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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Nanterre : délinquance est un droit, comme existe le droit de grève
{Camarades}, n°1, Avril-Mai 1976, p. 52.
Article mis en ligne le 10 janvier 2014
dernière modification le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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"Le soir, dans la rue, on n’ose plus sortir, on a peur". Voilà comment s’expriment des jeunes immigrés de Nanterre et des villes voisines. En réponse, il existe cette déclaration de Poniatowski faite en juin 1974 : "c’est un principe démocratique que tout gouvernement se doit de respecter : qu’un citoyen soit empêché de sortir ou de rentrer le soir chez lui... est une atteinte à la liberté". Le soir, les im­migrés ont peur de la police.
Ils savent ce qui leur en coûte de se faire arrêter par la police : ainsi l’affai­re Khétib [1] à la fin avril 1975. De nombreux témoignages ont déjà été publiés au sujet des violences policières (Libération en mai 1975 et Politique Hebdo en juin de la même année). Tout récemment un ouvrier algérien portait plainte contre des policiers du commissariat de Nanterre. Un dossier sur les violences policières va bientôt être publié. Depuis juin 1975, un contre-pouvoir s’installe qui oblige la police à changer de méthodes. A cause des expulsions ou encore des pres­sions sur l’employeur, les immigrés savent qu’il est impossible de porter plainte contre la police. Cette arme juridique est réservée aux Français, et encore...
Alors, en plus des actions dont on ne peut parler, il se trouve que des voitures de polices sont "abîmées", que des interventions se font dans les commissariats, comme à celui de Bezons, lors de l’arrestation de jeunes enfants immigrés. Il se trouve que les gens n’ont plus peur de dire les perqui­sitions violentes, les tabassages au commissariat de Nanterre, de Colom­bes ou d’ailleurs. On a vu une manifes­tation de 500 personnes sur le quar­tier, des meetings, une information sur les policiers en civil qui tabassent. Pe­tit à petit nous avons été étonnés d’ap­prendre que la police à Nanterre frappait moins et même plus du tout les gens du quartier. On s’est étonné du changement de poste d’un "Jer­sey", de la présence épisodique du "Tunisien" [2].
La "Maison Peinte" est devenue le crieur public de ce que la police vou­lait cacher. Les jeunes commencent à connaître l’attirail juridique et la po­lice qui le sait fait attention : ainsi il arrive que les jeunes gardés à vue au- delà de 24 heures voient un médecin afin d’autoriser la garde à vue : avant cela ne se pratiquait pas.
La police ne peut et ne doit pas per­dre ainsi son pouvoir. Un nouveau système s’est mis en place : des jeunes en Honda, le "civil" devient loulou ; des inspecteurs invitent des jeunes à boire et veulent discuter de leurs pro­blèmes : "le civil" devient éducateur ; enfin, des "civils" sont garagistes. Beaucoup de nouveaux personnages dans le quartier, oreilles d’un commis­saire jeune cadre. Plus grave, on de­mande à certains jeunes de travailler avec la police. Pour couronner ce nou­veau statut, Poniatowski attaque Poli­tique Hebdo en diffamation pour un article fait sur les violences policières à Nanterre, et puis, les expulsions sont toujours là.
Ce nouveau système n’a pas encore été démoli, bien que tout le monde se montre du doigt les "travailleurs" du commissariat, et tout le monde com­mence à savoir pourquoi ils sont là. Il est vrai que le système policier crée la délinquance, au même titre que l’éco­le. La police voudrait bien justifier sa présence dans le quartier en se préva­lant de cette délinquance. Mais cer­tains pensent au contraire de plus en plus quelle doit exister comme un droit, comme existe le droit de grève.

N.B. - les partis politiques et les syndicats soutiennent les actions lancées, mais sont rarement à l’origine de ces actions.

Notes :

[1Alain Khétib, 7 heures après son arresta­tion fut retrouvé pendu dans sa cellule de Fleury-Mérogis.

[2Surnoms de deux policiers connus parti­culièrement pour leur brutalité envers les jeunes immigrés.




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