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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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G-B : interview d’un camarade des Claimant’s Unions
Camarades, n°2/3, Avril-Mai 1975, p. 52-62.
Article mis en ligne le 18 avril 2014

par ArchivesAutonomies
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QUESTION : En Angleterre, les systèmes de sécurité sociale sont parmi les plus avancés. Dans quelle mesure les lois de 1966 peuvent-elles être considérées comme une tentative de maîtriser les niveaux d’autonomie de la classe ouvrière à travers un élargissement fictif du salaire social ? Que sont les Claimant’s Unions ?

RÉPONSE : Pour comprendre l’origine des C.U., il faut considérer deux phénomènes qui se sont manifestés en Angleterre vers le milieu des années 60. C’est vers 1966 que l’État anglais, par le truchement du gouvernement travailliste, lance une tentative de réorganisation de l’économie. Une véritable restructuration qui se heurtait pourtant à la résistance des travailleurs à toute forme de mobilité. Ceci est le premier phénomène.
Pour vaincre cette résistance des années 65-66, furent lancées une série de lois sur l’emploi et le chômage : lois sur les contrats d’embauche, sur le travail sélectionné, sur les rétributions de la main d’oeuvre excédentaire, sur les assurances sociales nationales, sans oublier la loi supplémentaire de 66, dite loi sur la Sécurité sociale de notre point de vue la plus importante.
Cette forme institutionnalisée de sécurité ’sociale est agencée de la façon suivante : tout travailleur ayant un emploi payé chaque semaine une contribution, les patrons également.
Ceci implique pour le travailleur en este de chômage la possibilité de bénéficier de droit des allocations de chômage. L’importance de l’allocation, évidemment, est proportionnelle à la quantité de contributions versée. Il existe, en outre, une allocation supplémentaire versée à tous, indépendamment du fait qu’on ait plus ou moins cotisé. La loi de 1960 (Social Security Act) garantit ce droit. Sur la base de ce mécanisme de sécurité sociale (Social Security System), les C.U. ont pu naître et se développer.

QUESTION : Comment s’organise et fonctionne le système ?

RÉPONSE : En théorie, il devrait y avoir un minimum perçu calculé de la façon suivante : une certaine somme d’argent pour couvrir le loyer, quelqu’il soit, une deux, trois dix livres par semaine ; en outre il devrait exister un quota pour chaque chef de famille et une certaine somme pour chaque personne à charge.
Ni pratiquement, ni théoriquement, il n’existe de critère défini pour fixer la quantité allouée à chaque famille, du fait que le quota dépend de la composition familiale et de beaucoup d’autres variables. Ce type de structure remonte au temps où furent introduites en Angleterre les allocations de chômage, chose bien différente de la charité, encore que, la gestion de ces allocations étant confiées au pouvoir discrétionnaire des bureaucrates, la limite entre le droit acquis et paternalisme de l’État soit très incertaine. Le concept de salaire social trouve sa première reconnaissance dans le Social Security Act de 66. Les choses se passent plus ou moins ainsi : le travailleur va au bureau du travail se faire enregistrer comme chômeur ; ce bureau, à son tour, concède le bénéfice des allocations de chômage acquises par le versement des contributions. Ensuite, il doit contacter le bureau de Sécurité Sociale, où il a droit à un supplément d’allocation. L’assistance s’organise sur deux niveaux : l’un lié aux cotisations et L’autre qui assure à tous un minimum salarial indépendant du fait qu’on ait travaillé ou non.
Le S.S.A. assiste non seulement les gens au chômage, mais aussi les personnes malades,’les retraités, les mères qui ne peuvent travailler parce qu’elles doivent s’occuper de leurs enfants ; et ceci même s’il n’y a pas de mari. Ces dernières (unsupported mothers) jouissent de l’assistance jusqu’aux seize ans révolus de leurs enfants. Ce bureau assiste les gens sans emploi qui n’ont pas cotisé et dont les allocations de chômage n’atteignent pas le minimum fixé par la loi de 66 (ce qu’on appelle le "flat right").
C’est dans le cadre légal des lois de 66 qu’opèrent les C.U.
L’autre phénomène qui a favorisé la naissance des C.U. est la naissance et la généralisation de certains niveaux d’organisations communautaires, toujours vers le milieu des années 60.
De fait, le gouvernement lui même développait, surtout dans les zones marginales de la ville, la création de centres à caractère social, du type parcs de jeux, clubs, lieux de rencontre, etc..., pour empêcher, par un réseau capable de recueillir le consensus, les conflits sociaux et politiques. Nous sommes en face d’un phénomène de ghettisation typique de situations territoriales parcourues par des mouvements de lutte très étendus. Un grand nombre de camarades et de "radicals" ont fait de ces centres (people centers), payés avec l’argent du gouvernement, des centres de discussion et d’organisation politique. En définitive, les C.U. sont nés dans l’aire du salaire social que les luttes des ouvriers avaient déterminée.
En outre le mouvement de lutte des C.U. s’insère dans le mouvement de luttes sociales développées contre le renchérissement des loyers, organisé par le bureau qui gère les logements populaires (du type HLM français). Dans ces luttes commencèrent à se dessiner les premiers mouvements de lutte de quartier, autour des années 68-69. Un mouvement qui ne se contentait pas d’occuper des maisons populaires, mais aussi des maisons situées dans des quartiers résidentiels, comme ce fut le cas à Red Bridge. Le mouvement occupait et défendait les logements contre les fonctionnaires du S.S.S., les "guardians" qui venaient contrôler si vraiment les prolétaires avaient besoin des allocations.

QUESTION : Quelle est la composition sociale des C.U. ?

RÉPONSE : En général, le personnel politique des C.U. eut au départ une forte participation d’ex-étudiants qui, après mai 68, ne sont pas alignés sur les choix des organisations traditionnelles de type léniniste. En effet, la période de plus grande activité et de croissance des C.U. a été de la fin de 70 au début de 73, deux années au cours desquelles un grand nombre d’étudiants ont abandonné l’université,à la recherche de nouveaux débouchés politiques et existentiels. Une composante importante du mouvement des C.U. a été le mouvement des femmes qui a trouvé dans l’organisation un des premiers champs de pratique autonome. Les femmes ont été la composante essentielle des C.U. La première section des C.U. a été fondée en 68 à Birmingham par un groupe de quatre ex-étudiants de sociologie et d’écoles pour assistants sociaux. Le développement qui a suivi est étroitement lié au fonctionnement de l’assistance et à la nécessité pour les assistés de trouver des moments organisatifs. De fait, le chômeur qui réclame l’assistance est contraint à d’innombrables pérégrinations entre les deux bureaux qui se renvoient consciencieusement la responsabilité du versement des allocations. En outre, le S.S.S. fait ses vérifications sur le revenu des assistés et cherche tous les prétextes possible pour abaisser le taux des allocations, sans parler en plus du temps qui s’écoule entre la demande et la première rentrée d’argent. Cette pérégrination bureaucratique, longue et humiliante cherche à décourager les prolétaires et à provoquer leur désespoir ; on peut ainsi comprendre les réactions violentes qui explosent parfois dans les bureaux du S.S.S., dernier rivage des survivants. Des difficultés ultérieures proviennent de la complexité des règlements des conditions nécessaires à l’obtention des allocations.
Énumérons en quelques unes : la règle des quatre semaines ;l’obtention des allocations ne peut se faire sans un travail minimum de quatre semaines ; la suspension du bénéfice pour mauvaise conduite sur le poste de travail ; l’amputation du taux de l’allocation si le travail est abandonné de la volonté propre du travailleur, sans qu’il puisse en montrer le caractère justifié ; le calcul de l’allocation sur la dernière paye reçue, ce qui ne permet pas de rejoindre le taux prévu théoriquement par la S.S.S. ; la règle de cohabitation importante surtout pour les femmes : si une femme vit maritalement avec un homme, celui-ci a le devoir de lui donner une certaine quantité de l’allocation reçue mais la femme ne peut réclamer l’allocation pour elle-même. Pour contrôler l’état marital, le S.S.S. met en route toute une série d’enquêtes : surveillance de la maison, visite d’espions tôt le matin, récolte d’informations auprès des voisins, etc...
Les C.U. ont cherché initialement à renforcer les droits sanctionnés par le S S.A.,ce qui en définitive signifiait limiter le pouvoir des fonctionnaires du S S.S. dans la gestion des allocations,et en outre, chercher à faire reconnaitre ce droit comme la satisfaction normale de besoins indépendants du fait qu’on ait ou pas un travail. Donc, il s’agissait non pas de demander la misère des 6 à 8 livres par semaine, mais tout ce qui sert à vivre décemment : maison, chauffage, vêtement, meubles, etc...
Les camarades des C.U. réclamèrent que le règlement,que la bureaucratie du S.S.S. utilisait à l’intérieur du cadre légal du S.S.A. ,soit publique et compréhensible afin d’éviter les abus trop faciles. Ceci fut obtenu également avec l’aide des fonctionnaires qui sympathisèrent avec les chômeurs,lesquels fournirent les codés d’interprétation au S.S.A. Initialement donc, les C.U. développèrent une action éminemment syndicale, au point d’être délégués pour assister aux enquêtes préliminaires qui évaluaient le niveau de l’allocation à accorder. La fonction syndicale des C.U. servait, outre à l’assistance normale, à fournir, à travers le débat public,les éléments d’une politisation qui brisait la condition d’isolés et de marginaux où la loi voulait reléguer les chômeurs. Les difficultés organisatives des C.U. étaient multiples et dues essentiellement au fait que la composition des chômeurs, qu’ils voulaient organiser était très différente, par exemple de celle des années 30. En fait, il s’agissait de personnes caractérisées par une très forte mobilité : du travail au chômage, surtout les jeunes. Donc, même très combatifs, ils ne pouvaient déterminer une combativité organisative comme cela est possible avec les étudiants, les ouvriers. Toutefois des secteurs importants du mouvementées "unsopported mothers", les invalides, les retraités, etc... étaient caractérisés par la continuité de la lutte : ils furent la base de l’organisation des C.U. Un autre problème organisatif venait du fait que, dans les réunions des C.U., les prolétaires les plus actifs portaient en avant une problématique qui transcendait le cadre de l’assistance. Dans les discutions on prenait conscience du coût de l’école, de l’insuffisance de l’assistance sanitaire, des problèmes de la maison, etc... , en somme tous les problèmes des luttes sociales. Donc, bien que partie du S.S., la croissance des C.U. s’est surtout développée autour des problèmes déjà énumérés et s’est consolidée autour du thème de la maison.
Pour ce qui est de l’organisation des C.U. à niveau national, il existait un réseau fédératif, structure par elle-même assez élastique, avec des réunions générales tous les trois mois dans des villes différentes. Dans ces réunions on discutait des problèmes communs à tous les sièges et ensuite, chaque siège exposait sa situation particulière et le type de lutte qu’il conduisait. Certains sièges des C.U. travaillaient intensément pendant six mois, puis pouvaient malgré tout disparaître en moins d’un mois. Ceci était dû au fait que les C.U. étaient strictement liés au mouvement et à ses fluctuations diverses.
Au départ, il existait trois sections des C.U. à Londres, zones nord, sud et ouest. Bientôt on s’est aperçu que pour les camarades chômeurs, c’était un gros problème que de se déplacer à travers la ville, sans compter le problème du temps surtout pour les mères ces dernières devaient en fait, trouver quelqu’un pour les remplacer pour surveiller les enfants, car si la police trouve des enfants dans la rue, elle saisit l’occasion pour venir à la maison, interroger, etc... Ceci a donné lieu en des endroits où les C.U. étaient plus présentes, à la naissance de crèches, dans la maison d’une "unsupported mother". Pour ces raisons là, nous avons cherché à décentraliser le plus possible nos sièges.

QUESTION : Les C.U. peuvent-elles être considérées comme des organisations autonomes de base, ou bien plutôt comme des structures parasyndicales ?

RÉPONSE : En terme d’organisation, il est assez difficile de définir les C.U. Il ne s’agit certes pas d’un syndicat traditionnel, dans la mesure où il ne pouvait pas se prévaloir d’une
situation de référence du genre de celle de l’usine. Les C.U. sont quelque chose de beaucoup plus généralisé qu’un syndicat.
Il existe en Angleterre une lutte assez généralisée contre l’organisation de l’assistance. Les gens qui vivent des allocations ont toujours été concentrés dans des zones bien déterminées, ce qui se comprend également par la structure urbanistique où sont toujours concentrées les familles à problèmes, comme on dit, c’est-à-dire celles qui ne payent pas ou qui autoréduisent les factures, les loyers, etc... ; celles qui ont des enfants qui vont et viennent dans les maisons de redressement. Les zones occupées par ces familles sont en définitive des ghettos où le contrôle est plus facile. Ces ghettos sont le terrain naturel des C.U., mais sont aussi le terrain le plus difficile à réunir dans une organisation. En fait, les prolétaires qui participent à nos réunions y exposent une énorme quantité de problèmes, parce que justement, il ne s’agit pas seulement de lutter contre la bureaucratie du S.S.S., mais aussi d’élever les enfants, de se garantir un logement, d’avoir une assistance sanitaire efficace, etc... Les C.U. qui étaient partis dans la lutte pour une plus grande efficacité du S.S.S., se sont trouvés en face d’une masse de problèmes sans avoir les moyens de les résoudre. C’est à ces raisons que tiennent les fluctuations des fortunes organisatives des C.U.
Notre problème était de réussir à former un noyau stable d’organisation, et dans ce sens, nous avons fait des tentatives variées : par exemple, un bureau où il y avait toujours quelqu’un aux différents sièges de zone, etc... Nous avons aussi essayé de travailler dans les bureaux mêmes du S.S.S. ; nous avons installé notre siège dans un immeuble où nous savions qu’il y avait beaucoup d’assistés, et nous pouvons dire que nous avons eu là les meilleurs résultats. De fait, il existe à Londres un style particulier d’architecture dans lequel les maisons ont de longues enfilades de balcon desquelles il est possible de contrôler la rue et donc de prévoir l’arrivée des fonctionnaires, ce qui permet de s’organiser contre de semblables visites. En définitive, ces prolétaires ont un contrôle absolu sur ces immeubles.

QUESTION : Comment se résolvaient les problèmes financiers ?

RÉPONSE : Ce n’est pas que nous avions de grosses dépenses, c’étaient surtout des dépenses pour imprimer les tracts, mais on trouvait toujours moyen de s’arranger : nous utilisions d’ordinaire les machines allouées aux centre sociaux. Quant au local, ou bien nous le trouvions gratis ou bien, nous l’installions dans la maison de quelque camarade. Il y avait aussi une forme de taxation individuelle. Quelques sièges, comme ceux de Londres, ont au contraire, une organisation plus formelle : ils nomment des présidents, des secrétaires, confient à ceux-ci des fonctions précises, impriment des cartes d’inscription, etc... Ces sièges sont ceux qui ont une histoire moins fragmentaire et sont ceux qui impriment et font circuler les documents des C.U.

QUESTION : Il y a eu une crise des C.U. De quoi s’agit-il ?

RÉPONSE : Oui, il y a eu une crise, mais elle intéresse surtout les étudiants qui ont longtemps été la force motrice de l’organisation et elle est liée à la tentative dont nous avons parlé plus haut de stabiliser l’organisation. Chaque siège des C.U. avaient un noyau central qui travaillait de façon stable, autour il y avait un turn-over de personnes. Les camarades les plus stabilisés dans l’organisation ont commencé à ne plus être satisfaits des rôles qu’ils avaient, parce qu’ils se sentaient un service social autoproclamé. Ceci était dû aussi au fait qu’il ne s’était pas passé beaucoup plus que la répétition des mêmes schémas de lutte et d’organisation. Le mouvement avait assumé la revendication ("claim") comme un comportement général à étendre aux autres domaines. Il s’agissait de faire faire aux C.U. un saut politique qui les amène à une vision plus globale des luttes. Les C.U. vivent encore aujourd’hui ce type de crise, raison pour laquelle de nombreux camarades se sont déplacés vers d’autres secteurs d’intervention.

QUESTION : Avez-vous pensé à porter en Irlande l’organisation des C.U. ?

RÉPONSE : Des camarades et moi ont eu des rapports avec des camarades de Belfast, qui ont tout de suite réfléchi à la possibilité de pratiquer notre expérience. Le problème des sans- emploi dans les ghettos catholiques est impressionnant : une enquête de 72 révèle que, à Belfast même, le taux de chômage approche les 70%. La plus grande partie des usines de la zone ont été fermées et réquisitionnées par les soldats pour servir de casernes. Avec les camarades, nous avons discuté de la règle du blocage des allocations au dernier salaire reçu. En Angleterre, l’allocation est environ de 16 ou 17 par semaine, alors qu’en Irlande, elle ne tourne qu’aux environs de 11. La situation est également rendue pire en Irlande du fait que les familles y sont plus nombreuses. De même, en Angleterre, l’assistance présente une gamme plus étendue de ressources : les sans-emploi n’y touchent pas seulement les allocations, mais reçoivent aussi quelque chose pour les loyers, les vêtements, les meubles, etc... En Irlande, tout ceci n’est pas pris en considération par les camarades. Évidemment, notre intérêt ne se porte pas seulement sur les familles prolétaires catholiques, mais aussi sur les familles prolétaires protestantes.
En Irlande, les sans-emploi peuvent obtenir du bureau de placement- la possibilité de travailler pour le commissariat aux forêts, où le paye est très basse. Quant en hiver, les chômeurs doivent avoir recours au S.S.S. le montant de l’allocation est calculé sur la dernière paye, qui est souvent celle dont nous venons de parler. Voilà un cercle vicieux qu’on ne peut briser que par l’émigration ou l’IRA !

QUESTION : Si on retourne en Irlande après avoir été licencié en Angleterre, a-t-on droit au S.S.S. ?

RÉPONSE : Je crois que oui, car le système d’assistance est un système intégré, même si le règlement des bénéfices supplémentaires est, par certains aspects, très différent entre l’Irlande et l’Angleterre.

QUESTION : Comment voyez-vous les syndicats ?

RÉPONSE : Franchement, pas de façon favorable. La période pendant laquelle les C.U. sont le plus présentes dans le mouvement est celle de fort chômage. Lorsque nous allons à des réunions avec les syndicats, les syndicalistes parlent de droit au travail et nous de droit à la vie.
Les lieux essentiels couverts par notre lutte étaient celui des "unsupported mothers" et celui de la règle sur la cohabitation, et même souvent, l’aire des ouvriers en grève. Nous avons publié un manuel pour les ouvriers en grève et un pour les mères célibataires. Nous avons réussi à faire porter en avant la revendication suivante : lorsqu’un ouvrier ne travaille pas à cause de la grève, il doit avoir droit comme les autres à l’allocation S.S.S. Ceci était une façon d’obtenir un instrument financier autonome, permettant de gérer la grève en dehors des syndicats. C’était également une façon comme les autres de pousser les ouvriers à discuter pendant les grèves. Nous avons aussi obtenu quelques succès pendant ces grèves. Par exemple, pendant la première grève des mineurs, les syndicats leur on dit qu’ils ne seraient payés qu’avec l’argent du syndicat. Les C.U. de Newcastle, où sont concentrés le plus grand nombre de mineurs, prirent directement contact avec les ouvriers et discutèrent sur les payes : si elles étaient limitées aux contributions syndicales, elles seraient trop petites ; alors il était évident que nous devions manifester pour obtenir aussi les allocations S.S.S. C’est ce qui arriva : les C.U. organisèrent des sit-in de protestation.
En 71, le gouvernement avait coupé les fonds de sécurité sociale aux grévistes ; alors qu’avant, nous avions droit à une allocation de 4 ou 5 par semaine en plus de la paye de grève versée par le syndicat. Ces allocations étaient versées par le S.S.S. aux membres des familles.
Actuellement, le gouvernement a porté cette allocation à seulement une livre par semaine. Sur ce plan, nous avons travaillé avec les ouvriers du bâtiment et des ports. En particulier, avec les ouvriers du bâtiment nous avons pu stabiliser un rapport continu parce qu’ils ont fait grève pendant douze semaines sans s’arrêter. En 71, les travailleurs des Postes se mettent en grève et les C.U. furent très utiles pour l’obtention d’allocations S.S.S. Avec les travailleurs des ports, des --- expériences analogues. L’agitation a même duré jusqu’à la fin de la grève.
Mais au à de quelques aspects positifs, nous avons certainement sur-évalué ce qu’on pouvait faire pour organiser de façon permanente les travailleurs en grève. Nous avions pensé créer des C.U. de travailleurs en grève, mais ils n’ont pas marché ; au mieux, nous sommes parvenus à impliquer sur les problèmes de la S.S. une partie des comités de grève.
Cet insuccès a une signification très importante, car il nous a amené à élargir et à corriger notre conception de l’organisation. C’est une grosse leçon politique sur tout ceci, ainsi que sur le type d’organisation. Les structures organisatives ne doivent pas assumer une forme permanente et statique, mais doivent être quelque chose de plus qu’un groupe de gens qui font de façon permanente un travail politique ensemble.




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