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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Interview des N.A.P.
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 19-21.
Article mis en ligne le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Juin 1975

Comment sont nés les Noyaux Armés Prolétariens (NAP), et quels objectifs se proposent-ils ?

Les NAP sont nés d’expériences précises de masse dans différents secteurs qui ont amené certains camarades à se poser concrètement le problème de la clandestinité. Pour nous, la clandestinité, cela veut dire acquérir des structures politiques organisées qui nous permettent de développer et de con­solider toutes les expériences de lutte violente illégale qui ont été et sont une phase cruciale pour le progrès de l’autonomie prolétaire et de l’alternative révolutionnaire dans l’affrontement de classe que connaît l’Italie aujourd’hui.
Par lutte violente illégale, nous voulons dire aussi bien les expériences de masse telles l’occupation de la FIAT, S. Basilio, les journées d’avril à Milan [1], que la lutte menée par des avant-gardes armées clandestines qui accomplissent de façon autonome des actions qui, tout en répondant à des exigences profondes et répandues du mouvement révolutionnaire, ne peuvent pas être organi­sées à niveau de masse dans une phase comme celle que nous traversons qui ne peut pas être consi­dérée selon nous, comme pré-insurrectionnelle. Ces luttes sont pour nous les points qui se déga­gent d’une pratique politique quotidienne, bel et bien d’une praxis alternative qui s’est répandue ces dernières années en Italie à un niveau relativement de masse, et qui représente la première ébauche d’un programme communiste global. L’unique terrain sur lequel nous avons pu nous déve­lopper et nous homogénéiser, ça a été la construction d’expérience de lutte armée dont la conti­nuité a été garantie par un développement constant de notre organisation, ce qui a constitué un moment essentiel de notre croissance. Ce n’est que sur ce terrain qu’il nous a été donné d’atteindre un degré d’unification non-formelle.
Le développement des différentes expériences a amené à la création de groupes de camarades qui agissent dans des lieux et des situations différents, de façon totalement autonome, tout en conservant entre eux un rapport organisationnel de confrontation politique.
Pour nous, le sigle "Noyaux Armés Prolétariens" n’est pas la signature d’une organisation possédant un programme global, mais un sigle qui synthétise les caractères particuliers de notre expérience. C’est pour mieux souligner l’autonomie des différents groupes, que les camarades qui ont répondu à ces questions ont signé leurs actions "Noyaux Armés 29 octobre".

Quels rapports avez-vous ou souhaitez-vous avoir avec des organisations de masse non clandes­tines ?

Selon nous, actuellement, en Italie on peut s’organiser et agir efficacement de façon non clan­destine. Il faut néanmoins bien se rendre compte que la violence et la dureté de l’affrontement de classe réclament de la part de tous les camarades révolutionnaires, quel que soit le secteur de la société dans lequel ils opèrent, qu’ils prennent conscience de la nécessité qu’ils ont de construire des niveaux clandestins qui leur permettent, non seulement de résister à la répression qui les frap­pera, mais aussi de mener efficacement et avec le maximum de sécurité possible les formes de luttes illégales et violentes que leur travail de masse, quel qu’il soit, exige et exigera à l’avenir.
Les rapports que nous avons avec les camarades qui ne sont pas clandestins cherchent d’une part à mettre à leur disposition les moyens pratiques et théoriques qui nous viennent de notre propre expérience de la clandestinité ; ils nous servent d’autre part à avoir la plus large confronta­tion possible avec d’autres camarades révolutionnaires que nous pour trouver de nouvelles formes d’actions, de nouvelles cibles, des éléments qui accélèrent le cours de notre expérience, et donc de mouvement révolutionnaire dont nous sommes une composante.
Bien entendu, ces rapports prennent des formes différentes selon : a) le degré réel d’illégalité requis par la situation dans laquelle opèrent ceux avec qui a lieu la confrontation ; b) de la matu­rité avec laquelle ceux-ci abordent le problème de la clandestinité et les risques qui y sont liés pour nous et pour eux ; c) de notre capacité de répondre réellement au niveau de la lutte de classe dans les différents secteurs avec lesquels nous entrons en contact, et donc d’apporter autre chose qu’une contribution formelle au développement du mouvement révolutionnaire dans ce secteur. Il faut en effet comprendre les caractéristiques encore assez particulières des expériences et des situations de militantisme en Italie aujourd’hui, qui font qu’il n’est pas dit que les échéances et les formes de la clandestinité qu’il faut pratiquer soient toutes les mêmes. Pourtant, dès maintenant, certains moments comme les journées d’avril1 de Milan constituent une échéance pour le mouvement dans son ensemble, et donc pour nous aussi.
C’est comme cela qu’il faut considérer l’action que nous avons menée contre Philippe de Jorio [2], membre du SID et conseiller régional de la DC à Rome. La confrontation pratique et théo­rique avec des camarades extérieurs doit nous conduire à l’objectif d’une unité d’action réelle dans de telles occasions, que ce soit pour leur donner le maximum de développement possible, ou que ce soit pour faire l’expérience de nouvelles formes d’action et d’organisation.

Qu’avez-vous à dire à l’égard de la façon dont la presse bourgeoise et néo-réformiste présente votre expérience ?

En ce qui concerne la presse bourgeoise, il y a seulement à dire qu’elle remplit sa fonction de provocation et de calomnie contre les avant-gardes révolutionnaires, méritant par là la paye qu’elle reçoit des patrons.
Certains journalistes et journaux que nous n’oublierons pas ont fait ce travail avec un zèle particulier. Pour ce qui est de la presse réformiste et néo-réformiste, l’une comme l’autre, dans la peur de perdre son petit recoin de légalité qu’elle s’est créé dans un Etat où la légalité est celle des patrons, a pris l’habitude de hurler à la provocation chaque fois qu’elle se retrouve face à la vio­lence prolétaire armée, et ce d’autant plus que l’on subit des défaites, comme de vrais chacals.
Le rôle de ceux-ci (Avanguardia Operaia en tête) [3] se définit comme objectivement provoca­teur. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités. D’un côté, des camarades tombés ou arrê­tés sont calomniés, de l’autre, acceptant totalement les versions que la police fournit de nos actions, les enrichissant même d’invention de son crû, l’on sème le soupçon d’infiltration pour discréditer un choix et les hypothèses politiques et organisationnelles qui en découlent. Tout ceci en faisant un étalage d’un comportement professoral d’expert en questions de clandestinité, ce qui est profon­dément ridicule pour tous les camarades qui connaissent le passé de ronds de cuir des aspirants conseillers municipaux Corvisieri et Cie [4], ainsi que les actions héroïques des différents "services d’ordre", à commencer par celui d’Avanguardia Operaia, plus connu sous le nom de "Brigade Lièvre ".
Les Noyaux Armés Prolétariens se sont jusqu’à présent caractérisés par une parfaite connaissance réciproque de tous les militants de chacun des groupes qui est autonome sur le plan politique et organisationnel. Nous cherchons à avoir Te maximum de contrôle réciproque sur chacun des militants et sur les structures. Gela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’erreurs commises sur le plan technico-militaire ou sur le plan du jugement politique sur des actions particulières.
Ces erreurs qui nous coûtent très cher, il est difficile de les éviter lorsque l’on pratique un terrain comme celui de la construction d’une organisation clandestine ; les expériences sur le sujet sont extraordinairement limitées.
Nous revendiquons comme notre patrimoine les erreurs commises et nous estimons fondamental de les résoudre : bien des fois nous avons payé notre expérience et trop de fois nous avons payé aussi la légèreté de camarades extérieurs à nos structures, sur lesquels nous n’avions pas exercé le contrôle nécessaire.
Enfin, les camarades - et spécialement ceux qui agissent dans la clandestinité ou ont l’intention de le faire - doivent avoir bien présent à l’esprit le renforcement continuel qualitatif et quantitatif de l’appareil répressif bourgeois, et le coût politique, organisationnel et humain qu’il comporte. A chacune de nos actions, nous nous renforçons sur le plan politique et organisationnel, mais nous sommes confrontés à une répression plus forte et plus raffinée. Dans ce genre de situation il serait illusoire de penser pouvoir éviter les erreurs ou les défaites qui peuvent même être fatales pour tel ou tel groupe.
La validité d’une expérience de clandestinité ne doit se mesurer qu’au fait qu’elle se présente ou non comme une composante d’un projet d’ensemble que le prolétariat est en train d’élaborer aujourd’hui en Italie.

A partir de quelles analyses et vers quelles perspectives entendez-vous agir ?

Précisons avant tout que pour nous le mouvement révolutionnaire en Italie n’a pas encore atteint un niveau de généralisation tel qu’il possède une analyse qui fasse prévaloir, sur le plan pratique et stratégique, les échéances et les formes de l’affrontement de classes ainsi qu’un programme commu­niste relié à tous les aspects de la société. Il existe sans aucun doute quelques points d’ancrage théo­riques et pratiques qui forment le patrimoine du mouvement révolutionnaire, tels : le refus du tra­vail dans sa forme actuelle, la lutte violente contre l’oppression capitaliste, le droit de se réappro­prier de la totalité de son existence.
Plus que d’un programme théorique, il s’agit d’un programme pratique qui, dès aujourd’hui, se trouve mis en œuvre à un niveau de masse. Certains camarades en sont plus conscients et en voient plus clairement les implications, les autres en ont une conscience théorique moins claire ; ce n’est pas pour cela que leur pratique politique est différente.
La dimension de masse de ces faits et le potentiel révolutionnaire qu’ils peuvent exprimer nous semblent amplement démontrés par les dizaines d’épisodes particuliers de la lutte de classe de ces dernières années, et par les phases de lutte générale dans lesquelles nous nous trouvons.
Au sein de ce processus dont nous sommes une composante, nous avons l’intention de déve­lopper au maximum notre capacité d’intervention tant pratique que de contribution théorique en fonction de notre expérience. Ce n’est pas parce que nous avons mené à bien certaines actions, ces derniers temps, que nous pensons être invincibles.
La mort des camarades Sergio, Luca, Vito, le lourd tribu des camarades arrêtés et condamnés, toujours sur la base de fausses preuves, dont nous avons payé nos plus petites erreurs, ne sont pas des choses à sousestimer. Mais nous pensons que nous répondons par notre action et par notre expérience à une exigence réelle de la lutte de classe, et que nous contribuons au développement du programme communiste. Ce fait et cette perspective justifient les risques que nous prenons.

LUTTE ARMÉE POUR LE COMMUNISME
CRÉER, ORGANISER 10, 100, 1000 NOYAUX ARMÉS PROLÉTARIENS.

Noyau Armé du 29 octobre [5]

Notes :

[1Occupation de la FIAT : au printemps 1973, au cours de la "semaine rouge de Mirafiori", les ouvriers bloquèrent totalement l’usine. San Basilio : occupation de maisons dans un quartier popu­laire de Rome où il y eut un mort et un affrontement armé avec la police. Cf. Les auto-réductions, Bourgeois, 1976, pp. 68-72 ; les journées d’avril de Milan en 1975 : à la suite de l’assassinat d’un manifestant par la police à Milan, des affrontements très violents eurent lieu, dont la prise d’assaut d’une caserne de carabiniers (CRS italiens).

[2Philippe DE JORIO, conseiller démocrate-chrétien régional, fasciste notoire, très lié à la SID (Renseignements généraux italiens) fut blessé aux jambes le 22 avril 75. Un communiqué expli­quait pourquoi.

[3Avanguardia Operaia est, avec le PDUP Manifesto et Lotta Continua, le troisième grand groupe extra-parlementaire. Il publie un quotidien II Quotidiano dei Lavoratori. Ces trois groupes, après leur défaite électorale et les grèves sauvages contre la politique du gouvernement Andreotti en septembre-octobre 76, subissent une crise très grave.

[4Corvisieri, l’un des dirigeants d’Avanguardia Operaia. A démissionné de son poste à la suite de la dernière crise, appelant la base de son organisation à "entrer en rébellion contre le quartier gé­néral".

[5Groupe du 29 octobre : le 29 octobre 1974 à Florence, au cours d’une tentative manquée d’"expropriation" d’une banque, Luca Mantini et Giuseppe Romeo sont tués par la police. Deux autres militants des NAP sont blessés et capturés. Le nom pris par le groupe qui est interviewé rappelle cet événement.




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