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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Crise des groupes Le choix est entre l’Autonomie ouvrière et la ligne du PCF
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 7-8.
Article mis en ligne le 10 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La rupture de l’Union de la Gauche, avec un Parti Communiste "gauchiste" à la portugaise, mais beaucoup plus puissant, qui a dévoré en quelques semaines I’espace où pensaient évoluer les groupes (Ligue, OCT, CCA, ML) risque effectivement de voir se rétrécir comme une peau de chagrin I’espace laissé à la gauche révolutionnaire. Comme le soulignait pathétiquement l’appel LCR-OCT-CCA qui ne veulent pas devenir des "exclus de la politique". On peut dire qu’il n’ont guère volé cet élégant retournement de l’histoire puisque pour eux tout se jouait sur le terrain institutionnel d’une reconnaissance par la gauche d’une frange à sa gauche, alors que dans les faits n’était jamais envisagée l’hypothèse d’une construction d’un terrain autonome de A à Z des luttes prolétaires comme seule garantie d’éviter la stagnation du mouvement.
Aujourd’hui la rupture du PCF a eu une conséquence très claire. Il y a 2 voies, deux seulement. Ou l’opposition institutionnelle à la social-démocratie sur le mode du PC.
Et on ne voit pas pourquoi dès lors ne pas y rentrer quand on a fait ce choix. Ou bien l’opposition au révisionnisme eurocommuniste qui semble en recul partout et au révisionnisme traditionnel "de classe" des partis communistes à la Ponomarev (stratégie de l’Internationale de Moscou) qui au fond n’a aucune perspective stratégique. Tout simplement parce que le socialisme comme perspective révolutionnaire est mort. Il a vécu. Et l’URSS a le cynisme de s’en apercevoir, quand la Chine ne le voit pas encore.
Le premier a renoncé à la lutte ouverte pour la "longue marche dans les institutions" ce qui a toujours voulu dire la répression feutrée. Se fier au second pour barrer la route à la gestion social-démocrate de la crise serait une autre erreur stratégique.
Aujourd’hui le clivage fondamental avec le PCF de "lutte de classe" ce n’est pas qu’il renonce à la lutte. Sur ce point au contraire, la rupture a marqué un net regain de combativité. C’est qu’il n’ y a aucune perspective stratégique derrière cet activisme cette tactique du harcèlement. Le PCF opère un rassemblement des "mécontents" dans un pot·pourri : les "pauvres", les jeunes, les immigrés installés depuis longtemps en France, les employés, mais aussi les ouvriers hautement qualifiés du complexe militaro industriel français (le troisième du monde s’il vous plaît) sans compter naturellement les vieilles couches de l’alliance petits commerçants, petits patrons, exploitants agricoles. Le projet du PCF c’est l’hégémonie sur tous ces secteurs. Mais la ligne globale sur laquelle tout cela continue de reposer, c’est la défense de la classe ouvrière française qualifiée, mâle aux dépens de tout le reste : en particulier dans l’adhésion au programme nucléaire, à la force de frappe. Tout ce harcèlement pourrait se terminer alors dans une retraite en bonne et due forme.
Alors la seule garantie que la période d’incertitudes, de tâtonnements qui s’ouvre désormais puisse s’approfondir, qu’elle mette hors jeu aussi bien l’austérité par programme commun non révisé, que la tactique de harcèlement, c’est I’autonomie ouvrière organisée. Et tout projet d’organisation devra travailler autour de cette hypothèse. Il n’y a plus que deux lignes possibles. Le PC ou l’autonomie qui, à travers les luttes des écologistes, peut maintenir la place de la France dans la nouvelle division internationale du travail. Résultat l’addition devient de plus en plus lourde au fur et à mesure qu’elle est retardée. Au cours de son voyage à Washington, Barre a obtenu l’appui du dollar américain jusqu’aux élections, pour éviter des mesures trop draconiennes. Mais celles·ci sont au programme si la force de classe ne brise pas le projet.
Résultat, le PCF devrait scier la branche sur laquelle il est assis. S’il se bornait à appliquer le Programme Commun, l’augmentation du SMIC serait contenue dans les limites d’une revalorisation des bas salaires.
Dans l’immédiat, c’est surtout sur deux terrains que se développe l’offensive patiente et têtue du gouvernement. Réorganiser ses instruments de contrôle sur le marché du travail (diffusion du travail à l’occasion de la restructuration de la sous-traitance, décentralisation des emplois), féminisation du travail d’usine pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre depuis la fermeture de l’immigration, parcage des élèves du technique dans l’école pour éviter leur irruption massive sur le marché (obtention du statut étudiant, places réservées à l’université. Tout ceci ouvre d’ailleurs d’énormes possibilités de fusion du mouvement étudiant sur une base prolétaire). Les mesures à l’égard des jeunes chômeurs, les expulsions des immigrés au chômage cherchent à discipliner durement toute cette force de travail qui refuse le travail offert.
Le deuxième terrain est celui d’une riposte aux luttes sociales. À un pôle les luttes des Sonacotra, et les phénomènes de refus de paiement (autoréductions) qui ont démarré avec plus de vigueur.
A l’autre pôle l’attaque contre le salaire ouvrier par le biais de l’opération "vérité des prix" des tarifs publics. En particulier pour l’électricité (suppression de la double tarification). Il s’agit d’enrayer un mécanisme qui est à la base du déficit de financement des entreprises nationalisées. Depuis 73 celles-ci n’osent plus facturer leur prix à un tarif en rapport avec les coûts, etc... Le gouvernement fixe un prix politique des transports, du gaz, de l’électricité. C’est le prix du consensus. C’est sur cela qu’il entend revenir. Et dans le cas de l’EDF il y a des raisons précises à cela. Le programme nucléaire a pris du retard et s’enraye ; les capitaux exigés pour les investissements deviennent de plus en plus lourds. Les financer sur le dos des "usagers" qui sont aussi des ouvriers ou des employés, ce n’est pas simplement le faire pour des raisons financières. L‘argent pourrait être obtenu à l’extérieur. Et par dotation en capital par l’État. C’est en fait imposer des normes de productivité sociale à l’ensemble des prolétaires. Si le salaire relatif est touché il y aura davantage de candidats pour les heures supplémentaires, moins d’absentéisme, davantage de contrôle social par le nucléaire (quadrillage des routes). Contre cette offensive, et en particulier sur le terrain de l’électricité et du nucléaire, il s’avérerait important d’attaquer.
Dans ces conditions, si la situation a clarifié les choses pour la gauche révolutionnaire, il faut prévoir une forte crise d’identité des groupes - dont on avait prévu les symptômes dès l’an denier.
Mais alors c’est la capacité d’organisation de l’hypothèse politique de l’autonomie ouvrière qui deviendra l’élément déterminant pour empêcher que le PCF ne cherche à récupérer tout un espace qui lui avait échappé depuis mai 68. Nous entendons au niveau politique et organisé, car il peut parfaitement voisiner avec des autonomies, des groupes de base, ou le mouvement des "a-partidaires" ou des "anciens militants".




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