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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre sur Archinoir et la linguistique d’un camarade de l’Ain
{Archinoir}, N°2, - s.d., p. 41-43.
Article mis en ligne le 20 novembre 2013
dernière modification le 19 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Nous avons rajouté la numérotation qui ne figure pas dans l’original afin d’améliorer la lisibilité du texte. Les "---" signifie que le mot était malheureusement illisible dans le document.

Je viens de terminer là lecture de voire ARCHINOIR, n° 1,
Quelques remarques :

1) la faute d’orthographe ne peut être considérée comme intrinsèquement révolutionnaire, surtout quand elle rend la lecture et la compréhension difficiles, ce qui est souvent le cas dans vos textes, de par la complexité de votre glossaire et de votre syntaxe.
N’oubliez a pas que si l’orthographe assure une fonction répressive de sélection (donc d’élimination) dans le système éducatif capitaliste, il s’agit alors d’une orthographe appliquée à un langage culturel de classe. La langue populaire (parlée d’abord, puis écrite) néglige l’orthographe niais en remplace sa fonction sémantique par une syntaxe et un glossaire éliminant les ambiguïtés de sens. Par exemple dans "histoire et géographie" - paragraphe 7 : "il se sent frustrer" au lieu de "frustré", il y a ambiguïté phonétique uniquement résolue par le contexte, le langage populaire n’utiliserait pas un tel tour puisque sa seule référence est parlée, donc phonétique.

2) une mise en nage brouillonne et une mauvaise impression des stencils ne sont pas révolutionnaires (le papier glacé lui, ne l’est pas du tout, puisqu’il Implique un statut économique de classe possédante, aussi bien n’est-ce pas là une critique de support que je fais). Cette présentation déficiente entraîne une difficulté de compréhension au contexte de certains mots dont on a vu qu’il était particulier nécessaire dans les cas d’insuffisance orthographique (je dis bien "insuffisance" et non "faute" puisque pour moi l’orthographe assure une fonction sémantique, et non répressive, ce qui entraîne qu’il n’y a pas insuffisance lorsqu’il n’y a pas ambiguïté, c’est-à-dire, généralement, lorsqu’il manque la totalité moins un des signes assurant la même fonction sémantique, l’orthographe étant décadente par ce fait même qu’il y ait abondance de signe pour la même ---. Ces insuffisances combinées de l’orthographe et de l’édition --- que la lecture de votre revue implique la connaissance préalable de mots, de formules, de tours, voire de phrases entières (par nécessité d’extrapolation entre un mot bien exprimé et le suivant), qui sont ainsi amenés à jouer un rôle de "mots de passe", "signes de reconnaissance", ce qui donne à votre revue un caractère ésotérique difficilement admissible de la part d’individus se réclamant de l’anarchie.

3) ce caractère ésotérique est encore renforcé par les constantes de vocabulaire et de syntaxe de vos textes (c’est pourquoi je parlais de votre glossaire). Je n’ai pas le courage (ni le temps) de dresser un catalogue mais en gros, il y a 3 catégories :

  • l’argot et les abréviations relèvent d’un contexte étudiant presqu’exclusif, ce qui n’est pas péjoratif, mais indique bien les limites que, volontairement ou de fait, aura la diffusion de vos textes,
  • le vocabulaire spécifique de toutes vos démarches de pensée renvoie, de manière ésotérique flagrante (que vous le vouliez ou non), à un cloisonnement de la fraction révolutionnaire de la société actuelle en fractions, tendances et sous-groupes (Voir le théorie des chapelles dans N.R.), ce qui introduit la séparation que vous combattez, ou du moins, que vous critiquez (S’il faut être dissident de la tendance situationniste dissidente de la F, A. pour vous comprendre,.. )
  • les formules "en levrette" qui sont peut-être brillantes, et amusantes en tant que "private joke" d’appartenance ou de référence (toujours l’ésotérisme), ne sont jamais approfondissement de la pensée ou source de réflexion, elles ne sont pas plus que des jeux de mots rituels n’ayant qu’un sens isotérique provenant de leur structuration mécanique et codée. Exemples : "la consommation de l’amour par l’amour de la consommation" - . ils ont perdu l’histoire (d’ailleurs l’histoire les perdra)" - etc, (en remarquant que le jeu de mot n’est rendu possible que par la pluralité des sens des mots- pivots de la phrase, ce qui apparaît comme une utilisation "de classe" ((de ceux qui "savent")) particulièrement réactionnaire du langage : la langue de la révolution ne peut venir ah ! ah ! ah ! que d’une révolution de la langue. Les structures figées comme celles-là sont les carcans linguistiques de toute une pensée qui se veut évolutive, ou révolutivé).

    4) que votre maturité révolutionnaire soit insuffisante, malgré un certain volontarisme dont je vous créditerai l’honnêteté par hypothèse et jusqu’à preuve contraire, la preuve en semblerait faite par la contradiction pleine d’humour qu’il y a entre votre dénonciation des formes actuelles de l’enseignement dans le primaire (connaissances apprises par coeur sous forme de résumés qui dégageront les idées que le professeur veut laisser dans l’esprit des élèves et que ces derniers enregistreront d’autant plus facilement qu’ils auront l’impression de les avoir découverts eux-mêmes et qu’ils y auront réfléchi) et la présentation de vos textes, le dernier de manière flagrante puisque sous forme de "conclusion" (encore cette fameuse "thèse-anti-thèse-synthèse’’...) il présente en résumé, écrit en capitales, une "formule" qui, sous forme frappante et facile à assimiler, dégage l’idée que les auteurs veulent laisser dans l’esprit des lecteurs et que ces derniers enregistreront d’autant plus facilement que la lecture du texte leur aura donné l’impression d’y avoir réfléchi... Dans les autres textes, c’est moins évident mais tout aussi présent (ce qui est pire encore), par l’utilisation de formules percutantes ponctuant le cheminement du discours. Remarquez en passant qu’une formule percutante (on dirait "un mot", sur les boulevards... ) comme la "formule en levrette" dont je parlais plus haut, n’est percutante que par sa forme, c’est-à-dire son emballage (conditionnement, diraient les marketers...) linguistique ; c’est l’art du slogan, qui est anarchiste par principe puisqu’il mobilise par le haut, en faisant appel à des réflexes conditionnés associés à des sentiments, lesquels réflexes et sentiments sont conditionnés par la société capitaliste actuelle (et anarchiste future...) pour assurer sa perdurance, ce qui ne peut que faire douter de la possibilité révolutionnaire qui s’appuierait sur le slogan (le slogan peut servir à agiter, à mobiliser, pas à muter - sauf de manière régressive : voir fascisme -, puisque ses racines sont, par nécessité, réactionnaires).
    Ces quelques remarques pour vous mettre en garde contre les dangers de la "chose écrite” que notre environnement socio-culturel n’a pas encore désacralisé, ce qui ne permet encore que d’esquisser ce que pourrait être une méthodologie du discours anarchiste.
    Tout bien pesé, je ne m’abonnerai donc pas à Archinoir, je vous envois seulement les 2 F, (en timbres, le mandat coûte cher) du prochain numéro, pour voir (d’ailleurs, si votre revue ((à 2 F.)) est trimestrielle, 4 numéros (8 F, ) coûtent moins cher que l’abonnement ((10 F.))... ) .

    Fraternellement quand même




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