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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rupture de l’Union de la Gauche
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 6-7.
Article mis en ligne le 10 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La définition de l’Union de la Gauche, de sa fonction dans le rapport de classe actuel et de sa rupture survenue cet automne doit être analysée à travers les relations qu’elle a entretenu avec toutes les luttes qui depuis le début des années soixante-dix ont tenté de casser le carcan électoral. Ces luttes qu’elles soient ouvrières ou étudiantes, qu’elles soient celles des femmes ou celles des prisonniers ne doivent pas seulement être vues comme cantonnées sur le territoire national. Elles ont traversé toute l’Europe Occidentale et ont conduit à des expériences particulières du mouvement réformiste qui ont valeur selon les cas d’exemple ou de repoussoir (Espagne, Portugal mais aussi et surtout Italie). Mais les données internationales ne doivent pas être reprises en terme d’analogies simplificatrices, Elles indiquent uniquement un cadre général de fonctionnement possible des initiatives des forces traditionnelles du mouvement ouvrier. Ainsi le PCF n’a pas et ne peut choisir une attitude portugaise ou encore moins italienne.
Avant tout il faut affirmer clairement que la rupture est de type programmatique et non de type électoral. Cette situation peut offrir autant de chances à la gauche d’être vainqueur en mars prochain mais les conditions d’exercice et de gestion du pouvoir sont fondamentalement changées.
Un travail politique de clarification est à faire ; nous ne poserons ici, seulement, que quelques problèmes. En particulier, les contradictions qui traversent les partis de gauche réformistes et donc "l’union de la gauche".
Le parti socialiste est le produit d’un mouvement contradictoire de recomposition de la couche traditionnelle social-démocrate pour répondre au développement politique du mouvement réel issu de mai 1968. Les nouvelles aspirations se sont traduites en particulier par un mouvement électoral dont le PS a été le seul gagnant. Mais il n’a pas réussi à se constituer un véritable relais politique dans le mouvement ouvrier (l’échec du CERES et de la Fédération de Paris de G. Sarre en est la manifestation). Il n’a pas su déterminer que ces nouvelles aspirations n’étaient pas portées par des couches qui ressentaient les besoins d’organisation de la même façon que les couches traditionnelles du mouvement ouvrier. N’ayant jamais pu conquérir l’usine, le PS s’est porté sur le territoire. Là, il a pu établir des rapports privilégiés avec le mouvement réel ; ainsi le mouvement écologiste y a un impact déterminant et y alimente le débat politique sans pour autant avoir conquis une position de force (le caractère provisoire du moratoire est révélateur). D’autre part en redéfinissant le rôle des municipalités il établit des rapports nouveaux avec le mouvement des immigrés (cf. le rapport Le Gartec).
Ce contournement de l’usine par le territoire montre la possibilité qu’avait le PS d‘absorber un certain nombre de besoins qualitativement nouveaux. Pourtant aujourd’hui à l’approche du pouvoir il s’est raidi programmatiquement : il n’envisage pas réellement devoir établir un contrat avec des secteurs particuliers de la classe ouvrière qui l‘enchaînerait dans une alliance de classe stricte. Cela, afin de conserver une souplesse tactique pour éviter d‘être pris dans une gestion économique "stalinienne" (dixit Rocard).
Tel n’est pas le cas du PC qui, analysant son allié comme réformiste (social-démocrate à l’ancienne manière), se pose par rapport à lui comme un tuteur, le garant révolutionnaire de l’Union. Sa position est difficile car il est tant du point de vue électoral que du point de vue de sa base sociale en perte de vitesse : ses efforts pour définir "un cours nouveau" ne lui ont pas permis d’assimiler dix années d’expériences sociales. Aujourd’hui, il se replie sur une position de défense. A partir de cette position, il voudrait tenter une politique de débordement (cf. accord du 4-11 avec le PSU) sur sa gauche. Alors qu’au moment du processus de constitution de l’Union il avait fait appel à des forces constitutives du gaullisme en décomposition : cathoiques de gauche, gaullosnationalistes de progrès, etc...
Face aux nouvelles revendications, "gauchistes" la défense du poste de travail en tant que perspective de lutte s’est révélée inadéquate (cf. sidérurgie, presse, imprimerie, chantiers navals). Le relais politique, c’est-à-dire la perspective d’aller au pouvoir et d’y imposer la nationalisation n’a pas fonctionné. La polémique sur la nationalisation peut être considérée comme un prétexte, mais elle montre que le PC n’a pas d’autre objectif que de placer la classe ouvrière qualifiée dans l’État pour avoir assez de poids pour se défendre face à la nouvelle division internationale du travail.
Cette stratégie de débordement est-elle possible et crédible ? Elle porte en elle-même ses limites : elle se réfère à un bon programme commun tout d’abord, ensuite les nationalisations sont envisagées sous un aspect autogestionnaire (cf Les thèses d’Anicet Le Pors), les propositions de tassement de la hiérarchie passant au-dessus de la CGT sont autant d’appels du pied à la CFDT. La constitution de "comités contre la misère et la vie chère" en banlieue, la création d’un SOS-expulsion à Paris sont autant d’initiatives qui veulent faire voir que le Parti sera le haut-parleur des (luttes contre l’injustice du système. Cet activisme tous azirnuths est envisagé comme un moyen de faire passer la pilule de la rupture de l’Union. C’est en effet cette stratégie d’Union qui a fait l’essentiel du recrutement du parti ces dernières années. Aujourd’hui ce repli n’a pas été compris, il faut donc que le parti reconquière une autonomie, une indépendance pour pouvoir justifier et porter en avant une politique de débordement.
Retrait, sûrement ; débordement, c’est ce qui transparaît mais en aucun cas construction d’une alternative globale, populaire. Car à certains niveaux le PC a établi de véritables Pactes partiels avec l’État : la politique militaire, la politique énergétique et la politique nucléaire. Ces pactes n’existent pas par contre entre l’État-crise et le Parti socialiste.
Mais il ne faut pas voir seulement cette situation de rupture programmatique comme uniquement le produit d’un développement interne à l’Union de la Gauche, c’est aussi une des réussites propres du plan Barre qui depuis un an a consisté à redéfinir le rôle de l’industrie française dans la division internationale du travail.
Déjà, les gauches se rejettent les mes sur les autres les futures responsabilités historiques de la défaite électorale de mars 1978 : elles ont dévoilé ainsi le côté illusoire de la chape de plomb qu’elles avaient placé sur le mouvement de classe. Depuis six ans, le mouvement social a connu à travers la crise nombre de modifications. Cette crise ne s’est pas illustrée comme une tendance à la paupérisation, mais plutôt à la restructuration Les modifications (taux de chômage plus élevé. allocations attribuées par l’État, déstructuration de certaines couches, politique de l’immigration, déqualification de certains secteurs productifs, massification du travail tertiaire, gestion du travail intérimaire, développement de la sous-traitance) ne peuvent être gérées et adaptées au niveau de conflictualité atteint par le mouvement réel sans faire jouer à plein les oppositions entre les partenaires socialistes et communistes. Ce retrait s’il est définitif signifie que le PC ne veut pas jouer directement un strict rôle de flic face au mouvement dans l’usine (mais seulement là), rôle que le PS devra tenir, seul.
Bien qu’ayant renoncé à exprimer les intérêts et les besoins de la classe ouvrière qualifiée, les forces du gaullisme orthodoxe n’ont pas quitté la vieille problématique du parti et de la conscientisation. Plus ou moins elles veulent pousser le PC à ce qu’il recolle l’Union de la Gauche pour reprendre l’espace que d’une certaine manière le PCF leur a repris. Mais justement, la situation ouverte par le PCF et par la rupture de l’alliance montre que d’une part l’extrême-gauche recouvre une certaine figure sociale assez homogène (dons l’autonomie est jusqu’à preuve du contraire partie prenante) dont elle commence à avoir conscience (débats dans LCR, scission des CCA et impact de l’autonomie lors de leur constitution) et dans la reconnaissance leur permettra de comprendre l’échec qui plane sur elle depuis plusieurs années. D’autre part l’émergence de l’autonomie en tant que mouvement réel peut servir de point de clivage et d’axe de références programmatiques à des segments de classe qui aujourd’hui vont subir la déqualification de manière frontale. L’articulation des comportements individuels et collectifs dans et hors l’usine autour du "refus du travail" est la tâche des groupes qui se réclament de l’autonomie et un des terrains de débats et de discussions.




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