Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Éditorial
{Camarades}, n°4/5, Juin 1977, p. 1.
Article mis en ligne le 18 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Nous avions préparé un numéro 4 qui restait substantiellement sur la lancée des trois précé­dents. Une série d’événements importants nous a contraints à revoir totalement la structure et l’équi­libre de ce numéro. Trois séries d’événements de nature et de portée bien différentes, mais qui ont tous trois le même résultat pour nous : la nécessité de dépasser rapidement la formule de la revue pour arriver à exprimer et à organiser un point de vue politique sans pour cela renoncer à fournir des éléments de réflexion et de discussion les plus larges possibles.
Trois séries d’événements, tous trois exemplaires en leur genre, qui ont été par ordre chronolo­gique :
1) Une crise de fonctionnement des structures du Collectif qui s’occupait de fait de la revue dans son rapport à une Assemblée Générale très informelle. Les camarades qui se sentaient impliqués par la revue se sont rencontrés au cours d’un stage. La décision de mettre en place un lieu de débats et d’initiatives pour des collectifs d’intervention s’est traduite par la prise d’un local dont le fonction­nement sera pour nous un test important. Tout cela impliquera la délimitation d’un cadre plus collec­tif et plut précis que par le passé. Le rôle de la revue (sa forme, son contenu, son rôle d’appui à des initiatives militantes) sera certainement redéfini. Problèmes internes, dira-t-on, qui n’intéressent les lecteurs de "Camarade" que dans la mesure où ils recoupent une expérience que font d’autres camarades dans le mouvement. Problèmes qui ont toutefois une répercussion financière immédiate. Pour nous le local justifie que ce numéro 4 soit un peu moins fourni et donc moins cher à réaliser).
2) L’évolution de la situation politique qui se tend à vue d’œil. D’un côté cette inéxorable poussée de la Gauche dont les municipales ont été la traduction. De l’autre une diffusion, une âpreté des conflits Jamais vues depuis 1967, alors même que la droite n’a pas encore fait passer dans les faits cette offensive frontale qu’elle vient d’annoncer contre les bastions traditionnels de la classe ouvrière (cf. dockers, sidérurgie, aéronautique). La situation parait si grave qu’on a assisté au renverse­ment de position des socialistes sur la question des élections anticipées. Alors que Bergeron préve­nait le gouvernement que la reconstitution d’un front syndical commun avec l’échec des re­nouvellements des contrats de progrès, pouvait préluder à une explosion incontrôlable, Mitterrand se convertissait à la position de Chirac de septembre 76, sur des élections anticipées : traduisez, aujourd’hui encore, la gauche sera en cas de victoire capable de contrôler la situation. Dans un an, avec les luttes violentes qui s’annoncent autour du second plan Barre, et que les syndicats et le PC seront contraints de suivre, à moins de scier la branche sur laquelle ils sont assis, la victoire de la Gauche pourrait bien se transformer en raz-de-marée incontrôlable. On ne refait pas deux fois le Front Populaire. Mitterrand, vieux et habile comédien, n’a guère de goût pour la tragédie I
3) La troisième série de faits concerne l’apparition de pratiques de lutte armée sur le "front inté­rieur français" (et non plus sur les luttes de libérations nationales). Des membres de la revue ont été perquisitionnés et interrogés, et relâchés, dans le cadre de l’affaire Tramoni et de Flins. Il est ap­paru urgent pour nous de prendre une position collective sur ces événements. De deux façons : 1) en présentant les documents politiques des groupes qui ont revendiqué ces actions, tels qu’ils éma­nent des communiqués parus dans la presse. Quelque soit notre accord ou désaccord, nous estimons indispensable de fournir des éléments de jugement. Nous l’avons dit à propos d’actions similaires intervenues à l’étranger. Nous le répétons ici. Le débat révolutionnaire ne peut s’instaurer correcte­ment que sur ces bases, et non sur des bouts de citations tronqués, montés, et entrecoupés de suppo­sitions, de jugements, etc. Cette critique s’adresse à l’ensemble de presse révolutionnaire qui en ces occasions bat les grands journaux bourgeois. 2) en présentant le jugement politique que nous portons sur ces événements. Surtout pour soulever un débat autour du véritable problème qui se trouve ainsi posé.
Un mot pour terminer sur la répression. La presse bourgeoise à présenté "Camarades" comme la revue des "maos". L’"Humanité" a quant à elle, n’a pas hésité à écrire que sept "suspects" de la revue avaient été relâchés. Depuis quand des interpellés dans le cadre de la procédure de flagrant délit qui donne à l’Etat des pouvoirs illimités sont-ils des suspects. L’"Humanité" parle de garanties des libertés à tous propos, mais reproduit le pire discours de "l’Aurore" ou de "France-Soir", selon lequel témoin égale suspect, et prévenu égale coupable présumé. Bravo !
Donc "Camarades" a été présenté comme un "mensuel gauchiste", comme la revue des "maos". Sous-entendez : cherchez-y les quartiers généraux de la subversion. Ce serait nous faire beaucoup d’honneur ! Cela dît à tous les camarades du mouvement que la police a emprisonnés notre solidarité militante. Mao ou pas Mao, là n’est pas le problème. Ce genre de référence ne nous intéresse pas. Militants révolutionnaires de l’autonomie ouvrière, décidés à œuvrer dans le sens d’une alternative à l’Union de la Gauche, ou pas, tel est le seul critère sur lequel doit se fonder le défense du mouvement révolutionnaire.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53