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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Besoins et composition de classe
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 11-12.
Article mis en ligne le 6 décembre 2013
dernière modification le 7 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Il faut partir de l’échec répété ces dernières années des projets de regroupement ou de coordination (luttes de quartier, collectifs inter-facs, entreprises en lutte, coordination des Lip, noyaux ouvriers).
Ces projets n’ont pas réussi à sortir d’une confrontation ponctuelle d’expériences de lutte, ni surtout à constituer une initiative nouvelle, L’insuffisance du débat politique y est pour quelque chose. Le manque d’information sur les luttes qui atteignent des niveaux de masse incroyable et qui ne sortent pas des murs de l’usine, comptent aussi. Prenons les luttes d’avril et juin dernier à Sochaux par exemple, Ce qui s’est passé ces quelques semaines est du niveau italien : cortège interne, dénonciation nominale par tracts syndicaux de la militarisation contre la grève, ce qui a valu à leurs auteurs l‘exclusion de la C.F.D.T., mais c’est une autre histoire !). Il faudrait que toutes les indications fondamentales qui émergent des luttes ouvrières avec netteté soient répercutées presque immédiatement. Parmi les réseaux ouvriers autonomes qui existent en France, seule la circulation continuelle, régulière de ces informations, du débat sur les objectifs, les contenus pourrait garantir qu’une coordination inter·usine ne tourne pas à la confrontation de niveaux totalement disparates. Seul ce travail préalable pourra vaincre les réticences, les méfiances qui sont le fruit d‘un lourd passé. De l’échec de l’intervention sérieuse en usine tentée par les Maos, on peut aujourd’hui tirer un bilan, repartir autrement. Notre idée est la suivante : entre le maximum de situations ouvrières où se rencontrent des groupes, des noyaux ouvriers autonomes, il faut tenter de faire ce que nous avons tenté à niveau général avec Camarades : un bulletin, un journal qu’importe, mais un instrument de débats, d’intervention de l’autonomie ouvrière qui rencontrera ensuite le mouvement des autonomes en général. Par régions, par zones, il faut mettre sur pieds des points de référence : pour résoudre en particulier des problèmes urgents.
1/ Éviter que les noyaux d’ouvriers autonomes, qui ont du mal à apparaître en tant que tels dans l‘usine, ne soient réduits au syndicat comme lieu de débat politique.
2/ Pouvoir réagir à la réorganisation productive anti-grève en accumulant des forces (rondes contre la sous-traitance pendant les grèves, travail à domicile, enquête sur l’usine diffuse, sur les bureaux d’informatique qui décentralisent la production). Dans la région parisienne, il est nécessaire d’ouvrir une expérience d’intervention précise. On fait la preuve du mouvement en marchant. Une telle initiative pourrait constituer un prolongement du regroupement qui s’opère autour de l’AG parisienne des groupes autonomes.
Mais dira-t-on, c’est le vieux projet d’intervention d‘usine qui reparaît. Non ! Car aujourd’hui, les rapports entre militants de l’autonomie extérieurs à l’usine et noyaux ouvriers autonomes n’est plus un rapport extérieur. Quand les autonomes font référence à l’autonomie ouvrière, ce n’est pas le mouvement étudiant issu de 68 qui cherchait une jonction idéologique. Aujourd’hui, la composition de classe de l’autonomie dans les quartiers, le tertiaire, l’école, c’est le travail précaire, marginal, intérimaire ; celui du jeune chômeur, travaillant à moitié au noir. C’est ce prolétariat moderne qu’on retrouve dans les occupations de maisons, dans les concerts, lors des appropriations (par exemple St Nazaire lors du procès de ceux qui avaient pillé le super-marché). Par lui passe la réorganisation de l’usine capitaliste à un niveau social. Pour la combattre l’ouvrier des grandes usines a besoin de la lutte de l’ouvrier social. Il y a entre le jeune chômeur rayé des listes de demandeurs d’emploi, et l’immigré expulsé un rapport de situation commune. C’est cette force qu’il convient d’organiser, celle qu’on retrouve dans la petite usine, dans le quartier, dans les lieux de lutte, de culture.
L’organisation à court terme d’initiatives sur la question du travail précaire dans toute son extension devrait constituer selon nous, un second axe d’intervention.
Le premier, c’est l’autonomie ouvrière, comme caractère central de la grande usine. Le second, c’est l‘autonomie prolétaire et l’ouvrier social de l’usine diffuse en col bleu et blanc. L’intervention sur le chômage devrait partir de cette composition de classe déterminée, et se retourner ensuite vers les lieux de socialisation des luttes des chômeurs (ANPE, Formation continue ou professionnelle) ; cela pour aller plus loin que les tentatives impulsées d’organisation des comités de chômeurs il y a deux ans (cf. Collectif chômage, et Comité de chômeurs 15e par exemple).
Le troisième axe et qui se confond avec une enquête sur les pôles réels d’organisation du Mouvement en France est la question du nucléaire. Quelle est la composition de classe du mouvement écologiste, de tous ceux qui se sont retrouvés à Malville ? Que veut dire ce rassemblement énorme, européen, aussi important que le mouvement étudiant dix ans auparavant ? Il y a bien sûr les attardés mentaux qui voient le problème en terme de mouvement pacifiste dans sa majorité et de petite frange dure (sous-entendu toujours la même). Mais Michalon, tué à Malville était prof de physique. Et tous les employés du tertiaire, les anciens étudiants qui se reconnaisent dans la lutte contre le nucléaire ? Et les non-violents qui se révèlent en pratique avoir parfaitement assimilé la dimension tactique de la violence contre l’État du terrorisme nucléaire ?
Alors n’est-il pas temps de se demander ce que signifie la rébellion de cette force de travail intellectuelle en grande majorité, de cette force d’invention que le capital a formé et qu’il retrouve aujourd’hui contre lui. L’autonomie c’est aussi celle de la force inventive du nouveau prolétariat qui s’organise pour briser le passage à la société nucléaire, qui invente la transition en détruisant l’état de chose présent (car le nucléaire fait déjà partie du présent). La rébellion anti-nucléaire est un signe de la maturité du communisme, de l’enterrement de la perspective socialiste de développement à tout prix des forces productives (surtout celle du capital). L’intervention des groupes sur le terrain du nucléaire peut difficilement avoir un impact puisqu’ils en sont restés au modèle de développement socialiste (du travail et de l’énergie pour tous !).
Dernier axe qui nous semble être partie intégrante de l’autonomie : l’autonomie des besoins, des désirs de vie, de confrontation, de la rupture ici et maintenant. La création multiple de lieux de mouvement qui permettent un rassemblement, sera certainement la première échéance immédiate pour les "autonomes". Les moyens peuvent être multiples. Certains camarades travaillent autour de radios libres, et cherchent à éviter que cet enjeu énorme ne devienne l’occasion, comme Libération l’a été, d’une institutionnalisation des médias. Si radios libres il y a, il faut qu’elles soient dans le mouvement, quelles puissent être utilisées comme ça été le cas en Italie par les groupes de femmes, par les jeunes prolétaires, par les "désirants", les "déviants", sans le filtrage d’un courrier des lecteurs ou des auditeurs.
D’autres moyens sont à notre portée : l’occupation de centre. Déjà à Paris par rapport à l’an dernier (et c’est parfois une conséquence de la rupture PC/PS) certaines maisons de jeunes, certains comités de quartier redeviennent des centres actifs du mouvement, et peuvent constituer autant de relais et de réseaux du mouvement. La création d’un centre de lutte, de débats, de vie de quartier à partir d’occupations peut marquer un coup d’arrêt à la répression particulièrement forte du pouvoir contre les squatt.
C’est en répondant sur ces axes dans les mois à venir que l’on pourra donner tout son sens à une coordination de groupes, ou de collectifs autonomes et dépasser la phase où l’AG parisienne des groupes autonomes est encore le fait de groupes politiques qui ne se sont pas redéfinis dans la contribution pratique qu’ils peuvent apporter à tous.




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