Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les pieds dans la plaie
{Archinoir}, n°3, s.d., p. 34-35.
Article mis en ligne le 29 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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1- Le viol est l’intrusion de force d’une manifestation extérieure dans un individu ou un groupe d’individus, manifestation qui a pour but de satisfaire les besoins de celui qui la commet, évidemment au détriment des désirs réels de celui ou de ceux qui le subissent.
2- La société bourgeoise maintient sa dictature sur tous les domaines de notre vie par un viol permanent.
3- Le viol est nécessairement inhérent à tout système éducatif.
4- L’éducation bourgeoise est un viol permanent au service de la classe bourgeoise.
5- L’enseignement prodigué généreusement à l’Ecole Normale est lui aussi bourgeois, au service de la classe possédante, et basé essentiellement sur le viol.
6- A l’E.N., on nous viole pour nous apprendre à violer.
7- Toute situation "pédagogique" est basée sur le viol.
8- En nous apprenant la technique du viol, on ajoute à notre qualité de violés celle de spectateurs de notre propre viol.
9- Ce spectacle, habilement monté, s’il endort la majorité et la rend passive, provoque chez certains une prise de conscience de leur véritable situation.
10- On nous oblige à vivre quotidiennement sur le théâtre de notre viol, sans songer que l’odeur nauséabonde qui y flotte puisse nous exaspérer.
11- Certains d’entre nous aiment à être violés, mais le proche abandon de cette position pour celle de violeurs salariés et syndiqués les indis­pose. La vie à l’E.N. n’a de sens pour eux que pendant les cours.
12- D’autres aiment violer, mais leur position présente ne leur permet pas de s’exprimer pleinement, et finalement les rend insatisfaits. Leur misérable existence ne prend un sens que pendant les stages dans les classes et lors des leçons d’essai.
13- D’autres aiment violer par devant et aiment être violés par derrière. Ceux-là sont comblés par cette E.N. sado-masochiste, mais la précarité et la courte durée de leur situation les angoisse, les inquiète.
14- D’autres enfin ont horreur d’être violés et n’ont aucun besoin de démontrer leur puissance en violant. Ils n’ont que faire d’un pouvoir aliéné et mystificateur, le pouvoir de violer, qui n’est en fait qu’un viol du pouvoir. Leur insatisfaction est totale. Leur vie à l’E.N. n’a aucun sens pour eux.
15- Tous ces insatisfaits, inquiets, angoissés, indisposés partiels ont une vague conscience du fait que ce qu’ils vivent à l’E.N. ne répond pas à ce qu’ils désirent.
16- Aussi essaient-ils d’échapper à cette triste et misérable réalité en prenant des cuites. .
17- La majorité d’entre nous trouve dans l’alcool le moyen de dégueuler à la face des autres la misère de sa vie.
18- La cuite joue un rôle encore plus important : sous l’empire de l’alcool, comme il le serait sous l’empire d’une autre drogue, l’homme ivre, fût-il alcoolique héréditaire, fut-il même normalien, est incapable d’effectuer son travail suivant les normes prescrites et par là ne peut plus tenir sa place dans l’immonde hiérarchie sociale et le sys­tème productif mangeur d’enfants.
19- Incapable de travailler, donc ne pouvant être exploité de façon aussi satisfaisante par la bourgeoisie, le normalien ivre devient une charge pour la société, qui le paie 923,08 Frs par mois. Est dangereux pour la société qui adore le grimaçant Dieu Travail celui qui préfère jouir plutôt que peiner, s’éreinter, se faire exploiter.
20- Les considérations morales qui font s’enfuir les curés de tout acabit devant l’ivresse et la jouissance ne sont que le justificatif a pos­teriori d’un ordre social basé sur l’exploitation effreinée du travail.
21- Les cuites sont donc dangereuses pour la société bourgeoise, et c’est en tant que telles qu’elles sont réprimées à l’École Normale.
22- Aujourd’hui, à l’E.N. comme dans tous les autres temples de là répression organisée au profit de la bourgeoisie, le bon travail, primé, médaillé, félicité, encouragé, est l’emblème de toutes les crapules théologiques, courtisans frigides du capital.
23- Saôulons-nous en ayant conscience d’être dangereux !
24- Ne travaillons plus, détruisons l’image dominatrice et sadique du Dieu Travail, nouvelle idole des curés humanistes pseudo-marxistes !

"TENDANCE 7"




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