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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Occupation de maisons à Belleville
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 39.
Article mis en ligne le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Ce texte sur la lutte contre la Rénova­tion à BelIeviIle n’est pas celui d’une quelconque organisation de squatters se considérant comme habitants à part mais celui de certains squatters et de certains locataires s’étant retrou­vés sur des positions et des exigences communes quant au fonctionnement de la lutte. La partie sur la squattéri­sation rend compte des positions réformistes d’une partie des squatters dans la mesure même où les squatters sont aussi divisés qu’ailleurs.
Les divisons se font sur des positions de classe différentes, sur la façon de considérer la squattérisation comme OFFENSIVE contre le pou­voir et non pas comme un moyen ECONOMIQUE de survivre (au sens littéral du terme).

Que le rôle des HLM soit de nous loger comme le rôle des flics est de nous protéger, nous nous en doutions. Nous en sommes maintenant sûrs après ce qui s,est passé le 21 juin au 28 villa Faucheur. Des gens qui avaient choisi de se loger eux-mêmes ont vu les gros bras de l’Office d’HLM venir les déloger. En effet, une fuite d’eau non réparée à temps dans un appartement occupé a fourni aux HLM un prétexte pour venir avec masses et fracas couper l’eau et détruire un appar­tement.
C’était la quatrième opération de commando du genre, mais appuyée cette fois-ci par trois cars de flics et le com­missaire du quartier. Ce déploiement de forces a déclanché une résistance qui les a fait hésiter et repartir ; résistance non seulement des occupants enragés de voir leur espace vital gri­gnoté chaque jour un peu plus, mais aussi de quelques habitants "légaux", peut-être par solidarité ou parce qu’ils se rendaient compte qu’accepter l’expulsion accélérerait leur propre dé­part.
Car, ici comme ailleurs la rénovation ne se fait pas en douceur. Ici, la participation de l’OPHLM permet de donner une couverture sociale à une opération qui a plus de 60 % sera livrée aux promoteurs. Elle les assure de la caution des partis de gauche et leur donne des outils juridiques pour chas­ser la population, sérieux coup de main à une époque où la résistance des habitants commence à prendre forme. Mais cette couverture sociale n’empêchera pas que la majorité de la po­pulation ouvrière en soit victime, soit parce qu’elle n’a pas le fric nécessaire, soit par manque de piston (de gauche, puis­que les élus sont communistes, ou d’ailleurs) pour avoir accès aux HLM. Par contre, les quelques gros propriétaires, les in­dustriels et artisans négocient en ce moment avec les HLM en termes de millions : ce qui prouve bien, si besoin en est, que l’Office a des critères de classe, ce qui est logique,non, pour un représentant de I’État ?
Ces divisions de classe, nous les avons retrouvées à l’in­térieur de l’amorce de lutte qui s’est développée sur le secteur depuis l’année dernière. Alors que la lutte se voulait au départ celle de l’ensemble de la population contre un projet arbitraire, elle s’est partagée en autant de luttes catégorielles qu’il y a de catégories juridiques d’habitants : syndicats de propriétaires, associations de locataires,réunions de petits patrons et artisans et, pourquoi pas, association de défense des squatters. Tout le monde se cherche des appuis, les uns à droite, les autres de gauche. Chacun essaie de tirer la couverture à soi, les uns sur le dos des autres s’il le faut, sans se rendre compte qu’à l’in­térieur de ces critères de classe, les possibilités sont minimes sinon nulles.
Nous ne pensons pas que toute lutte de quartier soit condamnée à ce genre de divisions. C’est pourquoi nous avons essayé de proposer une alternative au sein de l’association de défense qui s’est constituée sur le quartier. Nous sommes inter­venus, au moment où le comité fonctionnait encore sous forme de réunions hebdomadaires ouvertes à tous, pour éviter qu’au nom de l’efficacité, on opte pour des formes de lutte ou les habitants délégueraient leur pouvoir à quelques-uns prêts à prendre en charge le problème de tous ; où, par conséquent, les habitants perdraient toute forme de participation et de contrôle sur le développement de la lutte. Dans ce même sens, nous avons dénoncé, au moment où le problème s’est posé, le rôle récupérateur du P.C. qui présentait comme sa propre vic­toire les quelques acquis obtenus par la lutte : nous avens alors demandé que l’on se prononce pour l’autonomie de l’association par rapport aux partis dont nous savons qu’ils nous déposséde­raient de cette lutte en imposant leurs propres objectifs : à savoir se battre pour une opération plus "sociale" (ex : reloge­ment pour tous) en excluant toute remise en cause de l’opéra­tion elle-même.
Ces problèmes ont en fin de compte obtenu très peu d’échos, non seulement du fait que, par magouilles interposées, le débat a été escamoté, mais sûrement aussi du fait de la compo­sition sociale du quartier, habité en grosse majorité par des personnes âgées. La lutte s’est bureaucratisée, la combativité est retombée.
Aujourd’hui s’impose à une nouvelle réalité : celle des squatters. Et nous retrouvons à travers une partie d’entre eux le même genre de problèmes. Ceux qui considèrent la squatté­risation uniquement comme une simple forme de survie écono­mique peuvent fermer les yeux sur ce qui les entoure : cultiver le mythe de la contre-culture dans un lieu que l’on aura investi, n’importe lequel : quand on sera chassé d’ici, on ira s’installer ailleurs. Il se crée à travers eux un milieu capable d’épouser les circonstances sans jamais assumer de conflits, de même qu’un prétendu "marginalisme" ne s’attaque jamais aux fondements de la société mais survit grâce à ses capacités d’intégration.
Nous pensons de notre côté que la squattérisation peut être une forme d’offensive contre le pouvoir : une offensive contre une opération arbitraire et policière, une réponse aux différents moyens de surexploiter et d’embrigader les travailleurs que sont l’accès à la propriété par le crédit, ou le loyer. Mais pour cela, il faut vouloir se battre et se faire entendre.
Si ces quelques réflexions ont mis en évidence beaucoup de questions sans réponses et pas mal d’échecs, ce qui reste pour nous c’est que nous ayons pu les éclaircir. Nous cherchons maintenant à ouvrir un débat vers l’extérieur et nous espérons qu’il se poursuivra et se généralisera.

DES OCCUPANTS DE BONNE OU MAUVAISE FOI.




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