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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La naissance d’un mouvement politique
Camarades, n°6, Novembre 1977, p. 3.
Article mis en ligne le 2 décembre 2013
dernière modification le 3 septembre 2017

par ArchivesAutonomies
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La naissance d’une force politique

Il y avait eu des signes de changement qui ne trompent pas : La Sonacotra par exemple. Malville aussi, surtout Malville qui a "recomposé" brutalement tous ceux qui étaient partis à la dérive depuis 1972.
Il y a encore six mois dresser un pari sur le caractère possible de l’autonomie comme proposition politique au Mouvement révolutionnaire semblait un pari vélléitaire. Où voulions nous en venir exactement ? Pour qui nous prenions nous ?
Et puis il y a cette rentrée deux événements qui ont accéléré le rythme des choses singulièrement. Le premier d’ordre institutionnel : la rupture de l’Union de la gauche sur un programme de gouvernement. Nous y reviendrons. L’autre plus immédiat dans ses conséquences pour le Mouvement : l’organisation européenne de la répression par les États de I’anti-terrorisme (massacre de Stamheim en R.F.A.) et contre elle une réaction européenne spontanée.
Chez nous à Paris la constitution d’un regroupement : l’Assemblée parisienne des groupes autonomes qui a été le seul à descendre dans la rue "interdite". Manifestation qui a rassemblé bien plus de gens à la gare Saint-Lazare que les quelques groupes, ou collectifs qui avaient pris sur eux d’appeIer. En province, la liste impressionnante de villes où s’est organisée une riposte dure prouve que le mouvement européen est ramifié partout. Que nous sommes dans une phase comparable sur ce point aux années 1967, même si le contenu de ce mouvement n’a plus rien à voir avec les luttes étudiantes, et les batailles anti-impérialistes.
Le Mouvement a repris confiance, au niveau global. Il est passé d’un réseau de pratiques, de luttes partielles, séparées à une première rencontre. L’autonomie n’est pas un ghetto marginal, la matière d’un article ou un sujet de courrier de lecteurs. C’est cela qu’exprimait l’occupation de Libération. Elle a clarifié quand même les choses puisque nous avons appris que "Libération est un quotidien d’information, un objet culturel si vous voulez. Mais pas un quotidien d’extrême·gauche comme on l’écrit souvent" [1].
Pour la première fois, cette frange du Mouvement révolutionnaire ne s’est pas située par rapport à l’extrême-gauche en jouant les simples trouble-fêtes des rituelles manifestations, mais en prenant directement une initiative et a ouvert après le débat y compris avec les militants de l‘extrême-gauche, qui ne se satisfaisaient pas de crier "Libérez Claus Croissant !" pour couvrir : "Baader est mort, qu’avez-vous fait ?".
Les besoins, les comportements dessinent-ils les contours d’une recomposition des autonomies ?
Tout d’abord, en tant qu’alternative stratégique par rapport à la position du Parti Communiste ?
Si oui lesquels ? Comment travailler à construire des Lieux de mouvement et de débat ? (radios libres - occupation de centre de vie et de luttes).
Il y a enfin tous les problèmes qui se posent à l’intérieur du mouvement ? Sur la violence, sur le sexisme, sur les visions réductrices de l’autonomie ?
Sur quels axes construire dans les prochains mois les initiatives politiques ?
Dans une phase aussi importante que celle que nous traversons en quels termes poser le problème de l’organisation et quelles initiatives pratiques permettront de sanctionner un processus de rassemblement ? Coordination de groupes ? de collectifs ? de comité de quartier ?
Ces questions sont vitales pour dépasser un rassemblement contre le massacre d‘État et la répression. La tâche peut sembler énorme, disproportionnée par rapport à l’état actuel des forces du mouvement. Pourtant ce n’est qu’à ce prix que le Mouvement de l’autonomie deviendra un fait irréversible. Les camarades qui se sont rassemblés, organisés ou pas, isolés ou pas, ces dernières semaines savent bien que le seul critère en la matière est la maturité de l’affrontement et le besoin de communisme.
Clarifier les choses, aider au débat, présenter sa contribution à ce processus, nous semble la seule position correcte. Camarades s’y emploie dans ce numéro spécial, et s’y emploiera à l’avenir.
Aujourd’hui le mouvement révolutionnaire est ailleurs. Ni à Libération, ni dans la proposition politique des groupes de la LCR, du PSU, à l’OCT en passant par feu les mouvements ML, ni à fortiori dans l’éternelle ultra-gauche littérairement respectable, mais politiquement à côté de ses pompes.
Il faut ouvrir un débat politique à l’échelle parisienne certes et l’expérience de l‘Assemblée des groupes autonomes parisiens est un pas dont dépend tout le reste, mais aussi à un niveau national, pour préserver, consolider cette formidable unité de mouvement qui s’est manifestée.
Le débat qui s’est engagé dans les assemblées à Paris, ainsi que les diverses positions ont exprimé en raccourci les vrais problèmes.
Qu’est-ce aujourd’hui que le Mouvement ? Existe-t-il des pôles essentiels à un projet d’organisation ?
Qui sont les autonomes dans leur définition politique ? Recomposition du mouvement révolutionnaire ? Est·il possible aujourd’hui de reconstruire le cheminement de toutes ses composantes de par leur provenance ? Si tout cela a un sens, n’est-ce pas par rapport à une recomposition de classe à l’œuvre ?

Notes :

[1Serge July dans le Nouvel Observateur.




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