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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Qui sont les Autonomes ?
{Camarades}, n°6, Novembre 1977, p. 20.
Article mis en ligne le 2 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Depuis les assassinats de Stammheim, et les initiatives de l’Assemblée parisienne des Groupes Autonomes (manif de St Lazare, occupation de Libé, la mobilisation pendant les procès de Croissant, l’intervention au meeting gôchiste du 29/10), il est une question qui revient sans cesse dans tous les organes de presse, qui sont les autonomes ? Et chacun y va de sa petite analyse-hypothèse, de son petit délire journalistique. Tous essaient, avec le crétinisme atavique qu’on leur connaît, de faire cadrer leurs diverses réponses à cette question, avec les paranoïa particulières qui hantent les divers courants idéologiques qui se partagent les mass-média, de la droite la plus bête (France-Soir), à l’extrême-gauche la plus "socialiste" (Rouge), et à "Libération". Ce sont ces deux derniers qui nous intéressent le plus, étant donné, chacun à leur manière, le conditionnement qu’ils exercent sur certaines composantes potentielles du mouvement, et avec lesquelles nous ne voulons pas avoir de rapports d’antagonisme, mais un débat qui ne pourra se dérouler que sur les lieux de luttes (les quartiers, les lieux de travail, les facs, l’école). Pour "Rouge-LCR", les autonomes ont des comportements qui les situent hors du Mouvement ouvrier, et on sent qu’il leur brûle les lèvres de nous taxer de "fascistes". Pour "Libé" par contre, nous sommes des "débris", des "zombies" du gauchisme post-68, qui ont profité des événements allemands pour redonner un second souffle à des "fantasmes" d’un passé qu’ils croyaient enseveli à jamais. Et comme disait le poète, ils sont comme "l’idiot" qui, lorsque le doigt montre la lune, regarde le doigt mais pas la lune.
En effet, les "trotskystes" en sont encore à nous exclure d’un Mouvement Ouvrier, officiel, institutionnel, syndicaliste, révisionniste, groupé autour de la figure de l’ouvrier professionnel français hautement qualifié, porteur d’un projet de société "socialiste", et dont la défaite historique remonte à plusieurs dizaines d’années maintenant. "Vieille" classe ouvrière française à laquelle la restructuration productive en cours va porter des coups mortels, alors que déjà une partie importante du Mouvement révolutionnaire de la fin des années 60, né de la lutte idéologique contre le révisionnisme, et de la lutte anti-impérialiste, avait consommé sa rupture avec elle pour se recomposer autour de la figure et des luttes de l’ouvrier-masse (jeunes français et O.S.) issu des diverses phases précédentes de la restructuration capitaliste. Les Trotskystes aboient, et le mouvement est déjà passé depuis très longtemps, et a abandonné derrière lui le syndicalisme, le socialisme et le prosélytisme idéologique.
Pour "Libé",le discours est différent. mais s’enroule merveilleusement avec le précédent. A partir de 73, l‘ouvrier-masse commence à subir l’offensive restructurante du Capital, qui tente ainsi de détruire la force atteinte par celui-ci. Cette restructuration a pour but de caser le lieu même de la production, en éparpillant sur le territoire en petites unités productives. Développant ainsi l’intérim, le travail précaire et au noir, où l’on retrouve les jeunes sortant de I’école, les femmes, les immigrations récentes (Mauriciens, etc...), les marginaux, et aussi toute une partie de cette génération de militants qui s’est formée pendant les grandes luttes de l’ouvrier-masse contre le travail et la hiérarchie. Et c’est de ces derniers dont parle "Libé" en terme de "débris" du gauchisme, (sans compter que ce sont ceux-ci qui ont permis que "Libé" voit le jour politiquement et financièrement) sans s’apercevoir que leur présence dans le mouvement actuel n’est pas due à la nostalgie d’un passé mythique, mais à leur composition de classe, c’est pourquoi nous assistons aujourd’hui non seulement à une recomposition du Mouvement révolutionnaire, mais aussi à une recomposition de classe autour de la figure de l’ouvrier social.
Mais ce qui est fondamental ce sont les comportements de ce nouveau sujet politique de classe, ce sont les niveaux d’illégalité quotidienne qu’implique son mode d’existence, et c’est aujourd’hui la massification de ce comportement dans toute une partie de la jeunesse. Ce sont les occupations de maisons pour ne pas payer de loyers, les autoréductions, la fraude dans les transports publics, la fauche dans les magasins, les réappropriations, les entrées aux concerts et dans les cinémas sans payer (dans certains cinémas du Quartier Latin, plusieurs dizaines de personnes par jour oublient de s’arrêter aux caisses), les sorties précipitées des restaurants au moment de l’addition, etc... L’autonomie revendique ces comportements comme internes à la classe, et expressions du besoin de communisme tous les actes de révolte individuelle ou collective.
Et c’est dans ces termes de recomposition du Mouvement Révolutionnaire et de recomposition de classe, que l’on peut commencer à répondre à la question : qui sont les autonomes ? Et non en termes de "zombies" ou de "mutants" gauchistes, car l’histoire ne se répète jamais deux fois, sinon en farce, et aujourd’hui les choses sont plus sérieuses, il s’agit du besoin de communisme, et de la lutte contre l’État et le Capital.




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