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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Contribution au débat
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 53-54.
Article mis en ligne le 13 janvier 2014
dernière modification le 12 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Cette contribution fait suite à un débat tactique très violent à l’A.G. de "Camarades" à propos de l’opportunité de formuler un contenu positif â une réalité en mouvement que nous appe­lons l’autonomie.
Les arguments des détracteurs de ce projet sont en gros ceux-ci : une tentative de définition de l’autono­mie débouche sur l’idéologie et le dogmatisme et risque par là de freiner ou d’empêcher le processus d’agrégation de I autonomie et de sa coordination politique.
A propos de la fin de cet argu­ment, on peut tout de suite remar­quer qu’une thèse implicite à l’existen­ce mime de "Camarades" est que l’agrégation du mouvement autonome est un processus historique en cours, que si l’autonomie accède à une réalite sociale révolutionnaire, ce sera sur la base d’un profond mouvement de masse et que nos pauvres petits discours y seront comme les autres emportés par le raz de marée de la pratique ré­volutionnaire où seule nous restera notre propre autonomie. Même notre dogmatisme le plus absolu ne suffirait pas à endiguer les luttes capables de déborder la gauche ou l’extrême gauche traditionnelle autrement structurées que nous.
Reste la vraie question : fabriquons-nous de l’idéologie et des dogmes en donnant un contenu posi­tif a l’autonomie ?
Et cette autre question : qu’a fait, jusqu’ici "Camarades" en tant que revue, qui ne soit de l’idéologie ?
Il n’y a pas là de procès d’inten­tion, seulement un constat de fait : l’autonomie se dessine à travers "Ca­marades" comme un discours critique faisant appel à un certain niveau de conscience (pas forcément lié à une pratique révolutionnaire d’ailleurs), débouchant de fait sur l’idéologie de par le fossé qu’il creuse entre théo­riciens et les aspirations concrètes d’un certain nombre de gens qui pra­tiquent l’autonomie sous le poias de la contrainte sociale sans beaucoup le penser, en ne s’en trouvant pas toujours plus mal d’ailleurs.
Pour renforcer la liaison entre les théories et la pratique, on peut dégager certains axes de convergence qui permettent d’acquérir un consen­sus minimum d’ordre pratique, c’est à dire désigner un certain nombre de points qui vont jouer comme repères dans le fonctionnement des luttes. Il ne s’agit pas d’ailleurs de constructions intellectuelles, l’héritage historique des luttes autonomes pose effectivement ces axes de conver­gence dans la fréquence de répétition d’un certain nombre de phénomènes. La question de ce contenu positif à donner à l’autonomie joue d’ailleurs dans le projet en cours a "Camarades" d’impulser une coordination des auto­nomies sans aucune velleité dirigiste. En refusant un rôle hégémonique, on pose la question de la liaison entre des autonomies différentes et non réductibles qui ont besoin d’un mi­nimum de consensus politique, même s’il n’est pas conscient ou formulé comme tel dans les pratiques. On verra plus loin que ce consensus interne est celui d’une positivité qui refuse les perspectives merdiques du système et les chausse-trappes de la gauche libé­rale, stalinienne ou léniniste : l’avantage d’une formulation positive de ce consen­sus est de lever l’équivoque d’un projet dont l’imprécision permet toutes les récupérations. Lever l’équivoque signi­fie aussi poser le problème, y compris en risquant de se tromper et en accep­tant d’en discuter, ce qui n’est pas le propre du dogmatisme. Nous disons que décrire un mouvement implique qu’on lui accorde un projet. Que la positivité d’un projet formulé par des axes de convergence ne veut aire ni idéologie ni dogmatisme.

Pourquoi ?

  • d’abord parce que la théorie révolutionnaire est un moment de la pratique qui sert à conscientiser, gé­néraliser, coordonner les luttes et que comme telle elle implique l’affirma­tion d’une identité subjective de masse qui est positivité, y compris dans ses refus.
  • ensuite, parce que le manque de théorie permet toutes les récupérations aussi bien idéologiques que pratiques, tant que des axes stratégiques ne sont pas clairement formulés.
  • enfin, parce que nier la théorie est une hvpocrisier quand un groupe comme "Camarades" est réuni sur un consensus idéologique de fait (dont l’imprécision permet un engagement confortable !) qui n’existe pas forcé­ment dans les luttes autonomes où des militants de "Camarades" sont impliquées.

    Le rôle de "Camarades" comme groupe autonome éditant une revue (très) théorique ne se formule que par sa capacité d’exprimer clairement un projet politique dont il est une partie de l’agrégation, sans céder aux tenta­tives dirigistes.
    Le danger de la théorie réside en un problème de fond : est-ce qu’elle sert à impulser la réflexion ou à y répondre dogmatiquement. Il se trouve que dans le cas de l’autonomie, ce sont les pratiques (y compris celles dont nous sommes issus à "Camarades") qui priment sur l’idéologie et que les mé­canismes organisationnels que nous pro- nons donnent effectivement la priorité aux pratiques autonomes de base sur les phénomènes de prise de conscience qui finissent toujours par aboutir au rôle privilégié de l’avant-garde. Mais sous peine de se garantir du dirigis­me, on ne doit pas se réfugier dans le suivisme journalistique qui consiste à décrire un mouvement sans tenir compte du fait qu’il exprime un projet politique. Un point de vue positif sur l’autonomie doit aider è la coordi­nation des pratiques, mais aussi à dé­passer la critique formelle du système pour mettre en jeu une identité subjective de masse capable de changer le monde plutôt que de la critiquer et ceci en proposant des modalités tactiques plus précises à débattre dans le mouvement par rapport aux problè­mes de conjoncture.

    REPÈRES STRATÉGIQUES

    L’autonomie se situe à la conver­gence de la prise en charge de problè­mes concrets, quotidiens, par les grou­pes sociaux qui les subissent et de la remise en cause du système social qui crée ces problèmes. Cette mise en acte du communisme è chaque point de la lutte abandonne le vieux mythe de la transition socialiste et pose que l’efficacité d’une pratique révolution­naire se manifeste aussi dans ses acquis immédiats, tant dans la mise en place de nouveaux comportements de luttes, de nouvelles manières de vivre, de l’appro­priation de l’espace que dans l’appro­priation révolutionnaire (y compris vio­lente) de la richesse sociale. La tactique de ces luttes s’établit donc â partir des revendications particulières qu’elle tente d’imposer dans un rapport de force face à l’État.
    L’autonomie se constitue sous la pression de faits sociaux répressifs, de la misère ou bien de projet mis en oeuvre dans des pratiques autonomes visant l’appropriation dans la tentative d’imposer un rapport de force : la caractéristique invariante de ces luttes réside en cette demande d’acquis im­médiats, non négociable en termes de collaboration de classe et posée en dehors de tout discours idéologique (c’est à dire non relié à leur exigence). Ce qui pose la question d’une "ligne politique" capable de dépasser les significations particulières de ces dif­férentes luttes. Cette ligne n’implique pas comme dans le léninisme une avant- garde consciente, une idéologie hégé­monique mais simplement un support organisationnel non hiérarchisé et des axes stratégiques définis par des mots d’ordre formulant les caractéristiques propres à l’autonomie dans les prati­ques de la lutte.
    L’autonomie accepte donc les nécessités de l’organisation pour le combat è mener contre l’Etat, mais refuse les hiérarchies. Elle prône l’au­to-détermination politique des luttes sous la forme d’une coordination des autonomies. Elle refuse le centralisme et l’avant-gardisme qui sont des ma­nières comme d’autres de réintroduire les vieilles pyramides autoritaires. Orga­nisation ne veut dire ni centralisme ni hégémonie : la coordination, en opposition radicale avec les vieilles théories de l’organisation, ne propose pas un amalgame réducteur de la diver­sité des tendances, elle ne sert qu’à dégager une cohérence pratique des luttes dans le rapport de force face à l’État.
    L’autonomie tente de radicaliser ce rapport de force en créant une situation de dualité de pouvoir entre l’Etat et les masses auto-organisées. Sa stratégie joue sur plusieurs points :

  • débordement et radicalisation des luttes dans l’impulsion de groupes auto­nomes incluant tous les éléments combattifs sur la base d’objectifs non né­gociables en termes de collaboration de classe.
  • propagande systématique pour faire accéder l’autonomie au rang de stra­tégie révolutionnaire d’alternative, au léninisme.
  • dans la mesure où l’autonomie devien­dra une véritable force politique, il lui appartiendra de se prononcer sur ses futurs rapports avec :
    • l’Union de la Gauche. En pé­riode de crise, de larges secteurs de base de ces organisations évoluent de fait vers des positions et des pra­tiques autonomes qui sont potentiel­lement révolutionnaires si une alterna­tive leur est proposée en rapport è leurs pratiques.
    • l’Extrême Gauche. Tactique ponctuelle d’unité avec les groupes révolutionnaires qui admettent de fait l’autonomie en la subordonnant è leurs pratiques centralistes ; il s’agit d’accentuer cette contradiction en mon­trant que l’autonomie est une force politiaue aui se suffit.

      Bob




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