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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Nanterre : La Maison Peinte
{Camarades}, n°1, Avril-Mai 1976, p. 51.
Article mis en ligne le 10 janvier 2014
dernière modification le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Combien de gens nous ont dit que nous avions de la chance d’avoir un lieu comme la "Maison Peinte". C’est vrai, mais il est aussi évident que la "Maison Peinte" n’existerait pas sans le quartier.
Il serait trop long de faire l’histori­que de l’accouplement "Maison Pein­te"-quartier. Disons simplement que depuis 2 à 3 ans, nous voulions que cette maison soit le lieu de rencontre des gens en lutte : le bilan n’est pas complètement négatif, peut-être à cause de l’éclatement du lieu "maison peinte" en espace-autonomie. Un syn­dicat, un parti politique, un centre social sont aussi des lieux sur le quar­tier, mais des lieux qui ont leur rythme mécanique et non la respiration d’une vie quotidienne ; ces lieux on les uti­lise, on n’y investit pas. On pourrait expliquer ceci par un exemple : un ouvrier vient à la "Maison Peinte", ou rencontre un copain, il explique qu’il n’est pas heureux dans son bou­lot et qu’il voudrait qu’on écrive à l’inspecteur du travail. On le renvoie à son usine en lui demandant de par­ler avec ceux qui ne sont pas contents : un rendez-vous est fixé dans un café
ou à la "Maison Peinte". On se retrouve à 4/5. A une autre réunion, il y aura 10/15. Pendant deux à trois mois, on se verra toutes les semaines et la lutte naîtra doucement pour aller parfois très loin (Margoline). Dans ces réunions, on discute usine, puis logement, puis école pour les gosses, puis problèmes des femmes, etc. Le lieu "Maison Peinte" est devenu un espace. Il en est de même pour l’avortement, les violences policières, etc. Ces copains en lutte, en rencontrent d’autres, nous demandent d’intervenir ailleurs. Le lieu "Maison Peinte" sert ensuite d’information sur les auto réduction s, le racisme (à ce sujet notre fonctionnement est encore insuffisant).
C’est à partir de ce peu d’informations (le journal "Maison Peinte", voir encadré) que les copains de "Rosso" (journal de l’autonomie ouvrière en Italie) nous ont pourtant défini comme "un espace libre du socialisme et de la fête". Il est vrai que ce que nous écrivions alors représentait une façon de vivre "sympa". Depuis, un débat assez important s’est engagé autour du noyau de 15 à 20 personnes qui se retrouvent tous les dimanches pour bouffer (à ce noyau s’ajoute une vingtaine de personnes à peu près venant moins régulièrement).
Le fait de se retrouver a fait naître entre autres un débat entre ceux qui disent : "est-ce que nos désirs s’expri­ment entre nous ? Comment faire pour se connaître ?" et les autres : "on s’en fout d’exprimer nos désirs, ceux des gens sont plus importants, et on se connaît en luttant avec les autres". Ce n’est pas un débat contradictoire, mais un débat qui n’a pas trouvé sa pleine expression. On sent un désir d’être bien ensemble, et cela suffit, tandis que d’autres expriment le désir "d’exploser dans un tas de révoltes pas encore unifiées". Cela se traduit par un investissement sur le quartier : y habiter. Mais chacun est d’accord pour affirmer que de venir à la "Mai­son Peinte" a provoqué des change­ments chez lui. Et pourquoi ne pas multiplier les maisons peintes sur les quartiers de Nanterre où habitent des copains qui viennent ici ?
Le noyau actuel peut effectivement devenir référence, non plus dans l’orga­nisation d’une lutte, mais dans la façon d’avoir des rapports simples entre nous, acte éminemment "révolution­naire", qui ne peut ensuite que décloi­sonner les rapports entre les gens. Un peu comme la cuisine où chacun a des spécialités vachement bonnes, mais où personne n’est le "chef cuistot" ou le spécialiste de la cuisine.

La Maison Peinte




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