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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour la révolution russe
{Le Soviet}, n°11, Novembre 1920
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 28 octobre 2013

par ArchivesAutonomies
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Voici trois ans...

Trois ans ! Il y a maintenant trois pleines années que le prolétariat de Pétrograd a réussi à s’emparer du Pouvoir.
Voici trois ans que la Révolution politique, démocratique, des Milioukov et des Kérensky s’est muée en révolution économique, en Révolution Sociale.
Aujourd’hui, je songe à ce 8 novembre 1917, à l’angoisse qui nous étreignait quand nous apprenions, presque heure par heure, les développements de la progression de la lutte ; puis la joie immense quand nous avons appris la victoire des communistes du Soviet de Pétrograd, quand nous avons vu ressusciter sur les bords de la Néva la Commune, que nos Thiers et nos Gallifet croyaient bien avoir définitivement abattue ; puis l’angoisse encore : la Commune russe vivrait- elle ? Pourrait-elle dépasser son aînée la Commune de Paris ?
Ces journées resteront à jamais inoubliables, car ils n’étaient pas nombreux ceux qui, à cette époque, se rangeaient résolument du côté des bolchéviks. Et notre fierté est d’avoir été de ceux-là.
Mais que de rêves et que d’espoirs cette première révolution prolétarienne a suscité ! Enfin il y avait quelque part un peuple qui se levait et tentait la réalisation du Communisme ; ce qui pendant si longtemps avait été un idéal théorique, passait maintenant dans les faits ; il y eut une fois dans l’histoire du monde un peuple qui, résolument, fit la guerre à la guerre.
Et comme nous sentions bien que ces champions de la Révolution russe devenaient les initiateurs, les pionniers frayant le chemin, établissant les étapes ; qu’ils prenaient sur leurs épaules géantes les premières expériences et les fautes inévitables. Les souffrances et les haines que suscitent tous les apôtres d’une idée nouvelle, ils allaient les connaître ; les reniements de ceux qu’ils avaient cru pouvoir compter parmi leurs amis, et qui les abandonnaient au moment du danger, allaient leur déchirer le coeur sans que l’amour ardent que leur vouaient des inconnus puisse venir les réconforter. Comme nous sentions bien qu’une première révolution doit avoir des chefs prêts au martyr moral, infiniment plus douloureux que n’importe quel martyre physique.
De quels faibles poids étaient alors nos divergences doctrinales ; ils étaient des communistes marxistes et nous étions des communistes fédéralistes, et puis après ? Il s’agit bien d’une lutte de chapelles quand la Révolution est là et demande toute l’énergie de ceux qui, sincèrement, sont des communistes et des révolutionnaires.
Il y a trois ans, nous aimions de toute notre âme cette révolution communiste russe, et depuis trois ans notre amour pour elle n’a pas faibli une minute, et cependant nous n’avons rien pu faire. Nous aurions tant aimé pouvoir agir, briser l’assaut que les bandits internationaux lançaient contre elle ; nous aurions été si heureux de pouvoir lui rendre un peu de l’immense joie et de l’espoir sans bornes qu’elle a mis en nos âmes. Nous avons été les plus faibles.
Presque impuissants, nous avons assisté aux ruées des Denekine, des Koltchak, des Youdenitch, des Polonais, des Wrangel. Chaque jour, en dépit de la censure et de l’état de siège, dans nos casernes quand nous étions encore mobilisés, nous avons conquis des amis dévoués à la Révolution russe. Mais il aurait fallu pouvoir soulever ce poids immense : un peuple qui se croit victorieux, nous n’avons pas pu. Et maintenant, après trois ans, nous sommes honteux de nous présenter devant nos amis russes, nous rougissons, nous qui cependant sommes des fidèles de la première heure. Nous avons été faibles.
Nous ne le serons plus ; cet anniversaire va secouer une fois de plus notre énergie ; il faut que nous arrivions à tout prix à faire lâcher prise au gouvernement du Bloc National. Il faut sauver la Révolution russe.
Aujourd’hui Wrangel est battu, mais de quoi demain sera-t-il fait ? Déjà on sent qu’une attaque formidable se prépare pour le printemps prochain ; on donne la Bessarabie à la Roumanie, on groupe les efforts : Pologne, Roumanie, Hongrie. Il ne faut pas que cet attentat ait lieu ; il faut l’en empêcher, par tous les moyens. Nous avons plusieurs mois devant nous, il s’agit de lutter de toutes nos forces pour empêcher d’écraser la Révolution russe.
Voici trois ans qu’ils tiennent, trois ans qu’un monde d’ennemis veut abattre le pouvoir prolétarien de Russie ; cela veut dire voici trois ans que nous n’agissons pas. Il faut se secouer, il faut être forts, il faut être dignes de nos frères de Russie.

ALEX.

P.S. :

Texte publié dans le Recueil de textes du Parti Communiste de France (1919) par la revue Invariance. Pour tout renseignement concernant ces textes, leur origine, leur contenu, nous vous invitons à prendre contact avec Jacques Camatte.




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