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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Absentéisme à Détroit
{Camarades}, n°1, Avril-Mai 1976, p. 20.
Article mis en ligne le 5 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Cet article, paru le 15 février 75 dans l’"International Herald Tribune", journal des hommes d’affaires anglo-saxons en Europe, montre, mieux que de longs discours révolutionnaires, ce que signifie concrètement l’absentéisme dans les grandes entreprises multinationales.

"Quand Derrick Wolf, apprenti électricien de 26 ans à l’usine d’emboutissement de Ford, se sent de mauvaise humeur, fatigué ou qu’il a passé simplement 4 jours pleins au boulot, il reste souvent carrément à la maison. Et quand un contremaître le menace d’une suspension d’un jour, il tourne en plaisanterie la punition, et lui dit parfois : "Pourquoi un jour ?... Donne-moi la semaine ! Ne tournons pas autour du pot !..."
Quand, au mois de février, l’année dernière, il est licencié, il est parti en Floride où il touchait 95% de sa paye, ce qui lui faisait une moyenne de plus de sept dollars de l’heure...
Pour les directions de l’industrie automobile et les leaders de l’U.A.W., des employés comme M. Wolf sont devenus un problème sérieusement embarrassant. Comme le nombre des ouvriers absents de manière chronique n’a cessé de croître dans les années 60 et au début des années 70, certains ont pensé qu’une bonne dose de vaches maigres secouerait les ouvriers, et que l’absentéisme tomberait...
Mais après deux ans d’important licenciements, les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale, il est devenu évident que la manière forte n’avait que peu d’effets. Les taux d’absentéisme sont tombés de quelques dixièmes d’un pour cent, mais aucune brèche significative n’a été ouverte à l’intérieur du problème, qui fait des ravages quand la production augmente, menace la qualité de la production et accroît la tension dans les usines parmi les ouvriers qui font acte de présence de manière régulière.
Et les managers des deux côtés, tant du côté du patronat que du côté syndical, ne voient aucune solution simple au problème qui a fait l’objet de discussions lors des deux dernières négociations pour les contrats et qui sera remis sur le tapis lors des prochaines négociations.
Léonard Woodcock, président de l’UAW, disait, dans un récent interview, qu’il croyait que les syndicats devraient jouer un rôle plus actif dans la lutte contre l’absentéisme, mais qu’il ne voyait pas de solutions dans l’immédiat : "Je ne sais pas jusqu’à quel point la persuasion peut-être efficace", a-t-il dit, "mais la discipline, elle, ne semble avoir aucun effet..."
Une méthode a été tentée lors des contrats avec l’industrie des machines agricoles. Là, environ 100.000 ouvriers disposent d’une demi-heure libre pour chaque semaine de présence parfaite. Le plan n’a que peu d’effet sur les ouvriers qui sont chroniquement absents, tandis que ceux qui viennent régulièrement ont effectivement gagné une demi-heure par semaine.
La manière dont la plupart des usines s’arrangent avec l’absentéisme, qui atteint parfois 10 à 15% certains vendredis, les lundis, les jours de mauvais temps ou d’ouverture de la chasse, consiste à payer des ouvriers qui remplacent ceux qui prennent leur temps de pause.
M. Wolf est célibataire, vit avec des amis dans une maison de Ann Arbor. Il paye un loyer de 75 dollars par mois et conduit un vieille Wolkswagen. Il occupe ses loisirs à fabriquer des objets décoratifs pour lesquels il n’a besoin que de quelques simples outils.
"Il y a des gens qui ont besoin de trois voitures, d’un scooter des neiges et qui ont trois enfants", dit-il en écoutant du blues sur sa chaîne Hi-Fi. "Pour eux, un gros chèque est nécessaire. Je ne suis pas tombé dans ce piège..."




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