dont la plupart sont comme moi, des libertaires anti-étatistes, des fédéralistes ennemis du collectivisme centralisateur, nous ne pouvons accepter de semblables compromissions.
Nous resterons, et plus que jamais, le Parti du Communisme intégral et nous continuerons la bataille contre les oppresseurs et contre tous ceux qui consciemment ou non s’en font les complices.
Dédaignant la conspiration du silence, les calomnies, la haine même qu’inspire à nos détracteurs notre attitude franchement révolutionnaire, nous continuerons le bon combat communiste, certains de trouver derrière nous aux jours de bataille, la grande masse des exploités, lasse enfin de servir de tremplin aux combinaisons plus ou moins opportunistes des uns et des autres.

Pierre MUALDES.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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