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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Camarades, n°3, Décembre 1976, p. 17-18.
Article mis en ligne le 6 janvier 2014
dernière modification le 3 septembre 2017

par ArchivesAutonomies
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L’Italie s’est imposée dans l’actualité depuis le printemps dernier, comme le Portugal l’avait fait les an­nées précédentes. Voir les élections, le procès des Brigades Rouges à Turin, prélude à toute une série d’autres procès, la crise des trois grands groupes de l’Extrême-gauche anciennement extra-parlementaire, enfin le compromis historique rampant, les mesures d’austérité et la vague de grèves sauvages, en attendant le nouveau train de mesures d’austérité annoncées par Andreotti.
En fait, on a bien l’impression que c’est une partie décisive qui se joue pour le réformisme, dans l’Europe du Sud. La crise du "compromis historique" aussitôt qu’il est entré en application sous sa forme rampante, entraine celle des groupes, y compris le plus puissant comme Lotta Continua [1]. Le rôle joué par l’Autonomie Ouvrière sous sa forme organisée et avant-gardiste s’est traduit par une rencontre avec un mouvement général de l’ensemble de la classe ouvrière. Un tel phénomène ne s’était plus vu depuis 1969-1970. Il renforce la po­sition de ceux qui voient dans l’organisation de l’Autonomie ouvrière la seule alternative réelle au réformisme du PCI et des syndicats. Les tentatives de construction du Parti en dehors de ce cadre, c’est-à-dire dans l’optique d’une "gauche syndicale", aboutissent à l’impasse dans laquelle se sont retrouvées les compo­santes du cartel électoral Democrazia Proletaria qui a subi une retentissante défaite électorale. Avanguardia Operaia et le PDUP-Mahifesto finissent par occuper un espace similaire à celui de la LCR ou du PSU en France, non sans scissions ou très sérieux remous [2].
Or, l’une des lignes de démarcation tracées dans le mouvement révolutionnaire italien a été, avec la ques­tion syndicale, la question de la violence et de la lutte armée. Ce problème s’est trouvé posé dès 1972 dans les grandes organisations extra-parlementaires d’alors. Il a abouti à la dissolution de Potere Operaio en 1973, et un très net virage à droite de Lotta Continua. Les premières expériences de lutte armée liée organique­ment aux luttes ouvrières et aux luttes populaires dépassant le modèle strictement anti-impérialiste et tiersmondiste, sont venues respectivement des Brigades Rouges et des Noyaux Armés Prolétariens (ces derniers sont sortis de l’organisation de prisonniers dominée par Lotta Continua quand cette organisation a renoncé à ce choix).
Il a régné en Italie sur ces expériences, soit le silence, soit la calomnie, soit la pure délation. Seule l’Auto­nomie ouvrière a considéré les camarades de ces organisations comme faisant partie intégrante du mouvement révolutionnaire, cela sans partager leurs analyses politiques. A partir de juin 76, avec le procès des Brigades Rouges de Turin, a débuté une offensive en règle contre les NAP dont le procès s’ouvrait cet automne, contre les militants de l’Autonomie (Argelato et Florence). (Procès liés à la revue Contro-lnformazione) [3].
Ce dossier entend rompre le silence, à un titre militant tout d’abord. L’internationalisme bien compris passe aussi et d’abord par l’Europe. L’exemple donné de la réaction de l’extrême-gauche française à certains faits de la lutte armée (exécution de Coco par les Brigades Rouges) pourrait être étendu à des faits similaires dans d’autres pays proches (Espagne, Irlande, RFA) , ou à la France elle-même ! Dans le cas de l’Italie, la manipulation de l’information touche aussi bien cette question que celle des luttes ouvrières, des forces orga­nisées. Quand La Ligue Communiste trouve le moyen, dans Critique Communiste de disserter doctement sur la crise de l’extrême-gauche et sur l’"autonomie ouvrière" sans souffler mot sur les forces qui existent réel­lement et qui s’appellent l’Autonomie Ouvrière, on se demande s’il y a des limites à la manipulation des "militants" !
Il y a une seconde raison pour laquelle nous choisissons l’Italie : c’est dans ce pays que le problème de la lutte armée s’est posé dans les termes les plus nouveaux et les plus conformes aux luttes ouvrières dans le ca­pitalisme développé. Là, la composante anti-impérialiste - ou lutte de libération nationale - fait place à une composante directement ouvrière.
Tous les problèmes, tous les débats en cours autour de l’organisation révolutionnaire se retrouvent dans le débat engagé entre BR, NAP et l’"Autonomie Ouvrière". Les documents présentés ici visent à rendre compte de ce débat Ils datent de 1975 et ne suivent pas les derniers développements. Ils ne sauraient pré­tendre à épuiser la question soulevée ni, bien entendu, présenter un tableau global des forces en présence. Nous sommes conscients de l’arbitraire qu’il y a dans notre choix. Pour un panorama d’ensemble, nous ren­voyons aux brochures et livres cités en encadré.

Notes :

[1Voir ce qui s’est passé au Congrès de Rimini de Lotta Continua.

[2Une partie du PDUP a rejoint le PCI, une autre partie reste hostile à la fusion avec Avanguardia Operaia. Quant au seul député qu’avait cette formation après les élections, il a démissionné de son poste de leader. A Lotta Continua, les dirigeants "historiques" de cette formation venant de l’ex­périence ouvriériste (Classa Operaia), ont démissionné.

[3Cf. L’Etat Suisse, maillon de la répression politique internationale. Secours Rouge Genève, nov. 1975 ; sur le procès d’Argelato et de Florence, sur celui des NAP et des BR,cf. Criminalizzazione e lotta armata, Quaderni d’Informazione Politica N° 1, Colletivo Editoriale, Libri Rossi, juin 1976. Controlnformazione, N° 7-8, juin 1976. Brigate Rosse che cosa hanno fatto, che cosa hanno detto, che cosa se ne è detto, Feltrinelli, janv. 1976, par le Soccorso Rosso. I NAP Storia politica dei Nuclei Armati Proletari e requisitoria del Tribunal di Napoli, par Soc­corso Rosso de Naples ; Libri Rossi, Colletivo Editoriale, 1976. En français, en attendant mieux, nous renvoyons aux Autoréductions Grèves d’usagers et luttes de classes en France et en Italie, Christian Bourgois, octobre 1976.




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