Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Chronologie à la Fiat : La bataille pour le commandement
{Camarades}, n°2, Été 1976, p. 26-29.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

13 janvier :
Rivalta, département vernissage : dé­marrage des grèves pour le passage des catégories ; le dépt. reste bloqué de 7 h 45 à la fin du temps de travail de l’équipe, la Direction libère 2 000 ou­vriers des dépt. en aval..
15 janvier :
Officiellement c’est la première grève déclarée en vue du contrat : 4 h. Dans la zone Nord-Ouest de Turin, les ou­vriers des petites usines convergent vers la Singer et l’Assa (entreprise où sont déjà mis en pratique des licenciements de masse), d’où ensuite le cortège conflue sur la place Sabatino.
A Mirafiori le pourcentage des gré­vistes est très élevé. Les cortèges ou­vriers vident l’usine des jaunes et des chefs.
Pendant ce contrat, le cortège vio­lent est une arme ouvrière depuis le premier jour. Après avoir nettoyé Mi­rafiori, le cortège va assister à un mee­ting devant la Direction en sortant par la porte 7.
22 janvier :
Coïncidant avec l’échéance contrac­tuelle mais extérieures à elle, des grèves pour le passage de catégorie démarrent dans divers ateliers de Mirafiori : Elles expriment surtout la volonté des ou­vriers de Fiat d’exercer le pouvoir dans l’usine.
28 janvier :
Grève de 4 heures des ouvriers de la zone Turin-Nord-Est. Comme pour em­pêcher que la lutte ouvrière se généra­lise sur toute l’aire métropolitaine le syndicat a exclu de la grève les ou­vriers Fiat en décidant 4 heures de grève à Mirafiori pour le lendemain.
29 janvier :
Les ouvriers de la Singer bloquent la piste de l’aéroport.
2 février :
A la Spa Stura deux délégués, sont licenciés pour avoir commis des vio­lences contre Les chefs au cours de la précédente journée de grève générale. Aussitôt Spa Stura s’arrête et les vio­lences reprennent et s’étendent. Des chefs et des jaunes sont gravement blessés.
A Rivalta, aux presses, d’autres grè­ves pour le passage de catégorie se dé­clenchent comme il y en déjà au ver­nissage. Les départements en aval sont libérés. La démonstration est faite : lorsque la Direction libère des départe­ments le seul résultat obtenu est l’extension de la lutte à d’autres départe­ments.
4 février :
La F.L.M. [1] et la région rouge [2], pour parler des intérêts ouvriers, se mettent à discuter de savoir où devra se trouver la nouvelle direction à Ordina­teurs de la Fiat !
La F.L.M. et le gouvernement par­viennent à un accord qui donne aux ouvriers de la Singer 6 mois de plus dé Cassa intergrazione [3].
6 février :
Grève générale de 8 heures. Les ou­vriers restent chez eux pour dormir, et aussi parce que la F.L.M. a jugé qu’une manifestation ces jours-ci à Turin se­rait trop dangereuse et a envoyé les représentations funèbres à Milan. Ce n’est pas pour autant que tout se pas­sera bien : quelques jaunes entrent à la Fiat ; les piquets entrent dans l’usine pour les en dénicher.
10 février :
Affrontement police - étudiants des Instituts techniques.
12 février :
1 heures de grève à Mirafiori, Rivalta, et Lingotto. A Marafiori, (dépt. 68) un cortège ouvrier blesse des jaunes.
18 février :
2 heures de grève à Mirafiori. A la mé­canique, un cortège ouvrier après avoir circulé dans l’usine se dirige vers la Direction. On fait sauter les grilles, non plus avec des palanquins mais avec les chariots élévateurs. L’attaque ouvrière de la Direction se mécanise.
20 février :
3 heures de grève à Mirafiori, Lingotto, et Fiat Avio. Les cortèges habituels. L’un, aux presses attaque le siège in­terne de la CISNAL [4] le détruit, et laisse à terre dans un état grave le fas­ciste qui était de garde ce matin-là.
23 février :
Manifestation d’AO [5] à la mairie, pour soutenir Canu qui tient au conseil communal de longs discours sur le droit au logement.
24 février :
3 heures de grève à Rivalta Motori, Spa Centre Lancia de Chivasso. 2 heures à Mirafiori.
27 février :
Grève de 4 heures dans les usines de Borgo San Paolo. Sur la base des dis­cussions, qui circulent entre les ou­vriers de toutes les usines depuis les précédentes journées de grève.la F.L.M. de Turin est contrainte d’annoncer que l’étalement des augmentations de sa­laire est inacceptable.
28 février :
L’union des locataires, occupe 5 im­meubles taudis parce que ”à Turin il y a bien des maisons abandonnées qu’on pourrait réquisitionner, assainir et at­tribuer aux travailleurs”. L’indication de la ”brigade de la lèpre” est que si la Mairie rouge n’y pourvoit pas, on doit occuper les taudis et les assainir soit même (il faut déjà aimer les rats et la lèpre !).
3 mars :
4 heures de grève à Rivalta, Fiat de Carmognola dans les petites usines de Turin Nord-Ouest.
5 mars :
Dans la nuit, le siège de Sida de Nichelino prend feu. Grève à Mirafiori et Lancia Chivasso. A Mirafiori les cor­tèges ouvriers sortent de l’usine. Le syndicat, pour pousser le gouvernement à diminuer les prix tente de réunir un meeting contre l’invasion des super­marchés. Mais le parfum des fruits est plus alléchant que les paroles des syn­dicalistes.
La police syndicale ne réussit pas à faire le mur et les ouvriers vont se pro­curer gratuitement fruits et légumes sans que la CIPE [6] ou n’importe qui baisse les prix.
11 mars :
Grève générale de 4 heures : le syndicat emmène 5 cortèges. Il leur fait tra­verser la ville dans un marathon jus­qu’au siège de la Confindustria [7]. On sait que les ouvriers ne sont pas des marathoniens olympiques et, au siège arriveront épuisés une petite centairte de personnes. C’est ce que voulait le syndicat car seuls les symboles peuvent exprimer le caractère pçlitique de l’af­frontement.
16 mars :
Grève de 4 heures à Rivalta et Mira­fiori. A Mirafiori les 4 heures sont prolongées. A la tête des cortèges on ne trouve pas des ouvriers à pied portant pancartes et banderolles : la tête du cortège s’est motorisée. Les chariots élévateurs conduits par les ouvriers guident les cortèges, élèvent des cais­sons de semi-finis et les renversent. La facilité avec laquelle les chariots peu­vent faire sauter les grilles de barrage est maximum : il suffit d’actionner un levier, à Rivalta les 4 heures de grève ne sont pas prolongées mais... pour qui ne se pique pas de contrat, plu s importante est la lutte pour le passage de qualifi­cation et, au vernissage... Quelque soit le jour, à peine la grève part au vernis­sage, que les départements en aval sont libérés. Cette fois, se sont les ouvriers qui à leur tour libèrent la peinture avec une parfaite connaissance ouvrière des installations de vernissage. Il suffit de manœuvrer quelques soupapes et quel­ques robinets et, merveille des mer­veilles, des voitures multicolores. 4 000 kilos de peinture mélangés dans les réservoirs.
Les Frères Agnelli ne se sentent pas de lancer une nouvelle mode dans les couleurs et doivent tout balancer en criant au sabotage.
17 mars :
A Mirafiori les ouvriers, pas rassasiés des 8 heures de grève de la veille, bloquent l’usine en toute autonomie. Avec les chariots on prend ’vraiment son pied. La classe ouvrière motorisée, fait la course à Mirafiori et finit par sortir par la porte 16 (mais sans cha­riot) d’où le syndicat tente de calmer les esprits trop échauffés. 4 heures de grève dans la zone Turin Nord Est avec meeting et cortèges place Crispi.
23 mars :
3 heures de grève avec blocages des grilles annoncées et conduit en toute responsabilité parle F.L.M. à Mirafiori. La pression ouvrière était trop haute, il fallait faire quelque chose d’apparem­ment radical (prodige de l’hydraulique syndicale).
23 mars
Grève générale et meeting de TRENTIN - Place San Carlo. Les ouvriers sur la place sont peu nombreux. Seulement des employés de banque, du tertiaire, avec quelques étudiants. Vers la fin du meeting, LOTTA CONTINUA attaque la Préfecture précédé d’une Fiat 128 jaune de la police politique. Ballet et théâtre devant la Préfecture. Le thé­âtre continue et on va joyeusement avec AO occuper un taudis pour que CANU puisse jouer au conseiller muni­cipal.
24 mars :
La musique change : RIVALTA est occupée, nouveau sabotage à MIRA­FIORI. A RIVALTA, les ouvriers es­timent que, lorsque la direction libère les dépts, ils se doivent à leur tour de libérer la direction, ses employés et les chefs : dommage que ce soit vendredi. MIRAFIORI : parfaite connaissance ouvrière, cette fois non pas des ins­tallations, mais des semi-finis qui se trouvent dans les magasins. Où est-ce que le feu peut prendre le plus facile­ment ? - Au magasin de la sellerie, c’est lui qui flamble !
27 mars :
Les groupes tiennent une manifesta­tion contre la vie chère et pour le droit au logement. Tous les appareils sont sur la place, beaucoup d’étudiants, très peu d’ouvriers. Discours devant la Mai­rie en soutien à CANU : Les représen­tants occupent, à la tupamariste, une maison (en se détachant du cortège, 5 à 6 personnes hissent un drapeau et des banderolles rouges sur la maison occupée). Un mot d’ordre clarifie l’ambiance politique : "35 heures, 50.000 lires, la F.L.M. doit le com­prendre".
30 mars :
(Les pavot [8] fondent sur l’usine mais...)
A MIRAFIORI, le syndicat pro­clame 3 heures de grève. Ils se portent à l’usine NORELI, VIGLIONE et d’autres pour faire leur prêche. Peu écoutés des ouvriers, beaucoup de fonctionnaires du parti et du syndicat. Mais... Ils reçoivent quelques avertisse­ments pour le lendemain. A LINGOTTO, les 3 heures syndicales de blocage des grilles sont prolongées jusqu’à la fin de l’équipe et les ouvriers empê­chent à leur façon les employés et les opérateurs d’entrer.
1er avril :
La nuit, le syndicat signe un accord pour la lutte sur les qualifications au vernissage de RIVALTA. Il va l’annoncer le lendemain matin aux ouvriers de cet atelier comme une grande victoire. Ceux-ci n ’écoutent pas le moins du monde les syndicalistes et continuent à ne pas travailler. La direction libère 5.000 ouvriers des dépts. en aval. On va de nouveau aux grilles, pour les syn­dicalistes ça marche mieux : la parade réussit et les grilles sont abandonnées. Mais la trop grande concentration des syndicalistes à RIVALTA pour em­pêcher le blocage des grilles laisse dé­garnis les autres lieux. A VOLVE RA (FIAT RICAMBI) 3 heures de grève avec blocage des grilles sont prolongées jusqu’à la fin de l’équipe et on em­pêche physiquement les chefs d’entrer. Le blocage des grilles, avec la pratique habituelle de violence ouvrière dans les affrontements avec dirigeants et opéra­teurs’ s’étend à la MOTORI AVIO, à la CROMODORA et aussi (fait nou­veau, parce qu’attaché à une figure productive annuelle qui n’est pas celle de l’ouvrier classique) au centre de recherche Fiat de PIOSSASCO. A MI­RAFIORI, où aucune grève n’est pro­clamée, le dépt. essayage des moteurs part en lutte pour le passage de ca­tégorie.
2 avril :
La situation tend à la surchauffe. Les syndicalistes - pompiers ont des diffi­cultés. Arrivent les commandants des pompiers : LIBERTINI, SIMONELLI, et autres. Très longs discours sur la politique des Enti locaux [9], sur l’em­ploi, etc... Pour écouter, les habituels bureaucrates. Les autres sont à l’atelier à s’occuper de leurs affaires habituelles.
En dehors de l’horaire de la grève, au lieu de se mettre à travailler quand ils auraient dû, le ouvriers de l’essayage- moteur se croisent les bras (toujours pour les qualifications et pas pour les bavardages des pavots qui font de la politique avec un P.
4 avril :
C’est samedi. A MIRAFIORI sont pré­sentes seulement les équipes de ma­nutention. A 11 h 30, à l’atelier 81 se lèvent soudain des flammes, "sabotage” crie-t-on à la direction. C’est tech­niquement parfait. 5 (ou 7) chariots de produits incendiaires placés en cinq points cardinaux de l’atelier : 2 aux pilliers portants, les autres au pied des piles de semi-finis les plus inflam­mables (à l’assemblage-sellerie). En quelques minutes, une colonne de fumée visible de la moitié de TURIN se lève et entoure l’atelier. Les équipes anti-incendie internes à la Fiat sont impuissants, accourrent les pompiers (les vrais) qui s’émerveillent de ces flammes indomptables. Les produits, même recouverts d’eau, continuent à brûler : thermite [10] ou phosphore. Y compris dans la préparation du pro­duit incendiaire, l’imagination-science ouvrière a démontré sa validité : la thermite n’est pas seulement consom­mée productivement dans les procès de synthétisation et de soudure des pièces, elle sert aussi à dessouder les profits. Résultat : les magasins de la sellerie dé­truits, la chaîne du 132 rendue pres- qu’inutilisable. Evaluation totale des dégâts par la direction de Fiat : 1 mil­liard et demi de lires.

Notes :

[1F.L.M. : intersyndicale de la mé­tallurgie.

[2Région rouge : conseil de la ré­gion élu (à majorité de gauche dans le Piémont).

[3Cassa intergrazione : caisse financée par l’état qui permet de payer aux ouvriers les heures de chô­mage technique.

[4CISNAL : Syndicat fasciste.

[5AO : Avanguardia Operaia, groupe d’extrême gauche, homologue de Révolution.
CANU : conseiller municipal élu sur les listes présentées par AO et le P.D.U.P. - Manifesto.

[6CIPE : Institut d’Etat qui défi­nit les prix nationaux.

[7Confindustria : conseil national du patronat italien.

[8Pavots : chefs syndicaux dans la langue ouvrière italienne.

[9ENTI : Administrations locales

[10Thermite : produit chimique à base d’aluminium et d’oxyde de fer, brûle en dégageant une très forte chaleur, utilisé pour la sou­dure et la fabrication des bombes incendiaires.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53