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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mobilité de l’emploi
Camarades, n°2/3, Avril-Mai 1975, p. 29-38.
Article mis en ligne le 13 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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CRISE OU ORGANISATION CAPITALISTE DE LA MOBILITÉ DE L’EMPLOI, CRISE ET PLANIFICATION (Organisation et contrôle de la mobilité)

I. LE CHÔMAGE

"Le plein emploi est impossible dans un système qui repose sur l’expansion". C’est un dirigeant du CNPF qui déclarait cela en 1972 à la presse. Chacun sait désormais cela. Notre but ne sera donc pas d’analyser les causes de ce volant de chômage provenant de l’automation et de l’organisation de tous les secteurs de l’économie que le capital entretient volontairement pour faire pression sur les salaires, mais de délimiter les raisons et les conséquences de la mise en chômage total ou partiel d’une grande partie de la classe ouvrière.
Jusque vers les années 20, un phénomène nouveau se produit : la production croit en même temps que le chômage. En 1929, éclate la crise économique, marquée par l’une des plus formidables contradictions du système ; la misère dans l’abondance. Surproduction : les stocks sont détruits, on dénature des tonnes de produits agricoles, les locomotives marchent au café... Et pendant ce temps, 30 millions de travailleurs sont au chômage en Europe, c’est-à-dire plus de 100 MILLIONS DE GENS SANS AUCUNE RESSOURCES...
Aujourd’hui, nous ne nous trouvons pas devant une crise et un chômage du type de 1929. Le projet du capitalisme n’est plus de faire porter à la classe ouvrière toute entière le poids de la crise de maturité bourgeoise, mais de restructurer la force de travail à un niveau social en introduisant de nouvelles divisions dans l’ensemble de l’appareil productif ; le seul point commun entre 29 et la restructuration actuelle est la volonté du capital de renforcer le contrôle sur la force productive et de faire pression sur les salaires.
En réalité, c’est de l’élément du salaire que nous devons partir pour renverser la crise. En effet, que cherche l’État en mettant un million d’ouvriers en chômage total ou en instaurant le chômage partiel dans les entreprises ?
1) Paupériser suffisament longtemps toute une partie de la classe ouvrière, celle qui a mené les luttes les plus dures ces derniers temps, pour la pousser à prendre n’importe quel emploi à n’importe quel salaire et à n’importe quelles conditions. Cela signifie en fait DIMINUER LES SALAIRES d’une façon non négligeable, si l’on ajoute les profits réalisés sur le chômage partiel indemnisé au taux ridicule d’aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle les patrons se sont montrés tellement intransigeants lors de la commission paritaire chargée d’examiner une meilleure indemnisation du chômage partiel. D’autant qu’un ouvrier bien rémunéré au chômage partiel ne voudrait pas revenir à l’horaire "normal" imposé.
2) Jouer comme une menace constante sur les ouvriers ayant encore un emploi pour les empêcher de lutter sur les salaires ou sur les conditions de travail. À noter que la Gauche et les syndicats font là le jeu du capital en avançant prioritairement les mots d’ordre sur le défense de l’emploi.
3) Refouler le maximum de travailleurs et les plus combatifs dans les secteurs mobiles de l’économie, là où la bataille des salaires ouverte est plus difficile et n’existe pas encore (Intérim).
4) Transférer les ouvriers venant de secteurs jugés non rentables dans les marchés mobiles et créer ainsi une disponibilité au travail de toute la classe ouvrière par le biais de la formation continue, en supprimant pratiquement ainsi le danger de l’absentéisme, ce mécanisme privilégié que la force ouvrière joue contre le capital.
5) Parvenir enfin à mettre la plus grande partie des femmes sur le marché du travail en absorbant une partie du revenu de la cellule familiale.
6) Diviser la classe ouvrière entre les gens qui ont un emploi et ceux qui chôment. Mais aussi et surtout diviser les chômeurs entre eux encore un peu plus. C’est le but de la loi du 14.10.74 qui garantit un an de salaire aux chômeurs "licenciés pour des motifs économiques d’ordre structurel ou conjoncturel". Cet accord exclut bien sûr tous les ouvriers déjà passés dans le --- : intérimaires, vacataires, auxiliaires, saisonniers, etc. Mais aussi tous les immigrés que l’on force à démissionner (6 000 chez Citroën en 73-74) et même les français licenciés individuellement, à qui le patronat, ne reconnaitra pas le motif économique. Cet accord ne porte en fait que sur des couches moyennes de salariés contraintes de se reconvertir et déjà fortement syndicalisées, auxquelles le patronat ne touche qu’avec précaution. EN tout, cet accord ne concerne que 30% des chômeurs au maximum... 30% des chômeurs inscrits à l’ANPE bien entendu.
Pourtant le risque semblait gros pour le capital de voir le chômage se retourner contre lui en fin de compte, à partir du moment où il dépassait un "seuil tolérable". Deux raisons à cela essentiellement :

  • 1) Le chômage peut engendrer une montée des luttes pour la défense de ressources trop fortement attaquées. C’est l’autre raison de l’accord du 14 octobre, qui est utilisé comme moyen de division et de diversion tout en ne coutant pas très cher. Moins de 5% des ayant-droit en avaient bénéficié en mars 75
  • 2) Le chômage peut être utilisé par les travailleurs qui s’installent dans la perspective de vivre sur le dos de l’État. C’est la raison pour laquelle les allocations sont fragmentées et proviennent de divers organismes dont le contrôle paperassier et le pointage visent uniquement à occuper le chômeur. Le pointage est d’ailleurs redevenu hebdomadaire pour ceux qui bénéficient des 90% du salaire.

    II. Les immigrés

    Le but de l’immigration était au départ essentiellement de contenir la hausse des salaires en introduisant une main d’oeuvre qui n’avait d’autre choix que de devoir accepter les travaux que les français avaient quitté. Ce phénomène permettait de réintroduire un cloisonnement entre les différents marchés du travail.
    Le VI° Plan le disait clairement : "Un des effets de l’immigration (augmentation du taux d’élasticité de la main d’oeuvre) est de permettre un taux d’augmentation de la productivité et de satisfaire aux conditions propices à la réalisation simultanée de l’équilibre intérieur et extérieur".
    En réalité les immigrés sont devenus indispensables au fonctionnement de la production et des chaines de montage particulièrement. Les français avaient refusé ces travaux mais les immigrés commençaient à réaliser l’unité dans la lutte avec eux : voir Pennaroya. La circulaire Fontanet-Marcellin accentua le contrôle sur la mobilité dont les immigrés se trouvaient privés en partie (carte de travail et de séjour limitées professionnellement et territorialement). Elle cherchait à bloquer un an au moins les nouveaux immigrés par le contrat de travail sans la carte de travail. L’introduction organisée de milliers de "touristes, clandestins et saisonniers" sans-papiers va exactement dans le même sens. Le capital pour contenir les luttes des immigrés répond systématiquement en bloquant la mobilité ouvrière.
    C’est là qu’on voit l’enjeu de la lutte des immigrés pour la liberté de circulation. On ne rappellera pas ici les luttes menées par les immigrés ces dernières années contre l’esclavage : émeutes de Grasse, grèves d’usine à Renault, Margoline, grève générale contre le racisme. Il suffit de dire qu’elles ont pu et elles seules, aboutir à l’annulation par le Conseil d’État des circulaires Fontanet-Marcellin.
    Pourtant l’administration reste toute puissante en matière de délivrance de papiers et se retranche déjà derrière de nouveaux décrets ou circulaires de Dijoud ou Poniatowsky.
    En particulier, et ce point nous intéresse particulièrement ici, toute la législation en matière d’immigration opère la discrimination non pas sur le salaire direct à même le poste de travail, mais sur le salaire indirect (allocations familiales, aide sociale et chômage). L’immigré a moins le droit d’aller au chômage bien qu’il cotise aux ASSEDIC. Le renouvellement des papiers pèse constamment sur lui comme une épée de Damoclès, s’il ne travaille pas au moment où il se rend à la Préfecture où on lui réclame trois mois de feuilles de paie. Entrave à la mobilité et à la faculté de s’inscrire au chômage, donc de faire pression sur les salaires qui doivent devenir plus élevés pour retenir la main d’oeuvre, telles sont les deux grandes directions de la politique capitaliste.
    On a eu récemment un exemple typique de cette politique avec la circulaire Poniatowsky qui oblige les africains du Sud Sahara à posséder à partir du 1er avril la carte de séjour. Cela va avoir entre autres effets immédiats de fermer la porte du chômage à ces nationalités, très représentées dans les ANPE puisque précisément elles n’avait pas de problèmes de papiers. L’affaire des sans-papiers à qui l’on a refusé systématiquement toute régularisation donnant droit à la liberté de mouvement (la carte de travail) et le droit de s’inscrire au chômage va dans le même sens.
    On remarquera en passant que c’est le même personnel extrèmement centralisé et "de confiance" qui cumule l’administration du chômage et des immigrés. Tous les dossiers sont rejetés ou agréés à la Délégation Départementale de la Main d’Oeuvre. La structure de pouvoir de tous les organismes chargés de la gestion de la main d’oeuvre et de la mobilité mériteraient une étude particulièrement attentive.
    Un mot encore sur la mobilité. L’Europe capitaliste est très inquiète de la libre circulation de la main d’oeuvre sur tout le pourtour méditéranéen. L’arrêt de l’immigration et les négociations de réouverture pays par pays en sont le signe manifeste. La libre circulation, l’immigration "sauvage" lamine en effet les cloisonnements en zones de salaires. Elle empêche de faire jouer au profit des capitalistes l’opposition développement/sous-développement. C’est sans doute l’expression la plus réelle, la plus palpable de la lutte anti-impérialiste.

    III. L’intérim et le travail temporaire

    La loi du 3 janvier 1972 n’a fait que légaliser tardivement les agissements illégaux d’un grand nombre d’officines d’intérim. Cette loi n’est que le pendant côté français de la "législation" sur les immigrés. En effet toute mesure d’admission massive dans l’intérim des immigrés mettrait en péril le cloisonnement des salaires et du marché du travail que le capital s’est efforcé de construire pour les nouveaux immigrés. Pendant la première année qui suit son introduction, et ce depuis les circulaires Fontanet-Marcellin, l’immigré ne peut pas travailler en intérim...
    De fait la restructuration implique le passage en masse de la force de travail qui se trouve intérimaire, ou qui le devient, par la formation permanente. Certes, il ne s’agit pas d’une solution généralisable dans l’immédiat. Mais on aurait tort de ne pas la prendre au sérieux sous prétexte qu’au début ce sont surtout les cadres qui en ont profité. Dans la restructuration, tout le monde devient un intérimaire en puissance, un travailleur et un chômeur intermittent. Prenons les chiffres officiels du Syndicat National des Entreprises de Travail Temporaire (SNETT) : 1960 = 90.000 intérimaires pour l’année ; 1970 = 600.000 ; 1973 = 860.000. En réalité, il faut compter avec plus d’un million, sans compter les boîtes clandestines de négriers et les "surnuméraires", de plus en plus nombreux dans les entreprises. Le patronat avançait le chiffre de 500.000 lors des discussions sur l’indemnisation du chômage partiel.
    À travers le travail temporaire, ou même le travail à mi-temps qui pose le problème du travail des femmes et qui préoccupe vivement le gouvernement (comme on a pu le voir à l’occasion des déclarations de Françoise Giroud sur le "salaire ménager"), le capital cherche à organiser la disponibilité au travail, la plus petite disponibilité devient en effet précieuse pour lutter contre toutes les formes de refus du travail : absentéisme, sabotage, grèves, bref tout ce qui menace la continuité du processus productif. Le travail temporaire permet ainsi une programmation plus souple, plus élastique ; il permet surtout d’introduire une nouvelle forme de division dans la classe ouvrière (qui recoupe bien souvent les différences d’âge).
    Les trois régions de prédilection de l’intérim sont la région parisienne, la région lyonnaise et la région Marseille-Fos. Ajoutons Dunkerque (Fos) qui forme un cas spécial, fort intéressant d’ailleurs. Ces régions sont précisément celles où la mobilité organisée, contrôlée, permet de répondre à la mobilité ouvrière et de créer les conditions sociales d’extraction de la plus-value.
    Depuis bientôt un an et demi, nous avons vu comment l’État peut prendre le visage de la crise, de la programmation perpétuelle de la stagnation, après avoir été celui de l’expansion. Les patrons des entreprises d’intérim ont parfaitement identifié ce nouvel aspect de l’État. Dans une enquête du CNRS, les dirigeants des grosses boites d’intérim expliquaient : "Plus l’économie d’un pays est instable, plus on y gagne. La conjoncture est extrêmement favorable pour nous, elle nous permet d’embaucher du personnel licencié... L’avenir du travail temporaire est sans doute un peu celui qu’il a aux USA. Là-bas, il y a toujours eu beaucoup de chômeurs et cela n’a pas empêché la progression du travail temporaire qui y est solidement établie..." (Rapport au Ministère du Travail, p. 107-108).
    Avec la crise, jamais les entreprises d’intérim ne s’étaient mieux portées. Depuis le début 75, 19 entreprises de travail temporaire ont ouvert leurs portes qu’à Paris... Leur rôle semble d’ailleurs avoir été clairement perçu par le ministre du travail, Durafour, qui se propose d’intervenir dans la "jungle" qu’elles constituent. On sait qu’Edgar Faure, dans son soucis de donner du travail à tout le monde, comme le réclame d’ailleurs la CGT, a proposé de regrouper les agences d’intérim sous la houlette des ANPE, c’est-à-dire de prévoir une gestion centralisée de la mobilité. C’est une pratique courante aujourd’hui dans les ANPE de diriger aimablement les chômeurs vers l’intérim. Destiné au départ à des gens très qualifiés, l’intérim s’est ouvert à toutes les qualifications et à l’industrie. Il a permis de briser la grève des PTT en introduisant des centres de tri parallèles où travaillaient des immigrés et des prisonniers sous le contrôle de Manpower... et des étudiants recrutés par l’intermédiaire du CROUS !
    Mais l’expérience de l’intérim a surtout un intérêt certain lorsqu’on sait que la lutte dans l’entreprise qui y fait appel, est pratiquement impossible, autant que le coulage des cadences. Un intérimaire est menacé à chaque mouvement de "fin de mission". Le seul terrain de lutte est précisément l’extrême mobilité de l’ouvrier qui va chercher le salaire le plus haut dans la boîte la moins répressive. Cela le capital l’a parfaitement compris ; c’est la raison pour laquelle les intérimaires ont droit une législation particulièrement sur le chômage ; il est prévoir qu’ils ne toucheront jamais les 90%. Sinon, ils occuperaient immédiatement le chômage pour obtenir ce qu’ils cherchent à avoir : la garantie de salaire entre les missions ; car sur une longue période, c’est là qu’ils perdent par rapport aux travailleurs fixes.

    IV. Les hors-statut

    Un secteur restait exclu de cette mobilité : la fonction publique dont les syndicats sont si fiers. Or depuis quelques années l’unité de ce secteur nationalisé ou public n’existe plus. L’embauche massives d’auxiliaires aux PTT, à l’Education Nationale, de vacataires, de pigistes à l’ORTF, à la Météorologie, a créé une couche de travailleurs sans droits, souvent à des salaires plus bas que ceux d’un OS de la métallurgie. Les vacataires comme à la météo par exemple n’ont pas droit aux congés payés. Combien sont-ils ? Environ un million dans tous les ministères.
    Et puisque nous sommes aux formes d’extraction de plus-value absolue qui ne dépareilleraient pas l’époque de Manchester, parlons des milliers d’handicapés, de "débiles" qui sont toujours assez bons pour travailler pour des "aumônes". Parlons aussi du travail des prisonniers qui s’est toujours trouvé au centre des révoltes de prisons. Ici aussi les additions laissent rêveurs. Combien de gens cela fait-il ?

    V La formation permanente et l’école

    Les accords signés sous Chaban Delmas ont commencé à rentrer en vigueur et en 72, cette loi a concerné déjà 1 million de travailleurs. Certes, le capital a dû payer cette forme d’organisation de la disponibilité au travail. Mais il tente en même temps de gérer ce salaire de formation comme un instrument de division et de hiérarchisation nouvelles (salaire directement fonction du nombre d’heures de cours suivies, primes à la qualification, etc...)
    La loi du 14/10/74 s’inscrit parfaitement dans cette entreprise : elle soumet le chômeur à la formation professionnelle obligatoire. Le refus d’un stage proposé autorise la commission paritaire à suspendre les 90% tous les mois.
    Le fait social que représente la formation permanente est encore accentué dans le projet de réforme Haby, lequel reste fidèle en ce point au projet de Fontanet. Du côté des universités, il s’agit tout d’abord de répondre aux demandes de la Formation Professionnelle Continue qui étaient impliquées par la loi de 71. L’appareil éducatif pourra y utiliser au mieux ses possibilités d’innovation pédagogique, son implantation ramifiée et notamment toute la filière IUT, lycées techniques.
    Mais il devra aussi s’attacher à promouvoir l’élévation globale du niveau de qualification sociale moyenne, nécessaire au moment où une bonne partie des chaines de montage sont déménagées en Algérie, Iran, etc... Par ailleurs le rétablissement d’un minimum de consensus social implique un dépassement de la conception traditionnelle de la promotion sociale qui créait des tensions trop graves. La politique d’intégration de la partie "supérieure" de l’immigration va exactement dans ce sens. Ce n’est pas par hasard si la volonté de revenir à une politique d’immigration temporaire affichée par le gouvernement, et qui est parfaitement illusoire pour l’écrasante majorité des immigrés, prend la forme d’un "stage" en Europe où l’ouvrier est censé acquérir une qualification avant de retourner chez lui. Ce projet rencontre d’ailleurs le "socialisme" de l’Algérie, laquelle tente de faire revenir des ouvriers qui n’y mettent aucun enthousiasme d’ailleurs. C’est ainsi qu’il faut interpréter les récents accords qui vont doter les organismes de contrôle de l’immigration (Amicale des algériens en Europe, etc...) de gros moyens de gestion territoriale : maisons de la culture par nationalité, cours d’arabe et de français.
    Bref, quels que soient les domaines, l’objectif final est clair : réinvestir l’école partout ; unifier la formation initiale et la formation professionnelle dans la formation continue, déagréger le ghetto des basses qualifications pour rétablir un minimum de concensus et contrôler la violence (délinquance).
    "L’organisation de diplômes professionnels en unités capitalisables pouvant être acquises en partie en formation initiale, et pour partie en formation continue, sera un témoignage probant de cette articulation".
    Le syndicat sera de plus en plus appelé à jouer un rôle direct dans cette articulation. C’est le côté expérimental de Vincennes qui ne veut pas dire grand chose encore puisque la généralisation pourrait faire apparaitre des phénomènes incontrôlables. Mais c’est surtout du côté des 150 heures qu’on obtenus les syndicats italiens qu’il faudrait regarder.
    Le but politique de la formation continue est clair. Mais il pourrait bien connaître rapidement le sort des initiatives américaines en direction du ghetto. À savoir qu’il ne passe pas et que les prolétaires retournent contre les patrons cette arme. Les luttes qui ont déjà eu lieu dans la formation professionnelle le marquent déjà assez. On pourrai demander aux LIP ce qu’ils pensent, et particulièrement les femmes, de leur séjour à la FPA. Il faut remarquer au passage la grande différence des projets américain et européen. Là où les américains font les choses à coups de milliards de dollars, les européens n’alignent que des moyens grotesques. Tant en ce qui concerne les femmes que les immigrés ou les jeunes, les vieillards, les handicapés. Durafour croit résoudre le problème de l’insertion des jeunes sans qualification dans le travail qu’ils n’ont pas vraiment l’air d’aimer, en proposant 320F par mois pour 8h. de travail par jour (moitié sur les bancs d’une classe, moitié dans les usines). Mais il confond les prolétaires nés dans la société de la richesse avec les mendiants, nous ne dirons même pas les "pauvres" !

    LA CLEF DE LA RESTRUCTURATION

    Plus d’un million de chômeurs
    + 1 million d’intérimaires
    + 1 million de hors-statut
    + 3 million d’immigrés
    + 1 million au moins en formation professionnelle
    + les jeunes ouvriers "instables", "surnuméraires" et autres
    = + ou moins 6 millions passés dans la mobilité

    L’addition ne prétend pas être exacte. Elle vise seulement à donner un ordre de grandeur. Mais, compte tenu de ce que ces éléments doivent être recoupés avec la structure des qualifications : l’écrasante majorité de la mobilité est dans les basses qualifications, on peut bien parier que 40% de la classe ouvrière (en cols bleus ou blancs) est dans la mobilité.
    La gestion du salaire indirect, du chômage par l’État doit être analysée, et combattue en partant de ces données. A condition qu’on ne fasse pas de la condition de million de prolétaires, l’image de la pauvreté, de la misère, à laquelle on opposerait la "magnifique" condition de la classe ouvrière âgée, qualifiée, fixe, fière de son travail, de son usine. Ce sont là des considérations morales et même contre révolutionnaires. C’est le discours de la qualification, de la promotion de quelques uns seulement. Bref, le discours de la division. Et si l’unité de la classe ouvrière veut dire en pratique l’oppression, l’impossibilité de faire valoir ses droits, de se battre pour "ses propres intérêts matériels", cette classe ouvrière de la mobilité dira : tant pis pour l’unité ! Nous nous battrons nous-mêmes et nous ferons l’unité dans la lutte contre l’État qui envoie les CRS dans les usines, ou qui refuse à des centaines de milliers de sans travail les moyens matériels de vivre.




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