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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Sur la violence (encore et toujours)
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 9-10.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Malville, les assassinats des camarades de Stammheim, et les événements de ces dernières semaines, ont imposé encore une fois au mouvement le débat sur la violence.
En ce qui nous concerne, nous tenons à clarifier nos positions sur ce problème en précisant tout d’abord que nous combattrons sans cesse dans le mouvement, la position qui consiste à envisager la violence de façon idéologique. Cette façon d’aborder la question peut amener certaines couches du mouvement à reparcourir toute une trajectoire qui fut, entre autre, celle de la R.A.F. et de certaines composantes du mouvement révolutionnaire de la fin des années 60. Ce "vieux" mouvement, né de la lutte idéologique contre le révisionnisme et l’impérialisme ne pouvait en effet déboucher que sur deux impasses. D’un côté les gôchistes stériles, institutionnels, électoralistes et subalternes au réformisme. De l’autre côté les "militaristes", formant le noyau d’acier d’un futur "parti combattant", et qui se sont retrouvés coupés de la réalité, seuls face à l’Etat. Reposer aujourd’hui le problème de la violence dans les tenues du "vieux" mouvement révolution ne peut être qu’une régression. Aujourd’hui les luttes n’ont plus les mêmes caractéristiques : elles partent des besoins et non de l’idéologie, posant par là même le problème de la violence en termes complètement différents.
La restructuration du capital (conséquence entre autre des luttes de l’ouvrier-masse), a donné naissance à une nouvelle figure de classe : l’ouvrier social (travailleurs précaires, au noir, intérimaire, étudiants prolétarisés, travailleurs à domicile, marginaux, etc...), né de l’extension hors des murs de l’usine du tissu productif, et de son éparpillement sur le territoire en petites unités productives. Les besoins de ce nouveau sujet politique de classe s’affrontent à la restructuration répressive de l’État. C‘est à partir des besoins propres de cette nouvelle composition de classe (luttes antinucléaire, les occupations de maisons, dans les usines, facs, quartiers, les réappropriations, les luttes des femmes, etc...), et du niveau l’affrontement qu’il lui faudra assumer que l’on doit envisager le problème de la violence.
La problématique "violence/non violence", est déjà dépassé par le mouvement, car la restructuration du capital a impliqué la mise en place de structures répressives très élevées, qui interdisent aujourd’hui de penser à des luttes gagnantes si l’on n’envisage pas la dimension de la violence qu’il faudra assumer dans l’affrontement direct avec l’État.
Le seul débat actuel est donc : "Quel type de violence ? exercée par qui ? pour défendre, ou pour prendre quoi ? Quand elle pourra répondre à ces questions, l’infime frange du mouvement qui trimballe encore un discours idéologique sur la violence avec son implication de "spécialistes de la violence" sortira de son ghetto.
Les initiatives comme la manif de St Lazare et les différentes actions qui se sont déroulées depuis l’assassinat des camarades de Stammheim ont démontré qu’aujourd’hui le mouvement est prêt et capable sans attendre le signal ou la permission des gôchistes, de défendre ses besoins en assumant massivement un haut niveau d’affrontement avec l’État ; et de façon telle que dans son ensemble il puisse se reconnaître dans chaque action violente menée par des petits groupes.
Le "vieux" mouvement est mort" quand à la place de la manif de masse violente prévue pour répondre à l’assassinat de Pierre Overney, il n’a été capable que d’organiser l’enlèvement de Nogrette, coupant de fait tout espace de riposte générale et prise en charge collectivement. Et ce ne sont pas les quelques manifs violentes organisées par et pour les groupuscules depuis 73 qui démentiront notre jugement : chaque fois qu’elles atteignirent un degré de violence adéquat à leurs objectifs, ce fut le fait d’"inorganisés" qui débordèrent les SO gauchistes (manif Espagne 75, manif étudiantes 76...)
La critique d’une certaine pratique "militariste" doit être faite (entre autre celle de la R.A.F.), mais cette critique doit être faite de l’intérieur du mouvement, nous la trouvons déplacée de la part de gens comme les gauchistes qui, devant l’interdiction de leur manifestation ne trouvent rien d’autre que d’organiser un meeting douillet pour se donner bonne conscience.
Nous estimons important de verser dans ce débat la contribution des N.A.P.A.P. (parue dans Front Libertaire n°76 : "Mise au point des NAPAP"), car elle montre une de clarté sur le problème de la violence, et de ses liens avec les besoins du mouvement :

Que signifie notre forme d’organisation pour lutter ?

Il est clair que nous ne sommes ni le parti combattant de quoi que ce soit, encore moins une nouvelle "Bande à Baader".
Nous avons tiré le bilan de pratiques politico-militaires étrangères qui mènent des combattants "spécialistes" à une lutte solitaire et suicidaire face à Vappareil d’Etat moderne.
Notre pratique s’inscrit dans l’édification de l’autonomie·ouvrière organisée au sein du mouvement populaire. Notre but n’est pas d’appeler à la formation de 1, 10, 100 NAPAP régis par une direction centrale, style état-major de la violence populaire potentielle, Nous abordons une autre étape qui consiste à nous fondre dans la dynamique du mouvement et non pas à chercher à en prendre la tête d’une façon officielle ou magouillarde.
Cela pour réaffirmer notre volonté de ne plus être des délégués de l’action violente, qu’elle soit applaudie ou sifflée comme ce fut le cas de la Nouvelle Résistance Populaire ou d’autres groupes similaires.
Pourquoi en priorité l’autonomie ouvrière ?
Parce qu’en dépit des bavardages philosophiques de salon marginal, la lutte des classes et la dynamique des couches révoltées du prolétariat restent la clé stratégique majeure pour foutre en l’air ce système social. Il est évident que le patronat l’a compris. Il suffit de lire les comptes rendus patronaux et gouvernementaux de la CEE pour découvrir que la convention européenne sur le terrorisme vise les degrés croissants de violence populaire et leur maturité politique.
Mais le terrorisme d’État ne se manifeste pas seulement au coeur des usines. Toutes les formes de vie, de comportement sont touchées par les lourdeurs répressives de la société carnivore.
Au niveau de l’habitat, on ne compte plus les expulsions arbitraires, les opérations quasi-criminelles des promoteurs qui saccagent les vieux quartiers pour y couler leur fleuve de béton macabre. Pourtant, depuis l’expérience avortée de 1971 et des comités de mal-logés, des groupes de squatters tentent de vivre dans des îlots occupés. Mais les flics ne leur laissent guère le temps d’en profiter. Et changer de plus en plus souvent d’endroits rend la vie dingue aux dits squatters. La solution pour eux est-elle alors de se réfugier dans la drogue dure ou dans le pacifisme désespéré ? Le coktail Molotov reste parfois un argument plus convaincant que la résignation refoulée.
Pour ceux qui ont un logis, la situation n’est guère plus réjouissante : immeubles souvent insalubres et loyers en hausse constante. Face à cet état de fait, la désobéissance civile est une pratique timide et mal connue en France. Auto·réduire son loyer, ses factures de gaz, d’électricité, s’attaquer aux prix hiérarchisés des transports, des cinémas, des théâtres, demeure la seule riposte possible et vivable devant le pouvoir de l’argent.
Car, non contents de détruire l’individu par le travail, les patrons lui pompent ses dernières gouttes d’énergie à travers son loyer, ses impôts et sa consommation rassurante de "loisir-pub qui rend con".
Jeunes fumeurs de joints, vieux condamnés à la mort lente dans les maisons de retraite "à bien voter", le terrorisme d’État se fout pas mal du son-disant fossé des générations. Réprimant de l’école au cercueil, le capitalisme casse la moindre liberté. Il se paie même le luxe d’imposer sa panoplie de drogues (alcoolisme, tiercé, loto) support moral du travail a la chaine, pour contrer celles qui donnent envie de ne plus jamais se faire démolir la gueule "a l’atelier de peinture ou à la mise".
Il est grand temps d’imposer sa manière de vivre autrement qu’en ayant pour seul recours le choix d’un bon avocat. Pour les jeunes fauchés, étudiants sans boulot, prolos anti-syndicat-ronron, immigrés en ghetto racial, jeunes braqueurs ou casseurs, il n’y aura jamais de "bon avocat", mais toujours de sales flics pour leur balancer une grenade à tir tendu, ou une 357 magnum à la sortie d’une banque.
Le mal s’étend maintenant à la nature elle-même, l’énergie nucléaire soutenue par la droite et la gauche réformiste (PS/PCFl est le dernier gadget des apprentis-sorciers de la recherche capitaliste.
La lutte contre l’implantation des centrales nucléaires ne s’arrêtera pas grâce à un rassemblement non-violent, si chouette soit-il, ou à un recours au Conseil d’État. Il est clair que, pris dans les contradictions de la crise de l’énergie, le capitalisme européen et ses alliés sociaux-démocrates veulent imposer le choix nucléaire (premier retour de manivelle pour les anciens pays colonialistes qui doivent aujourd’hui assumer au grand jour leur pillage du Tiers-monde depuis des siècles.,)
Il est donc vital que le débat sur les ripostes efficaces à apporter contre le terrorisme d’État s’étende aussi bien dans l’usine qu’en dehors, y compris en nous-mêmes, car il serait aberrant de lutter, même les armes à la main, sans combattre les germes que l’idéologie dominante nous a collés dans la tête (passivité forcée des "femmes soumises", phallocratie, racisme...).




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