Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Extrait de la résolution stratégique des Brigades Rouges
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 22-24.
Article mis en ligne le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Paru dans "Contro-lnformazione", n° 7 et 8 - juin 1976, pp. 144-150</p<

Les points abordés dans ce long document sont :

  • 1. Impérialisme et internationalisme prolétarien
  • 2. Aspects économiques de la crise de régime.
  • 3. Les modifications du tissu de classe.
  • 4. Le projet politique des démocrates chrétiens.
  • 5. Le pacte corporatif.
  • 6. Le compromis historique.
  • 7. Porter l’offensive au cœur de l’État.
  • 8. La guérilla urbaine et les assemblées autonomes.
  • 9. Briser les liens corporatifs entre la classe dirigeante industrielle et les organisations des travailleurs.
  • 10.Infliger une défaite à la Démocratie Chrétienne, centre politique et organisationnel de la réaction et du terro­risme.
  • 11. Frapper l’État dans ses maillons les plus faibles.

    L’extrait présenté ici traduit les points 6-7-8 les plus à même de donner une première idée de la ligne politique des Brigades Rouges à l’égard de l’État, du mouvement ouvrier et de l’autono­mie ouvrière.

    Le "compromis historique"

    La gauche officielle ne comprend pas les profondes transformations structurelles et politiques que la DC et la Confindustria sont en train de réa­liser dans le cadre de la contre-révolu­tion impérialiste globale. C’est sur­tout le PCI qui se montre incapable d’indiquer une stratégie de classe al­ternative. La ligne reprise par le 14e Congrès en fournit une démonstration définitive.
    La ’stratégie’ du compromis his­torique part de deux incompréhensions décisives : le caractère belliqueux de l’impérialisme et le caractère réaction­naire et impérialiste de la DC.
    Berlinguer, ce Kautsky aux petits pieds, allant même en chercher une confirmation aux USA, indique la poli­tique de "coexistence" et de la "coo­pération" comme tendance au niveau mondial. Il en arrive même à prophé­tiser "un système de coopération et d’intégration suffisamment vaste pour dépasser progressivement la logique de l’impérialisme et du capitalisme et pour intégrer les aspects les plus divers du développement économique et civil de toute l’humanité".
    Pour Berlinguer, il n’y a pas d’anta­gonisme entre impérialisme, social-im­périalisme et révolution, mais par contre, il voit des contradictions entre une solution pacifique et une solu­tion (civile). La guerre civile ?

    La réalité le dément.
    Aujourd’hui, la tendance générale dans le monde est celle que les cama­rades chinois indiquent clairement : celle de la révolution.
    Impérialisme et social-impérialisme sont toujours plus souvent en contra­diction ouverte et les guerres de libéra­tion des peuples connaissent de nou­velles victoires. C’est ce qui s’est passé au Vietnam, au Cambodge et, d’une certaine manière, au Portugal.
    Même en ce qui concerne l’Italie, l’idylle pro-capitaliste de Berlinguer n’a plus de pudeur. Par le truchement d’une opération théorique vraiment très lointaine du matérialisme histo­rique et dialectique, il propose un "compromis" avec les "masses po­pulaires catholiques", ce qui, toute pé­riphrase mise à part, revient à parier de la DC dont on laisse de côté, pour ne pas dire que l’on nie, le caractère im­périaliste, anti-national et anti-popu­laire qui, depuis trente ans, fait de ce parti l’âme et le cerveau des poussées les plus réactionnaires et fascisantes que l’on rencontre dans le pays.
    A ce point, il est évident que l’on abandonne le terrain du marxisme et du léninisme, que l’on s’écarte de l’ana­lyse de classe pour prétendre que la contradiction principale passe désor­mais entré "démocrates" et "anti­démocrates", ceux-là agissant sur le pian constitutionnel, ceux-ci regrou­pant tous les autres, qu’ils soient fas­cistes, révolutionnaires ou ouvriers poursuivant des objectifs de lutte "particuliers" ou "corporatistes".
    La fonction que le PCI s’assigne n’est donc rien d’autre que de récupé­rer au sein du système "démocratique" toutes les tendances antagonistes du prolétariat en les renversant en termes réformistes. En effet, le "compromis historique" ne présuppose pas du tout un antagonisme stratégique par rapport au programme de réalisation de l’État impérialiste - dans l’État impérialiste de la DC, il y aura un peu plus de policiers, dans celui du PC un peu moins mais seulement parce que chacun aura un flic dans sa tête - non, le compromis historique n’est qu’une formule différente pour la gestion du pouvoir, de ce pouvoir.
    Le compromis historique ne cor­respond pas à un besoin politique de classe mais bien à un virage opportu­niste d’une couche de classe qui pense obtenir quelques misérables avantages en renforçant le système impérialiste.
    C’est pour cette raison que le PCI s’oppose désormais violemment au mouvement révolutionnaire et aux forces de classe d’où ce dernier tire force et aliment. Et c’est pour cela que le projet révisionniste sera certaine­ment défait. Il ne faut toutefois pas sous-évaluer la fonction ambivalente jouée par la ligne du compromis his­torique à brève échéance dans la crise du régime :

  • d’un côté il constitue un puissant facteur de crise politique du régime ; il sème la terreur et accélère les contra­dictions dans les secteurs les plus réac­tionnaires et les plus conservateurs ;
  • d’un autre côté il évite que le pays devienne ingouvernable, empêchant ainsi le développement de la guerre de classe.

    C’est ainsi que, alors que les sec­teurs conservateurs, préoccupés par la tournure prise par les événements, alimentent des projets de survie ouver­tement réactionnaires, de larges sec­teurs du mouvement ouvrier et popu­laire restent pris au piège de la ligne du compromis. Cette ligne, en conge­lant les forces de classe, retarde la prise de conscience au niveau de masse de la nécessité de la guerre, et ceci, juste au moment où la situation est très favorable aux forces révolutionnaires.
    Quand on oublie que ce sont les exploités qui doivent vouloir la guerre, on a choisi pour la paix sociale !!

    Porter l’attaque au cœur de l’Etat

    Dans ces conditions, notre ligne reste centrée sur la nécessité d’unifier et de renverser toute manifestation partielle de l’antagonisme prolétarien en une attaque au "cœur de l’État".
    Elle part de la considération abso­lument évidente que c’est l’État impé­rialiste qui garantit et impose le projet global de restructuration tout comme ses manifestations particulières et que par voie de conséquence il ne peut y avoir de lutte révolutionnaire hors du rapport classe ouvrière/État.
    L’objectif intermédiaire repose sur l’étouffement et la crise définitive du régime démocrate-chrétien, pré­misse nécessaire à un "tournant his­torique" pour le communisme. A l’heure actuelle la tâche principale de l’action révolutionnaire réside dans sa capacité à provoquer la plus grande désarticulation politique possible du régime et de l’État. Il s’agit de dévelop­per au maximum les contradictions politiques entre les institutions et, à l’intérieur de chacune d’elles, entre les différents projets tactiques de so­lution de la crise.
    Le passage à une phase plus avan­cée de désarticulation militaire de l’État et du Régime est prématuré et erroné pour deux raisons :

  • 1. La crise politique du régime est très avancée, mais nous ne sommes pas encore proches du point de non- retour.
  • 2. L’accumulation de forces révo­lutionnaires sur le terrain de la lutte armée, même si elle a subi une forte accélération au cours de ces deux der­nières années, n’est pas encore suffi­sante pour permettre le passage à une nouvelle phase de la guerre surtout à cause de son manque d’expansion sur l’ensemble du territoire et à cause de son manque de maturité politique et militaire.

    La destruction de l’ennemi et la mobilisation politique et militaire des forces populaires ne peuvent que mar­cher d’un pas égal. En d’autres termes, le renforcement du pouvoir proléta­rien est à la fois condition et prémisse au passage à la phase plus avancée de désarticulation militaire du régime et de l’État ennemis

    La guérilla urbaine

    La guérilla urbaine joue un rôle décisif dans l’action de désarticula­tion politique du régime et de l’État. Elle frappe directement l’ennemi et ouvre la route au mouvement de résis­tance.
    C’est autour de la guérilla que se construisent et se structurent le mouve­ment de résistance et l’aire de l’autono­mie et non le contraire.
    Élargir cette aire signifie donc développer en premier lieu l’organisa­tion de la guérilla, sa capacité poli­tique et sa capacité de feu.
    Toutes les positions qui consi­dèrent que la croissance de la guérilla est une conséquence du développement de l’aire légale et semi-légale de la soi-disant "autonomie" sont fausses. Il faut être clair sur ce point. A l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler "l’ai­re de l’autonomie" on retrouve les positions les plus diverses. Certains, qui donnent une explication "subjective" à leur participation à l’affrontement de classe, se reconnaissent dans l’aire de l’autonomie surtout pour lui imposer des problèmes et un besoin qui lui sont externes et pour la récupérer sur le terrain de la politique plutôt que d’en favoriser progressivement la définition révolutionnaire, stratégique, tactique et organisationnelle.
    A notre avis, il faut reprendre tout le problème à partir de la couche de classe qui subit au premier chef l’in­tensification de l’exploitation qui dé­coule des projets de restructuration ca­pitaliste et impérialiste.
    La théorie révolutionnaire et théorie des besoins politico-militaires, des besoins de libération de cette cou­che de classe. Elle seule peut en effet exprimer en puissance sinon en cons­cience (c’est-à-dire en "organisation") l’universalité des intérêts de classe. Ce n’est qu’autour de ses besoins qu’il est possible d’organiser et d’assumer les besoins des couches sociales margina­lisées par le procès de restructuration et qu’il est possible d’infliger une dé­faite aux propositions révisionnistes, réformistes ou corporatives de cette frange de classe ouvrière qui trouve avantage, même s’il est misérable, dans le renforcement du système de domina­tion impérialiste.
    Les "assemblées autonomes" ne sont pas l’avant-garde de cette couche de classe puisqu’elles expriment, à l’heure actuelle, une interprétation très partielle et surtout sectorielle de ses besoins. Lors de leur apparition, ces assemblées ont joué un rôle détermi­nant dans le dépassement des posi­tions groupusculaires, malheureuse­ment elles risquent de finir dans le même cul-de-sac. C’est le fétichisme de la légalité qui les prédispose à ce dan­ger : elles sont en effet incapables de sortir du faut débat entre "légalité" et "illégalité". En d’autres termes, les assemblées autonomes ne parvien­nent pas à poser la question de l’or­ganisation à partir des besoins poli­tiques réels, ce qui les amène à réduire ces besoins au type d’organisation lé­gale dont elle se sont dotées. Ils taillent le pied pour le faire entrer dans la chaussure !
    Certains, plus conscients de la contradiction dans laquelle ils se dé­battent, en arrivent à admettre le dua­lisme organisationnel, reproposant l’improposable théorie du "bras ar­mé" chère à la II° le Internationale. Si elles veulent éviter l’extinction de leur fonction révolutionnaire, les as­semblées doivent, dans cette situa­tion nouvelle, faire un saut dialectique afin d’être toujours capables d’assumer fondamentalement la tâche d’organiser, sur le terrain de la guerre de classe, l’antagonisme propre à la couche "ob­jectivement" révolutionnaire. Hors de cette perspective, il n’y a que minoritarisme et subordination au révision­nisme.
    La guérilla urbaine n’organise pas le bras armé du mouvement de classe, mais bien son "noyau stratégique". Dans la guérilla urbaine, il n’y a pas contradiction entre penser/agir militai­rement et donner la première place à la politique. Son initiative révolution­naire se déroule dans une ligne de masse politico-militaire.
    Ligne de masse pour la guérilla ne signifie pas, comme certains veulent le croire, "organiser le mouvement de masse sur le terrain de la lutte armée", ou, tout le moins, cela ne signifie pas cela maintenant. Dans l’immédiat, l’as­pect fondamental tient toujours à la construction du Parti combattant com­me interprète réel des besoins poli­tiques et militaires de la couche de classe "objectivement" révolution­naire et comme mise sur pied d’orga­nismes de combat sur les différents fronts de la guerre révolutionnaire.
    La différence est importante et il vaut la peine d’expliciter dans la me­sure où elle cache, à propos de l’orga­nisation, une divergence toute autre que secondaire. La substance de la divergence tient au fait que dans la première position, l’organisation est tellement aplatie qu’elle finit par s’y dissoudre, alors que ce mouvement est, dans un même geste, gonflé jusqu’à prendre une dimension mythique. La deuxième position considère mouve­ment et organisation comme deux réa­lités nettement distinctes quoiqu’en re­lation dialectique continuelle.
    Le Parti Combattant est le parti des cadres combattants. Il est donc le détachement avancé et armé de la classe ouvrière, il est en même temps distinct et partie intégrante.
    Le mouvement est une réalité complexe et peu homogène dans la­quelle coexistent et se combattent de nombreux niveaux de conscience. Il est impensable et surtout impossible d’"organiser" cette multiplicité de niveaux de conscience "sur le terrain de la lutte armée". Et ceci pour deux raisons : ce terrain, tout en étant stra­tégique, n’est pas encore le terrain principal ; et par ailleurs, les BR qui représentent le noyau en train de cons­truire le Parti Combattant, n’ont pas encore les qualités politiques, militaires et organisationnelles nécessaires à ce but.
    Il ne s’agit pas "d’organiser le mouvement de masse sur le terrain de la lutte armée", mais bien d’enraciner l’organisation de la lutte armée et la conscience politique de sa nécessité historique dans le mouvement de classe.
    C’est cela qui, dans cette phase de construction du Parti Combattant, reste l’objectif principal.
    Au vu de ces arguments, le ni­veau correct d’affrontement reste tou­jours celui de la propagande armée. Ses objectifs sont au nombre de trois :

  • créer le plus grand nombre possible de contradictions politiques au sein du front ennemi ; le désarticuler, met­tre du sable dans ses engrenages ;
  • ouvrir la voie au mouvement de ré­sistance en choisissant des terrains d’affrontement peu connus, mais extrê­mement importants ;
  • organiser la couche de classe avancée dans le Parti et dans des organismes de classe sur les différents fronts de la guerre.

    La propagande armée menée à travers l’action de guérilla indique une phase de la guerre de classe et non pas, ainsi que le pensent certains, "une forme de lutte". Cette phase sera sui­vie de celle de la "guerre civile ouverte" dans laquelle l’avant-garde ar­mée devra être capable de désarticuler et de briser, même militairement, la machine bureaucratique et mili­taire de l’État.
    Nous voyons un bel exemple de propagande armée dans l’assaut donné à la prison de Casale afin de libérer un camarade : en effet, cette action a :

  • produit une désarticulation profonde au sein de l’État : liquidation de la cam­pagne de presse qui nous donnait pour liquidés ; disparition de l’espoir de pou­voir faire un procès exemplaire à la veille des élections ; accentuation des contradictions entre police et magis­trature, entre magistrature de Milan et magistrature de Turin, entre les bonzes et les sous-fiffres de cette même magistrature ; entre DC et autres forces politiques, etc., etc. ; ouvert la voie au mouvement de ré­sistance, d’une part en ayant réalisé un mot d’ordre du mouvement révo­lutionnaire (libération des prisonniers politiques) et en ayant ainsi créé un mouvement de confiance non seule­ment dans les avant-gardes révolution­naires, mais aussi dans la masse des pri­sonniers politiques ; d’autre part en ayant exploré un nouveau terrain d’af­frontement, avec ce que cela suppose d’indications précieuses pour l’avenir ;
  • poser les bases réelles pour organiser l’avant-garde révolutionnaire enfermée dans les prisons du régime autour d’un programme révolutionnaire d’attaque à l’État. C’est évidemment au Parti Combattant dans et hors des prisons qu’il appartient de transformer les pré­ misses en structures, les potentialités révolutionnaires libérées en pouvoir prolétarien armé.

    Sur quel terrain doit-on déve­lopper notre initiative tactique ?
    On peut le résumer en trois mots d’ordre fondamentaux :

  • 1. casser les liens corporatifs entre la classe dirigeante industrielle et les organisations de travailleurs ;
  • 2. infliger une défaite à la DC, centre politique et organisationnel de la réac­tion et du terrorisme ;
  • 3. frapper l’État dans ses maillons les plus faibles.

    (Suit un développement sur cha­cun de ces trois points).

    "Résolution stratégique" extraits (avril 1975)




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53