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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Chômage : bilan du comité de chômeurs du XVe arrondissement de Paris
{Camarades}, n°2, Été 1976, p. 52-57.
Article mis en ligne le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Cet article qui émane d’une discussion à bâtons rompus entre des membres du comité de chômeurs XVe, n’a pas pour but de fournir un matériau théorique d’intelligibilité globale du phénomène chômage en FRANCE aujourd’hui. Une telle orientation n’aurait d’ailleurs eu qu’un intérêt limité dans la mesure où ce type d’analyse a déjà été produit l’an dernier dans les textes du Collectif Chômage (sur ce point nous ne pouvons donc que renvoyer ceux que ça intéresse à ces mêmes textes).
Par contre, il nous est apparu plus intéressant de montrer ici ce que signifie concrètement l’autonomie des chômeurs notamment au travers des luttes du comité ;par exemple, comment le débat "droit à l’emploi/garantie des ressources" s’est traduit dans la lutte, quels sont les problèmes que pose au comité lui-même sa reconnaissance politique, etc... C’est là toute une série de questions où se joue de façon spécifique le rapport de l’autonomie à l’organisation.
Mais il y avait aussi à dégager, et c’est là un second aspect essentiel de l’article, la nature et les modalités des inter­ventions du comité autonome. Ainsi, sur le terrain des auto-réductions, il nous a semblé utile de mettre au jour les dif­ficultés que pouvaient rencontrer un comité de chômeurs (qui tiennent peut-être à sa nature même ?) lorsqu’il s’agissait de passer à une certaine massification.
En tout état de cause, c’est selon ces lignes thématiques que doit être lu ce bilan collectif et critique puisque, en résumé, il ne s’est pas tant agi de discuter de la composition théorique des orientations du comité sur laquelle il y a un concenssus au sein même de ce comité et qui fonctionne donc dans les faits comme un acquis, que de sa mise en œuvre telle qu’elle a été et telle qu’elle devrait être.

Constitution du comité autono­me, historique et problèmes ren­contrés.

Le comité s’est créé à partir d’une grève du personnel de l’ANPE, pour des augmentations d’effectif, sur les conditions de travail à l’inté­rieur de l’agence. Dans l’agence, pendant la grève, il y avait pas mal de chômeurs, et en fait on est arrivé à parler de nos problèmes à l’inté­rieur de l’agence. Il y avait à peu près une centaine de personnes au début.
Y : Je crois que ce qu’il faut rappeler aussi, c’est que si il y a eu grève du personnel, c’est parce que initialement il y avait un gros climat de tension sur l’agence parce qu’il y avait plein de chômeurs qui pointaient dans un es­pace réduit, et l’incident qui a tout déclenché, c’est qu’il y a un mec qui était au chômage depuis plus d’un an et qui ne touchait plus d’allocations et qui était venu pour chercher du boulot au libre service d’emploi. Or il y avait eu une réorganisation du libre service qui décrétait que seuls les chômeurs régulièrement ins­crits à l’agence pouvaient utiliser les annonces. Le mec qui n’était plus inscrit, quand il a voulu prendre l’annonce, le prospecteur placier lui a dit qu’il ne pouvait pas y avoir accès parce qu’il ne pointait plus là. Alors le mec qui était au chômage depuis un an, ça l’a foutu hors de lui, et il a mis son poing dans la gueule au prospecteur placier. A la suite de ça, le personnel s’est réuni et au lieu de faire un mouvement contre les chômeurs, a décidé que ça, c’était à cause du manque d’effectif et de la mauvaise ambiance dans l’agence et a fait une grève sur le tas pour marquer son mécontentement. Les chômeurs qui pointaient 2 jours plus tard se sont réunis, ont fait une première AG, à la faveur de cette grève, où ils ont décidé de constituer le comité.
Z : Au début, c’était particulièrement intéressant parce qu’on était à l’in­térieur de l’agence. A partir de là, on était en position de rapport de force permanent face au directeur Foucher. On était toujours au moins une centaine, et même quand il n’y avait pas d’AG, il y avait toujours une trentaine de copains qui tour­naient, qui parlaient avec les gens.
X : On tenait nos réunions dans l’agen­ce jusqu’au jour où Foucher nous a dit que les flics allaient venir pour nous sortir. Et ce jour-là, on s’est fait vider !

K : Moi, j’étais pas au comité à l’époque ; mais comment ça s’est fait que d’une cen­taine, on soit plus qu’une vingtaine aux réunions du comité maintenant ?

X : Mais parce que, justement, au début on était dans l’agence ; alors c’était plus facile pour les chômeurs de se réunir. Apparement, il leur est plus difficile de se déplacer pour venir à des réunions...
Y : C’est à dire que les gens étant sur les lieux, si ils voyaient une réunion, ils venaient écouter. Si à ce moment là ils se sentaient concernés, ils pre­naient la parole. Ils se trouvaient ainsi dans une structure qui était cette réunion sans pour autant être prêts à venir systématiquement ! Le jour où les flics sont venus, on avait annoncé l’AG par voix d’affiche ; c’était la première fois qu’on prenait la décision de se réunir officiellement dans l’agence, alors que les autres fois, ça se faisait spontanément. Ce jour-là, il y avait aussi les gens du PS et de la CFDT qui étaient venus voir. Les flics sont arrivés, nous ont sorti sur le trottoir, et on a décidé d’aller se réunir à l’UL, sur la proposition du mec de la CFDT.
H : Ce qu’il faut dire, c’est que person­ne ne voulait se barrer, les gens qui étaient là voulaient vraiment résister.

K : Alors, c’est là que vous vous êtes vrai­ment constitués comité de chômeurs ?

H : Non ; à la première AG, en relais à la lutte des travailleurs, on s’était dit que le meilleur soutien à apporter, c’était de voir entre nous nos pro­blèmes. A côté de ça, on a aussi apporté un soutien direct aux em­ployés. Je crois que quand ils sont allés à la direction générale, les chô­meurs y étaient aussi par exemple.
Y : Toujours la fois où on s’est fait vider par les flics, le personnel CFDT et d’autres ont débrayé pour protester et ils sont venus à l’UL avec nous, et on a fait une AG commune avec le personnel et les chômeurs. C’est ce jour là qu’on a décidé de se doter d’une structure permanente. On avait envisagé une association loi 1901. Après, il y a eu une grande AG encore, rue du Général Beuret, au siège du PS. H : Là, on avait pris la décision d’ap­peler à une réunion de tous les chô­meurs de Paris pour expliquer ce qu’on avait fait. Pour cette réunion, il y avait eu plein de chômeurs qui s’étaient remués pour passer dans les autres agences de Paris déposer des tracts d’appel à ce truc là ! Mais à cette réunion il y a eu des pro­blèmes...
G : Oui, je crois que c’est là qu’on a perdu du monde...
Y : Comme le comité avait été créé, on ne savait plus très bien sur quoi l’orienter dans l’immédiat, d’autant plus que ce jour-là, plein de gens étaient venus sur des problèmes particuliers ; ils les exprimaient tous sans que personne ne puisse reprendre en charge les problèmes pour entamer une lutte dessus, donc, beaucoup ont trouvé que ça dégénérait en palabre sans rien de concret. Effec­tivement ça avait été trop brutal ; on pouvait pas faire face à tout ça ! Il y avait quand même eu des trucs de décidé : des commissions d’orga­nisation, des luttes sur les différents problèmes : dossiers, expulsions, quit­tances, etc... qui n’ont jamais fonc­tionné...
H : C’est quand même à cette réunion là qu’est apparu le gros problème d’organisation et de ligne posé par le mec de la CFDT ; en pleine réu­nion, alors qu’il y avait 80 personnes, il nous avait dit : "oui mais alors la plate-forme qu’est-ce c’est ? Qu’est-ce que vous demandez ?" Alors on a décidé d’élaborer une plate-forme ce jour-là... c’est à dire que, alors que le mec CFDT posait des problèmes de « fond » : est-ce que vous êtes pour le droit à l’emploi, pour la garantie des ressources, est-ce que vous êtes pour les chômeurs professionnels ou pas ?, il y avait des travailleurs immigrés avec des problèmes urgents... un portugais s’est levé en sortant sa feuille de paye et qui a dit : "bon d’accord pour les discours, mais moi il y a ma femme qui est à l’hôpital ; la SS veut être remboursée ; j’ai pas un rond, comment je fais ?". Alors, on s’est divisé en deux salles. Dans l’une restent ceux qui veulent élaborer une plate-forme et passent à côté ceux qui ont des problèmes juridiques qu’on peut voir tout de suite. C’est surtout des travailleurs immigrés qui étaient dans ce cas là. Mais on n’a pas su s’occuper des cas concrets correctement tout en répon­dant à la CFDT sur la plate-forme et compagnie...
Z : Ça posait le problème du rapport qu’on pouvait entretenir entre un comité de chômeurs qui ne pouvait exister sur une certaine ligne, même en dehors des syndicats, et la demande de répondre au cas par cas sur des problèmes individuels qui demandent une espèce de conscience collective humanitaire ; c’est pour ça que se faisait sentir la nécessité d’une organi­sation, précisant notre façon de lutter sur les problèmes du chômage, qui nous permettrait, même sans une ligne politique précise, d’aider les copains dans la merde.
Y : De toute façon, on a été dans plusieurs situations où il a fallu faire un choix entre s’occuper de problè­mes urgents qui se posaient à des gens qui venaient voir le comité et s’occu­per de structurer le comité ; et, au début, en particulier, on s’est polarisé sur cette structuration du comité, et on a perdu les gens les plus comba­tifs, ceux qui avaient des problèmes qu’ils voulaient absolument régler, en particulier tous les immigrés ; ils étaient venus très nombreux à la réunion du Général Beuret, venus avec leur famille et on ne les a plus jamais revus après...
G : Tout au long du comité, il y a eu une carence d’information que les gens supportaient mal. Ils ne compren­nent pas que sur l’agence on ne soit pas au courant de tous les problèmes. C’est peut-être pas notre rôle essentiel, mais c’est aussi un terrain auquel on est confronté.
Y : Quoique maintenant, on a fait beaucoup de « progrès » ; on est bien au courant de comment fonctionnent les ASSEDIC.’etc...
Z : Moi, je crois que c’est pas pour cette raison qu’ on a perdu des gens, parce qu’il y avait un flou au moment où se structure un comité, c’est nor­mal et ça ne choque pas les gens ; d’ailleurs, on était resté une quaran­taine à être prêts à nous structurer avec une présence effective à l’ANPE, et qu’à partir de là, on pouvait traiter beaucoup plus sérieusement et beau­coup plus rapidement des cas indivi­duels et nous battre dessus. Le pro­blème fondamental, ça été les rela­tions avec les organisations politi­ques et syndicales du quartier qui ont vachement castré le comité. On est parti pendant au moins deux mois dans des réunions avec les syndicats etc... et on a perdu toute la masse des gens qui tournaient autour de nous !
Y : Attends. Le premier point sur lequel on a commencé à dire qu’on merdait, c’était sur le problème du local, parce que dès qu’on était plus à l’agence, ôn s’est dit que si on sa­vait plus où se réunir, on allait perdre des gens. Mais on savait quand même tous, parmi ceux qui commençaient à se connaitre qu’à la fin on ne serait plus que trente ou quarante. C’est pourquoi, cette recherche d’un local a fait que dans un premier temps, on n’a même pas traité des relations avec les orga, ce qui a fait qu’elles nous ont considérés comme des ennemis potentiels. Et dans un deuxiè­me temps, quand on a eu ce local, et que les orga ont su où nous choper, qu’on a dû passer deux mois à nous faire reconnaitre politiquement, et qu’il a fallu négocier notre existence de comité autonome. Alors pendant ce temps là, on n’a plus rien fait et on a perdu plein de gens..!
X : Oui, mais je crois que dès le début, la CFDT nous a proposé son local à condition qu’on ait une plate-forme sur laquelle elle soit d’accord !
H : C’était pour nous le prêter de façon occasionnelle ; et ils préféraient comme nous qu’on ait un local person­nel. Mais tout au début, on avait tout de même fait des délégations massives, à l’Hotel de Ville, à la mairie, pour le local, les transports.
Z : Comme on frappait très haut au niveau des objectifs, on savait très bien, je crois, qu’on aurait pas de résultats immédiats. On aurait peut- être dû insister plus sur la mairie, parce que le conseil de Paris... Curieu- semant, les chômeurs étaient très déterminés à continuer, à cette époque, l’action entamée sur les transports, et ce n’est que beaucoup plus tard que l’on s’est occupé des problèmes de paiement et de retard dans les démarches administratives.

K : Alors c’est quand même cette histoire de local qui a fait perdre les gens ?

Z : Absolument ! Mais quand on n’est pas une structure parachutée par une organisation politique ou syndi­cale, comme tout comité de quartier, on est confronté à des problèmes matériels cons qu’on ne peut pas résoudre immédiatement.
Y : Et encore, nous, on avait l’avantage énorme de pouvoir tirer sur des ronéos sans dépendre de personne à ce niveau là ! Autrement, on aurait été encore plus dépendant du bon vouloir des organisations politiques et syndicales du quartier.
G : Je crois vraiment que le fait de se parachuter une plate-forme comme ça, ça été très mal ressenti par les chômeurs du comité. Ça été en tous les cas vécu comme une perte de temps, un truc complètement inutile ! Z : Faut dire qu’au début, à côté de la plate-forme, on se battait surtout dans l’agence contre Foucher pour obtenir la liberté d’expression ; et c’était peut-être très’juste, mais on a pas eu de résultats...
Y : Ah, mais c’est parce que, à l’épo­que, on avait demandé aux employés qui avaient des problèmes du même type, de mener une lutte commune avec nous sur ce terrain là, et ils ont vachement tergiversé, d’autant plus que l’URP CFDT avait décrété que ce n’était pas une lutte fondamentale et ça les a vachement refroidi... et nous, on n’avait pas les forces tout seul de mener le combat.
Z : A la limite, c’était une victoire, puisque la liberté d’expression on l’a imposée dans les faits, les deux premiers mois, en affichant dans l’agence, contre la volonté du direc­teur Foucher !
H : Oui, mais une fois qu’on s’est fait virer, on s’est demandé si on pourrait retenir des AG dans l’agence sans se faire sortir dans les mêmes condi­tions. Or, tant qu’on n’avait pas le local, ça servait à rien puisqu’on avait pas de repli. Donc, on n’a pas ré-en­tamer l’épreuve de force avec Foucher de cette façon, mais c’est à partir de cet état de fait qu’a germé l’idée de faire une conférence de presse. Ça été quand même le lancement du comité, au sens où c’est à partir de là qu’on a vraiment été connu sur Paris ! Il y avait en particulier « Le Monde » et des canards d’extrême gauche.
G : Si on a pas jumelé la conférence de presse avec une occupation de l’agence, ce qui aurait eu plus de sens, c’est à cause des travailleurs de l’agen­ce, dont on avait l’impression qu’ils le vivraient comme un coup de force hostile ; et ça c’est posé plusieurs fois. Or, je crois que pour nous, rester dans l’agence, c’était vital !
 : Un des éléments qui explique le mieux les réticences des employés face à notre action dans l’agence « intra muros », c’est qu’à la suite de leur grève d’octobre-novembre, ils ont été plusieurs à se faire muter, et ils’ l’ont vécue comme un échec ! Pour en revenir à la conférence de presse, elle marque le début de la seconde phase du comité, qui a été marquée par la petite guerre que nous a livrée l’URP CFDT qui, dès le lendemain de notre initiative, balançait un communiqué de désa-voeu de tout ce que le comité XVe pouvait incarner...

Autonomie et garantie des res­sources, rapports aux syndicats.

X : On pourrait justement parler maintenant de son statut, des parti­cularités du comité. Dans un premier temps, ce qu’il faut rappeler et qui explique bien des choses, c’est qu’à l’époque dont on vient de parler, et longtemps après encore, on était le seul comité exis­tant vraiment sur Paris !
Y : La seule structure qui avait eu une existence ailleurs, c’était le comité XlIIe qui à l’époque dont on parle, était devenu l’ombre de lui-même.
H : Dans la mesure où on est parti d’une création « sur le tas », et non d’un truc parachuté CFDT ou CGT, on a été immédiatement confronté aux problèmes matériels des chômeurs, on s’est même créé sur ces problèmes, et tout ça donnait une « une ligne » marquée par la question de la garantie des ressources, des besoins immédiats des gens ; et ça, dans la démarche des syndicats et des groupes, ça marchait pas parce qu’ils s’intéres­saient qu’à un programme préétabli qui pour eux est le droit au travail. D’où leurs accusations à notre égard d’être plus ou moins un ramassis de « chômeurs professionnels »...
Y : Oui, tous les groupes qui interve­naient sur la question du chômage, le faisaient, et c’est encore le cas, à un niveau qu’ils jugent vachement "politique" et qui est complètement idéologique, sur l’unité, la lutte contre le Capital, etc... Toutes choses qui, loin de la réalité de la vie des chômeurs, tant qu’ils ne sont pas en lutte, et qui donc n’offraient pas de capacité de regrouper les chômeurs combatifs. C’est pour ça que nous on ne voulait pas entrer dans cet engrenage de délire idéologique, alors qu’il y avait des combats à mener, combats beaucoup plus riches dans leur contenu politique que tous les discours ! En particulier sur la ques­tion de l’unité où le contenu unitaire de nos initiatives n’intéressait pas du tout les groupes tant qu’ils n’a­vaient pas de plate-forme à se mettre sous la dent, avec unité écrit dessus.
K : Mais la CFDT, elle souhaite un peu nous avoir sous sa tutelle, non ? C’est pour ça que le brave gars de l’UL CFDT vient presqu’à toutes les réu­nions et voudrait toujours qu’on déci­de rien sans en avoir discuté avec TUL.
Y : Ça vient du fait que comme l’UL XV a accepté de reconnaitre un comité de chômeurs qui est autonome et non CFDT, ils ont à chaque fois des comptes à rendre à l’URP, qui veut elle, que les UL créent des comités CFDT, c’est tout comme pour ne pas se faire taper sur les doigts. Mais nous, je crois qu’on a établi un bon type de relations avec eux, où on discute mais où on décide vraiment nous même de nos actions.
Z : Par rapport au PS, il s’est aussi passé des choses pas claires. Au début, ils étaient présents pour nous soute­nir, puis ils. ont complètement disparu. Je pense que ça vient de leur "dyna­mique d’unité" avec le PC. Ils ont préféré disparaitre pour ne pas avoir de litige avec eux.
H : Moi, je voudrais qu’on en revienne un peu sur ces histoires "droit à l’emptoi"-"garantie de ressources" puisque c’est quand même avec notre autonomie, le point de clivage fondamental avec la CFDT. Nos besoins de chômeurs sont ce qu’ils sont, et on se bat dessus maintenant et pas sur le droit à l’emploi ou le droit à la retraite à soixante ans pendant vingt ans ! Qu’une organistion syndicale se batte la-dessus, c’est très bien.Mais c’est un type de revendication qui demande un niveau de négociation avec le pouvoir, un niveau de contractualisation, qu’un comité de masse n’a pas pour fonction d’avoir ! Nous, ce qu’on peut gagner aujourd’hui, c’est sur des trucs très concrets, du domaine du droit à la vie. des ressources...
Y : Ce qu’il faut ajouter, c’est que le mot d’ordre de droit à l’emploi a été repris par les travailleurs en lutte sur des questions de licencie­ments, et c’est légitime ! Pour eux, la question de l’emploi et du chô­mage, elle se matérialise comme ça et c’est normal. Mais pour les chô­meurs, la lutte, elle n’est plus sur : "on veut retrouver l’emploi qu’on avait avant", elle est : "on est au chômage, on doit avoir les ressources qui nous permettent de continuer à vivre normalement ! Il n’y a pas à accep­ter que les chômeurs soient des travailleurs au rabais, auxquels on aurait décidé de reti­rer de quoi vivre..." L’unité, elle se fait quand des points communs se font jour sur ces deux types de lutte, et c’est extrêmement fréquent ; on Ta bien montré sur le XVe. Ce que n’ont pas compris les instances syndicales, c’est que cette unité, c’est pas un mot. d’ordre, c’est de fait une réalité dès que les chô­meurs sont organisés, sur leurs besoins, leurs mots d’ordre.
Z : En plus, le deuxième point, c’est que quand tu créés des structures qui se veulent de masse, et qui sont impulsées par les instances syndicales, comme les comités de chômeurs CGT ou CFDT, c’est un échec parce que les gens le voient comme un truc parachuté ; or, même si c’est un fait politique de participer à un comité autonome, le fait est que les gens le prennent en charge eux-mêmes et qu’ils n’ont pas à reprendre en leur nom toute une ligne, une organisa­tion avec laquelle ils ne sont pas forcément d’accord. C’est en plus sûrement une progression politique parce que la prise en charge d’un comité pousse à des discussions à chaque instant qui débouchent sur des problèmes plus fondamentaux de remise en cause du type de société, etc... Il est sûr que l’alternative : "syndique toi et ton combat sera reconnu, ou alors les luttes que tu mèneras seront criticables". C’est une attitude vachement démobili­satrice pour les jeunes chômeurs qui pousse à la démerde individuelle par écœurement !
Y : Un bon exemple de ce type d’échec, c’est la tentative de la CGT de créer un comité de chômeurs sur le XVe, comité qui n’a jamais eu d’exis­tence réelle, sauf une chômeuse. Le fait de se présenter comme un comité de syndiqués exclusivement, les a maintenu à l’état groupusculaire.
Z : D’ailleurs les luttes des autres comités sur Paris vont dans le même sens. C’est toujours sur la garantie des ressources, les problèmes concrets que les chômeurs se déplaçaient, et pas pour aller dans une manif, sur des mots d’ordre généraux. L’exemple de la manif du 1er mai est à cet égard très significatif.
H : Un dernier point sur la CGT, c’est que son attitude par rapport à nous est en train, d’évoluer, maintenant qu’elle voit notre existence se mainte­nir. Dans ces dernières réunions avec l’UL CFDT du XVe, elle envisa­ge les rapports qu’elle peut avoir avec nous.C’est exactement les rapports qu’on veut avoir avec les syndicats ; des relations non pas d’appareil avec négocia­tions au départ sur la reconnaissance ou non mais un soutien éventuel sur la base de notre existence, de nos actions.

H : Mais précisément qu’est-ce qui t’a intéres­sé dans ce qu’on dit et dans ce qu’on fait ?

K : C’est que vous n’étiez d’aucune aubédience politique et syndicale ; il y a eu une spontanéité chez moi parce que ça correspondait exactement à ce que je ressentais. Ensuite, je ne voyais plus très bien à quoi nous menait tout ça, du fait de l’effritement du comité. Par exemple, quand on décide d’une action où on devrait être 30, on se retrouve à 8 etc... Et si l’un de nous retrouve du boulot, il nous dit salut..!
Y : De fait, on a perdu beaucoup de gens qui ont retrouvé du boulot. K : Notre objectif principal, c’est les ressources ; je ne sais pas comment vous vous démerdez vous autres, mais quant à moi, je n’en vois apparaitre aucune. C’est pas d’avoir assisté aux réunions qui m’en a apporté d’autres.
G : Je trouve qu’il y a eu un tournant où on a plus ou moins cessé d’agir. Au début, on s’est fait reconnaitre par des actions et au moment où on a commencé à se définir, on n’a plus fait d’action. Le problème des transports a été assez typique, on s’est noyé dans la coordination.
K : D’ailleurs, il y a qu’à voir le temps qu’on a perdu à discuter avec le gars de la CFDT pour lui expliquer pour­quoi on est autonome.
Y : Finalement, il semble que le seul truc concret qu’on ait obtenu, c’est qu’on soit connu, considéré comme dynamique, reçu quand on va à plu­sieurs quelque part. Mais sur le plan des résultats...
X : Oui, mais regarde quand on est reçu par les administrations, ce qu’elles font, c’est qu’au lieu de créer une épreuve de force en niant notre existence, elles nous reçoivent, mais ça n’a jamais de suite.
K : Ouais ! on s’est fait bourrer le mou à l’EDF...
X : D’accord, mais l’EDF c’est un truc en cours. Si on s’est fait avoir, c’est qu’on avait mal analyse la situation. On , croyait qu’ils avaient accepté des reports cas par cas dans des quar­tiers et on pouvait espérer que ça marcherait sur le XVe. Le comité de chômeurs XIIIe et les travailleurs CFDT de l’EDF nous ont induit en erreur, ou ils ont cru à tort que ce serait possible en criant trop tôt victoire. En fait, quand on est allé à la direction générale, on s’est aper­çu qu’il n’y avait aucun report spécial de quittance pour les chômeurs. H : Moi, ce que je dirai maintenant, c’est qu’étant à Paris, on est dans une situation très particulière. Par exemple pour les transports gratuits, si on les obtient, ce sera nécessairement au ni­veau national. A Toulouse, à Caen, à Grenoble, les chômeurs les ont eus, mais il faut voir les municipalités ! A Grenoble, par exemple, c’est le PS par contre au conseil de Paris, avec les communistes et l’UDR, ils discuteront avec la CGT, mais pas avec nous. A l’Hotel de Ville, l’UDR n’a pas voulu nous recevoir, li : Actuellement, on est dans un cercle vicieux ; on arrête pas de poser des problèmes au niveau national. Tout ce qu’on peut faire, c’est faire connaî­tre nos positions avec le plus d’éclat et de publicité possible.
K : D’accord, mais à Paris on ne ga­gnera pas seulement avec des délé­gations.
X : Oui, mais alors, quelle forme d’action ?
Z : Il faudrait plutôt dire quelle forme de victoire ?
H : Mais en fait, chaque fois qu’on s’est fait connaître à l’extérieur par la presse, on a perdu en chômeurs concernés parce que pour eux, c’est pas une victoire qu’on parle de nous dans le Monde ou que le parti commu­niste parle de nous sur le XVe. Pour le chômeur, la victoire c’est du fric, de la bouffe, et pas qu’on parle de nous dans le Monde.

Les problèmes d’organisation (la coordination parisienne).

G : D’accord, mais je voudrais qu’on revien­ne aux problèmes d’organisation et qu’on aborde la question de la coordination.
Y : C’est justement pour poser le pro­blème au niveau parisien qu’il y a eu une volonté commune entre plu­sieurs comités de chômeurs de se regrouper en coordination pour lutter sur les transports et les expulsions. Si ça n’a pas fonctionné, c’est qu’il y a des gens qui n’ont pas voulu que ça fonctionne et ils n’ont rien mis à la place.
H : Il faut rappeler qu’au départ il y avait 20 ou 25 comités de Paris et de sa région, avec quelques comités CFDT ou soutenus par elle, quelques comités autonomes, dont nous, et un ou deux comités CGT. Pour la CFDT, le problème a été très vite de faire en sorte que cette coordination n’échappe pas à son contrôle. La seule façon pour elle de le faire a été de la casser, au profit d’une coordination qu’elle créerait, elle, mais qui pour l’instant, n’est qu’une assemblée des UL... Comme la CGT a sa coordination, ses comités de jeunes chômeurs, la CFDT ne pouvait renoncer à son contrôle sur Paris et sa région. Donc, elle a décidé de récupérer tous ces militants et de casser toute structure de coordination. Elle a tenu un mois et demi, le temps de faire une plate­forme qui a donné lieu à des palabres sans fin. Dès qu’il a été question de faire une action sur les transports la CFDT l’a cassée en lançant une campagne sur les transports et en créant une assemblée des UL pour regrouper les comités.
Y : A partir de là, la coordination n’avait plus de raison d’être.
K : Et à partir de là, effectivement pour nous, nous ne pouvions plus avoir de débouché parisien sur le pro­blème des transports.
H : Mais là, il y a eu des erreurs de faites. Il y avait des comités vraiment CFDT, mais aussi des comités qui ne pouvaient pas quitter la CFDT pour des problèmes de ronéos et de locaux : c’était posé dans ces termes là. Sur le problèmes des transports, on a proposé des actions, des délégations, des pétitions, que la CFDT a repris grâce à ses structures parisiennes, il n’empêche qu’on aurait dû mener cette action ; 7 ou 8 comités étaient d’accord avec nous.
X : La preuve est qu’on a appelé à une réunion pour la préparation du 1er mai, il y a eu une dizaine de comi­tés qui sont venus.

Quelques exemples d’interven­tions et au travers de celles-ci problème de la reconnaissance politique du comité.

G : Au niveau parisien, il faudrait agir avec d’autres comités. Mais pour nous, il faudrait faire un bilan, au niveau de l’ANPE : ce qu’on obtient localement, c’est sur les retards de dos­siers, la liberté d’expression : là, on a obtenu quelques résultats...
K : La plupart des gens qui venaient nous parler avaient des problèmes de dossier. Ils voulaient venir aux réunions, pourtant beaucoup ne sont pas venus ; je me demande pourquoi ?
G : C’est une démarche difficile, il faut venir exprès, il y a un peu de méfiance, et le manque de temps, surtout pour les gens qui ont des gos­ses...
H : Les gens qui viennent ont toujours une demande pressante : on ne peut pas y répondre immédiatement. Il faut leur faire comprendre que ce n’est pas un travail de longue haleine... on n’attendra pas 107 ans..! mais qu’on ne peut pas tout résoudre de suite.
G : Ce n’est pas évident pour les gens de venir toutes les semaines à une réunion... au début, quand on était nombreux présents à l’agence, les gens passaient un quart d’heure pour s’informer, c’était une démarche plus simple, et c’était suffisant pour garder le contact...
X : Par la suite on a continué à être présents à l’ANPE, on distribuait des tracts d’information, on discutait avec les gens, mais on a vite trouvé cette forme d’intervention un peu « triste ».
Z : C’est là que des gars du "XVe Art", qui venaient au comité, nous ont proposé d’animer l’agence avec nous. Ils ont élaboré un montage de chants et de scénettes et on a joué ça un jour dans l’ANPE ; ça a créé des situations marrantes !I1 y avait une longue file de chômeurs qui allaient pointer, très énervés, ils ont eu des réactions variées mais, dans l’ensem­ble, positives.
Y : En tout cas, cela créait une situa­tion qui a poussé les gens à s’exprimer ça a déclenché un dialogue terrible ! même- si certains étaient contre, tous les gens parlaient entre eux...
H : Mais déjà avant, on avait voulu animer un peu la rue : il y a un grand mur triste en face de l’ANPE, on a décidé d’y peindre une fresque, on l’a faite un jour de pointage, avec le "XVe Art"... Ça a donné un résultat assez chouette. Les gens s’arrêtaient, venaient regarder...
Z : Il y en a même qui sont venus peindre avec nous !
H : Mais le problème, c’est que, la même nuit, la fresque a été recouverte par des affiches de la CGT.
K : Ils ont peut-être des allergies picturales..?
Y : C’est vrai qu’on n’a pas très bien compris...
G : C’était le moment où ils lançaient la campagne pour les comités de jeunes chômeurs, ils faisaient signer des pétitions, ils étaient tous les jours à l’agence, alors qu’on ne les avait pas vus depuis deux ou trois mois.
H : Deux jours après, on est revenu refaire un panneau peint. Entre temps, la section CGT de l’ANPE avait protesté auprès de l’Union Départementale Parisienne de la CGT au sujet de ces pratiques crapuleuses.
Y : Le second panneau a été déchiré rapidement... Mais là, on ne sait pas comment et par qui !

X : TOUT cela, c’était centré sur l’ANPE, mais les chômeurs n’y sont pas toujours !
Ils vont au marché, font des courses, on peut les rencontrer ailleurs sur le quartier.

G : Au cours de la campagne "Chô­mage-Emploi", on a pris des contacts plus larges, sur les marchés, avec les travailleurs...
K : C’est là que je vous ai contactés : Le jour des "6 heures sur l’emploi et le chômage", vous faisiez un débat sur les problèmes des chômeurs.
Z : C’était la fin de la campagne, elle nous a occupés assez longtemps pour la préparation ; il y a eu de longues discussions avec les autres participants, avec la CFDT, qui organisait la campa­gne, et les organisations politiques... pour savoir s’il fallait mettre l’accent sur "le droit à l’emploi", ou sur la garantie des ressources, c’est à dire, pour notre point de vue, les pro­blèmes immédiats, concrets, des chô­meurs.
X : Notre point de vue était minori­taire, ce qui est ressorti sur les tracts et les affiches, c’est le droit à l’emploi. G : Il y a eu des côtés négatifs pendant toute cette période : il y avait des débats sans fin, et les organisations nous envoyaient des « observateurs », par exemple La Ligue, le PSU et HR. On se sentait « surveillés », l’atmos­phère était lourde pour accueillir des chômeurs.
Y : Mais cette campagne nous a permis d’être reconnus par les organisations du quartier, ensuite, pour les gens, on est apparu comme plus responsa­bles, plus représentatifs...
H : Nos rapports avec la CFDT se sont améliorés, et le récent change­ment d’attitude de la CGT à notre égard est sans doute lié à cela. Et, dans les réunions qui ont suivi, sont venus des gens plus âgés, plus "inté­grés" socialement, parce qu’on était "reconnus".
Y : Au niveau de notre reconnaissan­ce politique, ça été très important, mais sur la lutte des chômeurs, c’était zéro !
Z : Le plus positif, c’est qu’on a pu créer des liens avec les groupes du quartier, et surtout les comités de masse, et faire une alliance avec les travailleurs...
X : Mais on avait déjà eu des contacts avec les travailleurs sociaux, ceux de l’ANPE, des Caisses d’Allocations Familiales, on a même fait un tract en commun avec trois employées de la C.A.F.
G : L’initiative est venue d’elles : Elles venaient de lire une circulaire qui annonçait, pour le début de l’année 1976, une nouvelle réglemen­tation qui suspendait l’attribution des Allocations Familiales à l’avis d’une commission d’enquête, et ceci, pour les chômeurs « non secourus », c’est à dire les plus démunis ! De plus, c’est une véritable enquête policière, sur le travail au noir, et même ta moralité ! Elles ont voulu sensibiliser les employés de la CAF sur les règlements qu’ils appliquaient et en même temps nous informer : on a donc rédigé un tract en commun.
X : Et nous l’avons diffusé conjointe­ment à la sortie de la CAF et de l’ANPE.
G : A cette époque, on voulait regrou­per les informations avec l’aide des différents travailleurs sociaux et des avocats ; on a fait des réunions avec tous ceux qui étaient intéressés.
Y : C’est là qu’on a pris l’initiative de faire un Manuel, pour tout ce qui concerne les dossiers, les secours financiers, les luttes des chômeurs pour la garantie des ressources, les transports, etc... Cela demande une étude précise de la règlementation en vigueur, afin de voir quels sont les pièges tendus, les moyens pour les chômeurs de préserver leurs droits et leurs ressources, là où ils peu­vent recevoir des secours financiers, les possibilités légales de résistance aux saisies, aux expulsions,...
X : Mais on a très vite pris conscience des limites de ces possibilités, les avocats nous ont fait constater que nous avions peu de droits et, qu’en conséquence, ce n’était qu’une base pour éclairer nos actions, pour nous aider à déterminer les objectifs de lutte.

La question des dossiers et des auto-réductions.

Z : Justement, à ce sujet, j’ai l’impres­sion qu’à plusieurs reprises, on s’est trompé d’objectif : à la fin mars, on s’attendait à être confrontés à une masse d’expulsions : en fait, il n’y a eu que quelques cas où il a été possible d’obtenir des délais par les voies judiciaires, pour les quittances EDF-GDF, c’est pareil. Ça ne devait pas être le point d’intérêt principal. G : Pourtant, il y a forcément des cas où les gens ne payent pas : s’ils ne touchent que l’aide publique, ou rien du tout, ils ne peuvent pas faire autrement !
Y : Dans l’ensemble tous, au comité, avaient des problèmes de quittance, mais elles n’arrivaient pas au même moment.
G : Quand on a voulu regrouper les quittance à l’ANPE, nous n’en avons pas vues beaucoup.
Z : Il faudrait peut-être développer l’analyse : c’est très personnel une quittance ! Les gens ont un tel rapport avec leurs papiers ! Et puis aussi une pudeur par rapport au fait de ne pas payer - comme ils disaient assez cyniquement, le "patron" de l’EDF - c’est difficile pour eux de dire qu’ils ne payent pas, de regrouper les quit­tances collectivement.
Y : De fait, les chômeurs se mobilisent beaucoup plus pour obtenir du fric, après ils se démerdent pour payer leurs quittances, leur loyer.
H : Ils ont toujours été plus motivés sur les problèmes de retard, de dossier, de fric qu’on leur doit. Ça leur appa­raît comme un droit. Ils se sentent blousés quand il leur manque 4 heures de boulot, et qu’ils ne touchent pas l’ASSEDIC, tandis que ne pas payer, ça se pratique à un niveau de masse, mais individuellement... c’est tout le problème des auto-réductions : elles ne partiront pas d’un comité de chômeurs.
Y : Plutôt d’un comité de locataires, mais pas d’une structure de quartier générale.
G : Il faut vraiment que les gens en arrivent à une situation extrême pour trouver légitime de ne plus payer mais dans ce cas, ils agissent générale­ment seuls.
X : Seulement c’est risqué, surtout quand ils vont s’adresser directement aux administrations : quand Jacky est allé gueuler à la mairie, il s’est fait cogner par les flics...
H : Mais le jour où on est allé rue Sextus-Michel, quand il s’est mis à taper du poing sur la table, il a été plus entendu que toutes nos histoires de négociations !
X : Seulement, on était tous là ... H : Il y a des*critiques à faire sur des actions qu’on a menées, mais aussi sur le fait qu’on ne les a pas menées assez loin : je pense aux immigrés sans papiers : ils ont su mener des occupa­tions très dures, l’an dernier.
Z : Oui, mais ils sont dans une situa­tion beaucoup plus homogène que les chômeurs, qui ont une vie de famille, et sont tous insérés individuellement. Les gens des HLM, les immigrés, sont ensemble, ils ont le même type de vie. Et de fait, quand le comité a commencé à se structurer, il regrou­pait surtout des jeunes, qui avaient plus ou moins le même genre de vie, les mêmes origines sociales... dans le phénomène massif du début, il faut distinguer d’une part les chômeurs présents à l’ANPE, mobilisés sur les problèmes immédiats, et d’autre part les jeunes.
K : Les gens avec qui on discute le plus à l’agence, c’est pas les jeunes !
H : Dès que le comité est devenu cré­dible, il y a eu un afflux de gens différents, plus âgés, plus intégrés socialement...
Y : Mais seulement ceux-là ils viennent pour se battre sur des problèmes de ressources, de besoins ; s’ils ne voient pas de résultats concrets, ils ne restent pas, ça finit par devenir abstrait pour eux...
H : Mais pour en revenir aux actions concrètes, pour l’EDF par exemple, il faut être réaliste : pour réussir à se faire entendre, cela demande un certain rapport de force, un degré de violence que l’on a pas encore assumé. On est allé discuter à dix, il aurait fallu intervenir avec tous les comités de Paris, et là, à 80, on pouvait occuper les lieux... pas à 10 !
Z : Actuellement, vu la situation du chômage, on ne peut pas ne pas nous recevoir, mais il y a un seuil qu’on ne dépasse pas !
Y : Il suffirait de 15 comités sur Paris et sa région, à faire ce que nous avons fait à l’EDF, le problème serait posé !
H : 15 comités, ça aurait été 15 déléga­tions, mais un mois après, 15 occupa­tions : ils auraient beau appeler les flics, le problème serait posé.




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