Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Gauchisme de service et Action Directe (tract)
{Archinoir}, n°2, s.d., p. 18-22.
Article mis en ligne le 2 novembre 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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(Tract distribué à Grenoble, place Grenette, mardi 16 octobre)

ACTION DIRECTE ET GAUCHISTES DE SERVICE.

Depuis sa réouverture le café de la poste, à Grenoble, refusait de servir la clientèle chevelue et barbue. Un groupe restreint décida d’occuper Rétablissement jusqu’à ce qu’on daigna servir à boire.
Samedi, vers midi, nous nous retrouvons une dizaine (alors que le double était prévu) ; de cette dizaine, une bonne partie s’en alla, découragée du peu d’occupants. Nous restons donc 5 à une table. Le patron prévient la police, alors que, selon le droit bourgeois, il est lui-même pénalement condamnable.

1er acte : Contrôle d’identité.
Essai d’intimidation en faisant la grosse voix.
Bousculade.
Un flic saisit par le col du manteau un consommateur qui reste accroché à son fauteuil et est traîné sur plusieurs mètres.
Les représentants de l’ordre, immédiatement molestés par un attroupement de solidarité, embarquent deux jeunes filles, pour ne pas perdre la face.
Une tentative d’empêcher physiquement les consommatrices de monter dans le car n’est pas suivie par le groupe, pourtant très important, qui s’était formé.

Constatations : 1) un seul individu ose l’affrontement physique avec les flics, l’attroupement se contentant de hurler en gardant ses distances, malgré un rapport de force, écrasant.
2) hypertension de la foule qui, au moindre prétexte, se concentré en un point névralgique. Ce qui pourrait passer pour un fait divers, un groupe de badauds devient alors acte politique, malgré l’attitude de soutien encore spectaculaire. Pourquoi politique ?

  • a/ car il y a prise de position contre le pouvoir, avec injures et harcellement verbal.
  • b/ ces deux phrases furent entendues : "bientôt on ne me servira plus parce que j’aurai des pantalons" (une jeune fille) ; "on ne nous servira plus en bleus de travail".
  • c/ la question des cheveux longs est peu intervenue dans l’argumentation en notre faveur. La prise position était donc plus de classe que sentimentaliste.

    2ème acte : 1) attitude répressive d’un responsable de l’UNEF.
    Nous décidons de faire un tract. Un ponte de l’AGEG (tendance PSU), qui se trouvait là, dit que l’AGE est fermée et que le matériel n’est pas utilisable à cet instant. Il est certain que pour la ligne dite politique de ce militant, ce genre d’action n’était pas susceptible de débouche r sur des objectifs suffisamment mobilisateurs. Ses premières paroles furent : "comment comptez-vous organiser ?"... pour lui, s’organiser égale se réaliser à des slogans, des thèmes, des mythes.
    2) attitude répressive du même ponte.
    Nous allons malgré tout à l’AGE et faisons des affiches au stylo feutre. Le militant insiste sur qu’on pourrait ultérieurement faire par rapport au café (laissant ainsi le temps au magouilles politicardes) plutôt que de cerner la situation créée et d’agir immédiatement par rapport à elle.
    3) attitude répressive de l’individu - UNEF.
    Un des panneaux se terminant par : "Où s’arrêtera la discrimination de classes", une discussion s’élève. Cela n’a rien d’étonnant car, non seulement ce militant ne doit pas être persuadé qu’il y a deux classes sociales, mais, s’il l’est, il ne sait pas comment faire entrer dans son système d’analyse la prolétarisation de certaines couches marginales = certains intellectuels - esthètes-artistes, bandes de jeunes, ceux qui survivent par de menus travaux sans s’installer stablement dans le système traductif, la frange des malades mentaux, certains drogués, etc...

    3ème acte : Affichage de panneaux en plein centre ville, face au café. Ce lieu se situe au carrefour de tous les passages :

  • économiquement à côté des nouvelles galeries.
  • centre d’attraction pour les déambulements désoeuvrés.
  • il y a de l’espace.

    Pendant environ deux heures : groupement autour des panneaux : discussions, acquiescements passionnés... jusqu’à l’arrivée des flics et sous l’oeil ironique des militants de tous poils (anarchistes, trotskystes, léninistes) qui, assis à une terrasse de café, ne furent pas une seconde dans la foule. Seule la "Cause du peuple" qui, au même instant, exhibait son soutien moral par voie d’affiches, aux grévistes de la SNCF et d’Italie, et qui vendait sa salade, pour passer du soutien inconséquent à un soutien en acte en participant à la manifestation.

    4ème acte : C’est le moment important.
    Le service d’ordre protégeant nos panneaux d’information est agressé et il se défend ; alors que l’un d’entre nous tenta de reprendre une pancarte, il est jeté par terre et tabassé. En moins de dix secondes, une foule (tout d’abord 2 ou 300 personnes) se concentre en gueulant contre les flics.

    Constatations :

  • a) malgré un nouveau rapport de forces plus imposant, seuls 2 ou 3 individus brisent le cadre mythique de l’espace qui environne les flics, et en viennent au contact physique. Le reste de la foule "fait le mur" à quelques mètres, se retranchant derrière les hurlements de slogans.
  • b) le noyau d’individus radicaux qui aurait été indispensable ne s’est ni reconnu ni ne s’était organisé auparavant, pour que l’espace séparant la foule du pouvoir puisse être repris, pour arriver au contact physique.
    Moins de dix flics, terrorisés et fous furieux, ont pu ainsi embarquer un individu sous les yeux d’une foule évaluée par la chiotte du Dauphiné Libéré à un millier. Ce manque de radicalité évidemment normal en société d’auto-répression est accru par le manque de pratiques révolutionnaires réelles à Grenoble, manque entretenu pas les fausses luttes menées par les politiciens de tous bords, (spécialement l’A.J.S.) (punis les C.A. ....)
  • c) aucun militant ne vint à celte manifestation ; l’attitude méprisante de cette faune inerte est compréhensible, la manif-éclair ne se déclenchant pas sous leurs directives politiques. Ce qui les intéresse, c’est de former des C.A., de "conciliabuler" dans les vestibules, ou de pondre des P.Q.. De toute manière le mouvement de masse les a déjà exclus de sa dynamique propre. Ces vaniteux petits intellectuels "révolutionnaires” iront se morfondre loin de la lutte des classes.
  • d) La Gauche Prolétarienne (la Cause du Peuple), quoi qu’ayant agi dans le mouvement collectif, n’en servit pas moins de frein, inconsciemment
    • au moment de l’échauffourée, ses militants étaient en première ligne, mais non pour impulser à nouveau la dynamique radicale contre le pouvoir (en libérant le prisonnier par exemple), mais pour hurler des slogans (et en fait servir de service d’ordre).
    • quelques 10 minutes plus tard, ils ré-organisent leur manif, en brandissant de nouveaux panneaux, ce qui démobilisera tout le monde, puisque ce ne pouvait pas réimpulser un mouvement d’auto-défense, alors que 4 ou 5 cars de C.R. S. allaient charger...
    • pour finir, la CdP sortit un tract replaçant l’action dans le cadre de sa ligne politique

      QUELQUES CONCLUSIONS A TIRER.
      1) La lutte se passe non seulement sur les lieux de production, mais " aussi sur les lieux de consommation, d’échange et de distribution (quoique ce soit le même processus de production marchande, tous ces lieux sont aussi lieux de production des rapports de classe...)
      2) Le café bourgeois-type, situé en plein centre de la ville, a un espace réservé à la distribution et à l’échange avec une clientèle socialement définie : les touristes, les bourgeois, qui restent dix minutes en consommant h cher
      3) Les chevelus-barbus, les trimards, et les jeunes prolos ou étrangers, sont exclus de cet espace, Et toute intrusion est un élément perturbateur de la régulation psycho-géographique de la ville (notons que la ville a son quartier bourgeois, son quartier prolo, son quartier marginal, son aire de rencontres et de passages, son aire directive, et que tout cela est organisé de façon précise par le pouvoir, et que des contradictions la déchirent ; surtout que de la part de ces éléments plus ou moins marginaux, "boire un canon", n’a pas la même signification que d’aller, se rafraichir, d’où un cadre de communication différent, gestes, attitudes, poses, etc..., faisant du café autre chose que ce à quoi la bourgeoisie le destine, par exemple un lieu de parole, d’échanges, remettant en cause physiquement l’espace-temps bourgeois.
      4) Les groupuscules gauchistes "marxistes !!!" ne peuvent comprendre que la lutte contre le pouvoir passe aussi par la lutte.

  • a) sur les lieux de vie sociale, en dehors le l’unité de production.
  • b) par des éléments marginaux non intégrés à la vie productive et ne détenant aucun pouvoir sur leur propre vie ;

    Ces groupuscules font la fine bouche devant des luttes se passant sur des lieux mouvants (rues, café, places, bals, kermesses, etc..,) car ils n’ont aucun moyen pour les diriger.

LA LUTTE DE CLASSE PASSE PARTOUT !!!!!!!




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