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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Soutien à Karl-Heinz Roth
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 16.
Article mis en ligne le 6 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Si la connaissance des conditions de la répression en Allemagne Fédérale, en ce qui concerne tant les "interdictions pro­fessionnelles" que le traitement barbare et sophistiqué à la fois infligés aux membres de la FRACTION DE L’ARMÉE ROUGE (assassinats de Holger Meins et d’Ulrike Meinhof entre autres), franchi les frontières, chaque jour apporte des nouvelles plus inquiétantes sur les moyens auxquels recourt l’État social-démocrate.
Le mur du silence, en ce qui concerne Karl-Heinz Roth est une réalité (malgré l’appel lancé par André Gorz dans le Nou­vel Observateur pendant l’été 1976). Rappelons les faits :
En pleine hystérie "anti-terroriste", dans la nuit du 9.5.1975, dans des conditions laissées volontairement dans l’obs­curité tant par la police que par la presse, la police ouvre le feu sur une voiture à l’arrêt dans un parking de Cologne. A l’in­térieur se trouvent K.H. Roth, Werner Sauber et Roland Otto. Wemer Sauber sera tué sur le coup ; un policier décédera dans la fusillade également. Roland Otto, recherché par la police, sera arrêté. Karl-Heinz Roth git sur le sol, gravement blessé : l’intestin atteint par balles, le lobe pulmonaire perforé, ainsi que l’abdomen, la circulation sanguine bloquée ; par ailleurs, mordu en plusieurs points par les chiens policiers.
Dans l’état de gravité de ses blessures, une opération et des soins corrects sont nécessaires à sa guérison. De cela, la police et la justice n’en ont cure. Commence alors un long combat entre Roth (chirurgien de profession) et les fonctionnaires de l’État pour sa vie. L’administration veut l’isolement de Roth et n’accepte les interventions chirurgicales ou les examens qu’à la dernière limite (à ce moment, Roth a perdu 30 kg), l’accusant de simuler.
Aujourd’hui, après plus d’un an et demi de détention, Roth souffre encore de nombreux troubles provenant de ses blessures ; à cela s’ajoutent les conditions de l’internement par isolation.
En mai 1975, la presse allemande a déversé tout son fiel sur ces camarades, sur Roth en particulier, qui a parcouru tout l’itinéraire des luttes sociales en RFA depuis les émeutes étudiantes. En 1966/1967, il appartient au groupe dirigeant du S.D.S. à Münich et à Cologne. En 1967 il se rend à Hambourg où il participe aux luttes de masse contre Springer et contre les lois d’exception. Il publie l’édition allemande des textes de "Che" Guevara sur la guerre partisane. Touché par un man­dat d’arrêt et traqué par un service de police, il échappe à leurs recherches et se constitue prisonnier un an et demi plus tard quand la machination ourdie contre loi aura failli. Pendant ce temps, il écrit et publie "Unwissen als Ohnmacht", "Zum Wechselverhältnis vom Kapital und Gesellschaft", "Invasionsziel DDR", et des opuscules et articles sur l’impérialisme.
En 1974, il publie "Die andere Arbeiterbewegung". A ce moment, il participe à la fondation d’un groupe d’interven­tion ouvrière Proletarische Front et au journal de la Gauche révolutionnaire "Wir Wollen alles". Fin 1974 il s’installe à Co­logne et participe à l’action des comités de quartier. Par son activité pratique, il a participé à l’une des expériences les plus vivantes de l’extrême-gauche allemande, loin du dogmatisme des staliniens et trotskystes, militant sur le terrain de l’auto­nomie (bataille du logement, septemberstreiks). Son apport théorique est tout aussi important. Ainsi, la parution de "die andere Arbeiter bewegung" tranchait par rapport à la production habituelle des thuriféraires d’obédiences diverses du mou­vement ouvrier allemand.
Avant son travail sur l’histoire des "autres", c’est-à-dire du mouvement de classe qui n’entre pas dans les voies traditionnelles, ou qui les empruntant les dépasse, posant de nouveaux jalons tant du point de vue des objectifs de lutte que de l’or­ganisation de celle-ci, il élabore une histoire refoulée par l’histoire officielle, l’histoire de la violence à l’usine, sur tout le territoire social. Il montre les liens entre les luttes sauvages, la violence de classe, les intérêts antagonistes dans le cycle pro­ductif et l’appareil de répression installé dans tous les lieux de distribution et d’exercice du pouvoir.
Le caractère novateur de l’analyse a provoqué une polémique très âpre.
Il serait par ailleurs incorrect de disjoindre Roth des autres militants de l’autonomie atteints par la répression. Ainsi Karl-Heinz Baumann que la justice allemande veut conduire dans un hôpital psychiatrique, ainsi le groupe du Secours Rouge de Bonn attaqué par le "Staatsschutz" service destiné à assurer la protection de l’État), tout comme la Librairie-édition Trikont de Münich en novembre 1975.
Tous ces camarades ont participé à l’émergence de l’autonomie dont ils furent partie prenante. A eux va notre solidarité active.




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