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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’autonomie, le PCI et le nouveau prolétariat
{Camarades}, n°4/5, Juin 1977, p. 9-10.
Article mis en ligne le 18 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Lama en 77 n’a pas réussi ce que Séguy avait réussi à obtenir en 68 à Paris. Il n’a pas réussi à obtenir que le nouveau mouvement prolétaire désarme, accepte de rentrer dans le système pour être représente par les forces "de gau­che". Ce qui est arrive à Rome est un fait intéressant, nouveau, politiquement central- Lama ne pouvait donc pas répéter l’opération de Séguy. Premièrement parce que Le PCI a démontré dans les années précédentes une cécité si profonde que même un anticommuniste délirant aurait pu se sentir autorisé à se reconnaître. Il a parlé de tout : du nouveau sabbat des marginaux, de la nuit de Walpurgis... Mais de tels débats à consonnance goethienne pouvaient aller entre Saragati et Togliati. Modernisez-vous, camarades du PCI, la stupidité peut être moins grossière ! Le fait est que le PCI ne possède même pas la terminologie pour com­prendre des phénomènes nouveaux. Deuxièmement, le PCI a pensé que son choix pour le bloc historique entre l’indus­trie et la classe ouvrière des grandes usines était vainqueur. Il a plaqué sur cette hypothèse le compromis historique, au moment même où le capital multinational choisissait la voie de la diffusion du travail, la marginalisation du nou­veau "travail productif" (Le travail au noir, le travail diffus, tertiarisé, administratif, etc,) et assumait cette voie comme une voie fondamentale sinon exclusive. Dans ce cas, La stu­pidité s’est accompagnée d’un manque d’analyse et d’une erreur politique. Comment se pourrait-il que des gens qui font des erreurs d’analyse aussi grossières (Berlinguer, Amendola, Napolitano, etc.) prétendent à la direction ou­vrière italienne ? Troisièmement : la structure du PCI le rend aujourd’hui incapable structurellement de recueillir le nouveau, le créatif de la situation de classe. Son histoire est un vide liturgique de dates électorales. La nôtre, l’his­toire de l’autonomie, c’est l’occupation de Mirafiori en 73, San Basilio en 74, l’avril 75 à Milan et les luttes des chô­meurs à Naples, la diffusion du mouvement de la jeunesse en 76 et la radicalisation de celui des femmes. C’est finalement, en 77 la reprise des luttes autonomes dans l’usine non plus sur un terrain défensif, mais à l’attaque. Où était le PCI dans toutes ces occasions ? Toujours dehors et pas ail­leurs. Stupidité, erreur d’analyse, de prospective, s’accumu­lent avec la chute d’une qualité que dans les années 50 les cadres du PCI possédaient encore : être là où se trouvent les luttes. Aujourd’hui il n’en est rien. La bureaucratie du PCI, nous l’avons toujours eu contre nous, le cadre de base nous avons désappris à le trouver dans la rue. Dommage, mais c’est ainsi. Désormais ils se servent de stéréotypes fasciste et bourgeois contre les prolétaires, ils participent à la restructuration capitaliste comme les mouches du coche de la réaction.
Lama ne pouvait donc pas répéter l’opération de Sé­guy. Il ne le pouvait pas parce que le PCI - en tant qu’or­ganisation - est dans la restructuration capitaliste jusqu’au cou, en est tout enveloppé. Les conditions de son existence comme parti dépendent de la restructuration et de la reproduction du capital. Le PCI n’est plus un parti indépendant du prolétariat qui se trompe de ligne ou qui a - comme il a - des dirigeants stupides : Le PCI est un parti de la bour­geoisie restructurée.
Les journées de Rome ont mis à jour tout cela. Les ca­marades de Rome accusés par toute la presse d’être des idiots désespérés ont démontré toute la force de l’intelli­gence que la classe ouvrière mérite. Les camarades de la faculté de Rome sont des camarades qui ont compris toute la centralité du mouvement, Les autonomes romains sont et restent la pointe de diamant de l’organisation.
Mais les journées de Rome ont démontré une autre chose, fondamentale et inévitable pour nous. Que le travail d’organisation, que les morts et les camarades incarcé­rés de toutes ces années terribles ont vaincu. Et que cette victoire de masse et d’organisation doit être rénovée en terme d’organisation et de proposition politique encore plus avancée.
Notre organisation, l’organisation de l’autonomie, nous l’avons apprise et commencée à la construire ces dernières années. Son point central tient dans la reconnaissance que la centralité ouvrière se construit aujourd’hui dans le rap­port qui lie le ghetto à l’usine, à la métropole. Au centre du procès d’organisation doit être mis, comme nous l’avons mis, l’affirmation scientifique selon laquelle le travail pro­ductif est désormais étendu à l’usine sociale tout entière, que le jeune chômeur incorpore désormais une énorme quantité de savoir sur son travail potentiel, qu’il n’existe pas de différence qualitative entre jeune chômeur et les strates du travail technique et tertiaire. Il n’est pas vrai qu’en Italie la base productive aille en diminuant : la base productive s’élargit d’autant plus que la force travail devient socialement condition de la production. Ne pas payer cette énorme force sociale de travail productif est ce que le PCI et la bourgeoisie voulaient faire : notre lutte est l’imposition de la reconnaissance que nous, prolétaires, constituons glo­balement la nouvelle base productive. Nous ne sommes pas des marginaux : nous sommes des ouvriers, des travailleurs avec une potentialité productive extrêmement haute. Notre refus du travail salarié est l’expression de notre très haute valeur comme force productive. Les rapports de produc­tion, surtout ceux restructurés et révises par le PCI, dégoûtent parce qu’ils sont dans la plus antagoniste contradiction avec la nouvelle réalité de la force productive. L’organisation est la reconnaissance de cette réalité. Quand "les rondes" recomposent dans les quartiers, sur le territoire métropolitain les jeunes prolétaires et tout le travail précai­re social, les ouvriers des grandes usines et les ménagères ouvrières de la maison, quand elles punissent les heures supplémentaires dans les usines petites et grandes et l’or­ganisation du travail au noir, de l’exploitation submergée, quand elles attaquent le système étatique de contrôle ter­ritorial sur la vie et la reproduction de la classe ouvrière, etc., eh bien, quand tout cela arrive la "ronde prolétaire" est un très haut moment d’organisation de classe. Elle est ensemble du contre-pouvoir en acte, force connaissante en ce qu’elle poursuit l’enquête, et fait organisationnel termes propres, en ce quelle aggrège positivement des couches de classes qui ont la nécessité de s’unir. La ronde ouvrière et prolétaire est le nouveau moyen de faire de la politique qui, se fait nouveau moyen de faire l’organisation. C’est la garde rouge en chaussures de tennis qui parcourt le terri­toire du patron et punit l’ennemi en recomposant la classe. Quand les rondes se coordonnent ensemble un nouveau pas en avant dans l’organisation est accompli : de l’aire de l’au­tonomie au mouvement de l’autonomie ce passage s’effec­tue à travers la capacité de porter toujours plus en avant en termes de centralisation la coordination des rondes, des premiers moments pratiques de ré-aggrégation de la force projétaire. Les rondes prolétaires sont aujourd’hui ce qu’étaient en 68 les comités de base, à savoir la forme ex­pansive du procès organisationneI adéquate à la nécessité de la lutte contre le capital social.
Lama n’a pas réussi à obtenir ce que Séguy avait obtenu en 68. Est-ce à dire que 68 est termine ? Oui, car aujour­d’hui le prolétariat italien commence à vaincre, sans compli­ment de l’adversaire, soulevant au contraire sa haine la plus terrible. La lutte sera dure, mais notre force est grande.

(extraits traduits du journal "Rosso")




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