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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mouvement de l’Autonomie
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 4.
Article mis en ligne le 10 décembre 2013
dernière modification le 7 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Trois points à souligner pour lever les ambiguïtés concernant le mouvement.
Pour nous le Mouvement révolutionnaire, c’est avant tout l’autonomie politique par rapport au projet réformiste social-démocrate et par rapport à l’opposition "classique" du PC. C’est une donnée qui se manifeste par des pratiques, des comportements et des besoins enracinés matériellement dans la composition de classe aussi bien que dans la subjectivité du mouvement révolutionnaire.
Aujourd’hui cette hypothèse est devenue suffisamment claire pour que l’on ne trouve presque plus personne y compris parmi les groupes, pour contester que l’autonomie ouvrière et prolétaire constitue la pierre de touche d’une alternative révolutionnaire. Des radios libres, aux occupations en passant par les grèves dures, aux autoréductions, aux manifestations ou aux sabotages contre l’État du nucléaire, voilà les comportements qui définissent le mouvement.
Tout le monde parle aujourd’hui d’autonomie ouvrière. L’autonomie c’est dans l’air. Pourtant une définition politique, ne se réduit pas à un catalogue ou à l’énumération des "pratiques". Nous savons bien qu’il y a des luttes sur le terrain du logement, des luttes dans les usines qui sont gérées par la gauche institutionnelle parce qu’au fond les protagonistes qu’elles visent ne sont pas ceux qui peuvent briser l’isolement, et s’opposer frontalement à la restructuration capitaliste. Il y a des squatts qui tournent a la déroute.
De là à dire comme certains camarades que le Mouvement n’existe pas, ou qu’il est très fragile, il n’y a qu’un pas.
C’est une erreur dans laquelle il ne faut pas tomber. Le caractère limité de certaines pratiques est un problème d’organisation globale. Ce n’est pas en disant réunissons tout ce qui bouge, permettons cette jonction, que l’on résoud le problème. L’ère des comités de soutien des pratiques de masse ou des pratiques violentes est résolue. Il faut combattre tout un suivisme parmi nous ; d’autant plus qu’il revient toujours à vanter les mérites du mouvement qui aurait eu lieu en dehors, et quand ce dernier est là à fuir ses responsabilités.
Le deuxième point est que l‘enjeu politique, ce n’est plus aujourd’hui de se battre pour l’idée de l’autonomie. Cela était vrai, il y a un an. Aujourd’hui, la question décisive est de savoir si nous pouvons contribuer à ce que cette frange déjà majoritaire dans la gauche révolutionnaire se transforme en Mouvement et avance vers un rassemblement. Sinon, l’extension de certaines idées, de certaines pratiques rencontreront des limites insurmontables, elles retrouveront les cloisonnements.
Concrètement à Paris, aujourd’hui après le premier rassemblement contre le massacre d’État en RFA, la question est de savoir si nous pourrons passer à un terrain l’initiative qui sorte du cadre de la lutte anti-impérialiste. Toute la force que le Mouvement de l’autonomie a conquise doit se traduire en propositions d’ensemble, que chaque collectif, groupe, ou militant isolé reparte des coordinations, des assemblées, des manifestations avec des indications pour sa propre situation. Qu’elle relance les occupations de maisons, les luttes contre le contrôle social dans la métropole (le flicage des chômeurs, des concerts, les expulsions d’immigrés).
Le troisième point qui découle du précédent est qu’il est nécessaire à l’autonomie, dans la mesure où elle veut être une force organisée, et proposer une alternative politique, de résoudre politiquement les contradictions qui se manifestent en son sein.
A cet égard l’affrontement entre diverses composantes des assemblées est une chose. Chercher à traduire systématiquement les différences d’appréciations politiques qui sont à l’origine de ces contradictions, est une autre chose. C’est cela que nous devons faire sans tarder si nous voulons progresser.
Sur le problème de la violence, sur la question du sexisme, sur l’attitude à avoir vis-à-vis de l’extrême-gauche des groupes par exemple.
Intervenir sans chercher l’affrontement dans un meeting de la LCR et de l’OCT ne signifie pas chercher un strapontin à côté de ces "vénérables" institutions, mais peut-être juger que des composantes potentielles de l’autonomie organisée se rencontrent aussi parmi des militants de ces organisations, surtout quand celles·ci sont
menacées à court terme d’éclatement comme l’OCT, ou ont scissionné d’avec le PSU, ou d’avec les CCA sur une ligne très proche de la nôtre.
Même chose pour la question du sexisme. Pas d’accord pour se borner à répéter là-dessus a vieille fracture qui traverse tous les groupes politiques de l’extrême-gauche. Si nous sommes militants dans l’autonomie, c’est aussi parce que nous faisons un pari : qu’il nous est peut-être davantage possible que les autres de faire de cette contradiction une force en la résolvant. Même chose pour la vie quotidienne et le militantisme. L’autonomie ce sont les manifestations dures, mais aussi la fantaisie, les besoins et les désirs, l‘ironie.
Dire que l‘on n’est pas sexiste dans sa vie quotidienne et refuser de s’expliquer avec des filles du mouvement n’est pas un argument. Après tout que disent d’autre les bons maris violeurs qui se conduisent bien avec leur femme, mais pour qui les autres femmes sont toutes des "salopes".
D’un autre côté il est plus facile à toute une partie du mouvement masculin de mettre un peu plus les formes en assemblées générales, même s’il pense tout bas ce que les "durs" disent tout haut. L‘organisation du contrôle social pèse dix fois plus lourd dans les quartiers prolétaires, qu’ailleurs. Elle fabrique cette division, l’entretient. Et seule la lutte est capable de la foutre en l’air. La lutte des femmes sera capable elle aussi d’arracher aux hommes ce monopole de la violence (et elle l’a déjà ait) (pour ne pas dissocier exercice de pouvoir contre le capital et besoins.




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