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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Conflit chez Gaillard
{Camarades}, n°4/5, Juin 1977, p. 22.
Article mis en ligne le 22 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Extrait du Bulletin des Travailleurs Mauriciens No 3

Le havre

Depuis un an, la Fédération des Mau­riciens du Havre qui regroupe 3 des 4 as­sociations mauriciennes existantes est affiliée au M.T.M.
Nous avons connu les responsables de la Fédération lors des régularisations de janvier 76. Dix "sans-papiers" étaient concernés.
Mais nos camarades du Havre ont d’autres problèmes que celui de la ré­gularisation. Venus avec des contrats dés 70-71, une centaine de travailleurs se prépare à refuser des licenciements chez Gaillard. Leur lutte est commencée depuis octobre 1976. Une assemblée a permis de discuter avec les travailleurs de Caillard, le 16 janvier. Les épouses qui les ont rejoint ces dernières années ne peuvent pas obtenir de carte de travail. Si elles veulent travailler elles ne peuvent le faire que comme leurs sœurs "sans- papiers" arrivées après le 1er avril 1974 : c’est-à-dire, travail au noir.

PAS D’AUTORISATION DE TRAVAIL FOUR LES FEMMES, NI AU HAVRE, NI A ROUEN

Ces femmes sont arrivées, régulière­ment, par l’ONI. Elles rejoignaient leurs époux embauchés à l’Ile Maurice par "Caillard". Elles ont une carte de séjour.
Certaines font des ménages, car la vie en France est difficile. Mais le service départemental de la main-d’œuvre a refusé de leur délivrer une carte de travail. L’agence pour remploi refuse également de leur procurer du travail. Naturelle­ment, nos sœurs mauriciennes pour ar­rondir les fins de mois n’ont qu’un re­cours : travailler au noir. N’est-ce pas ce qui coûta le moins à une famille bour­geoise ?

SITUATION DES MAURICIENS CHEZ "CAILLARD" EN LUTTE AVEC LEURS CAMARADES FRANÇAIS ET IMMIGRES CONTRE LA POLITIQUE DE LICENCIEMENT DE L’ENTREPRISE

Gaillard, deux usines, neuf cents per­sonnes dont cent Mauriciens. La division 1 (usine de fabrication de matériel de levage - grues, etc.). La division 2 (usine de réparation navale). Comme il y aune crise mondiale de la construction na­vale. Caillard s’efforce depuis 2 ans de récupérer les principaux avantages gagnés par les travailleurs. Mais les travailleurs refusent de baisser les bras. Ainsi, fin 76, prétextant une baisse de travail et un manque de commandes, l’entreprise renvoie les travailleurs à la maison. C’est la "soupe". Les travailleurs aiment bien la "soupe". Avant ils faisaient 42 h 50 en 6 six jours. Ils ont perdu 2 h 50, sans indemnités, mais après grèves et goslows ils ont gagné les 40 h. Travail ou pas, ils sont payés 40 heures.
40 heures, les travailleurs mauriciens y ont pris goût. Ils refusent d’en faire plus. Rares sont les gars qui acceptent de faire des heures supplémentaires. On est uni pour l’imposer. La direction em­bauche des intérimaires. Octobre 76, la direction décida une offensive contre les ouvriers. Elle annonce à grand fracas un plan de restructuration qui prévoit 96 licenciements. Réaction immédiate des travailleurs : assemblées générales. Sur­prise des Mauriciens, un courant d’ou­vriers racistes accepte le plan de la di­rection faisant valoir que les Mauriciens doivent être licenciés.
Les camarades de la Fédération ap­pellent les Mauriciens à se réunir. Le dé­bat entre eux va leur permettre de trou­ver les arguments pour lutter contre le courant raciste qui menace de briser l’unité entre les étrangers et les Français. "Nous ne sommes pas venus voler du travail aux Français : c’est Caillard qui est venu à l’Ile Maurice nous chercher." "Un conducteur de travaux et un ingé­nieur de chez Caillard nous ont testés, examinés, recrutés. L’ONI nous a adressé des contrats et Caillard a payé notre voyage".
Deuxième argument : si les Mauriciens sont licenciés que vont-ils devenir. Ils sont les moins armés. "Notre carte de travail nous interdit de chercher du tra­vail dans une autre région que la Seine-Maritime. Notre carte nous oblige à une seule qualification". "Nous ne pourrons pas bénéficier du chômage parce que nous sommes étrangers. Si on ne trouve pas du travail, la préfecture va nous reti­rer nos cartes de séjour et de travail".
3ème argument : que ferons-nous de notre famille à 14 000 km de chez nous. Nos femmes n’ont pas le droit de travailler.
Ces arguments élaborés par les Mau­riciens eux-mêmes ont été compris par l’ensemble des travailleurs. C’est Caillard le responsable, c’est à lui de payer. Pas question d’accepter un seul licenciement. L’unité était rétablie. Les nombreux débrayages décidés avec la CGT ont montré la force du mouvement. Et la direction a reculé. Aujourd’hui elle exige le départ de 17 personnes dont un Mauricien, Noël Rufique. La lutte continue.




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