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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Enquête sur le logement
{Camarades}, n°4/5, Juin 1977, p. 23.
Article mis en ligne le 22 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Le M.T.M. (Mouvement des travailleurs mauriciens) vient de remettre à la presse un document "sur les condi­tions de logements des Mauriciens à Paris, actuellement sans-papiers". Ce document permet de se rendre compte de la surexploitation de cette catégorie de travailleurs. La lutte qu’ils mènent depuis des mois pour faire régulariser leur situation à l’intérieur du marché clandestin du travail face à des employeurs illégaux, sans scrupules, et face à l’encerclement policier qui de semaine en semaine construit leur ghetto, leur lutte a permis de repérer les mécanismes ténus de l’institutionnalisation des sans-papiers dans notre société. Le refus obstiné de Dijoud correspond à la volonté de voir se répandre dans les secteurs du travail domestique, de la restauration, de l’hôtellerie, du nettoyage et du prêt-à-porter une main-d’œuvre étrangère qu’aucune dis­position juridique ne protège.
Aujourd’hui, la commission-logement du MTM, grâce à une enquête auprès de 225 Mauriciens pour la plupart des sans-papiers résidant à Paris, réussit à chiffrer un aspect de l’intolérable sort que leur impose leur situation de sans-papiers : celui du logement,
Cette enquête fait suite aux incendies criminels qui ont détruit plusieurs hôtels accueillant les travailleurs immigrés, l’été dernier. Un nombre impressionnant depuis 1972 de travailleurs mauriciens a séjourné dans l’hôtel de Paris, rue des Petites-Écuries, détruit fin juillet. Cet hôtel était un des rares hôtels parisiens du 10e arrondissement qui autorisait les travailleurs immigrés à cuisiner dans leur chambre.
Plusieurs Mauriciens ont été gravement blessés dans l’in­cendie de l’hôtel de Paris. M. Mahmoud Dookee est mort de ses brûlures trois mois plus tard. Obligés de quitter les hô­tels, les Mauriciens n’ont eu le choix qu’entre trouver un atelier où coucher, comme chez Sookun, ou chez Avryl, ou se réfugier dans les chambres de bonne, sous les toits de la capitale. L’enquête du MTM a porté sur les Mauriciens sans papiers qui s’entassent au 7e étage des immeubles bour­geois des beaux quartiers, ou sous les toits des îlots voués à la démolition dans le 10e arrondissement.
Dire que les "sans-papiers" sont mal-logés est un lieu commun. Le document du MTM montre que les mal­-logés sans-papiers résident sur les m2 les plus chers de la capitale, compte tenu de l’absence de confort des loge­ments. Ainsi 53 travailleurs partagent 196 m2 de logements pour un loyer global de 9 960 F. Le mètre moyen loué aux sans-papiers mauriciens s’élève à 51 F.
51 F par m2 pour vivre 1 fois sur 5 sans eau, 2 fois sur 3 sans gaz, 6 fois sur 10 sans chauffage, 7 fois sur 10 sans WC I Voilà Les premières constatations. Cette enquête porte sur 99 logements parisiens. 3 logements sont éclairés aux bougies, 12 n’ont que l’eau froide (soit 17 % des logements alimentés en eau), 36 logements ont un évier et un lavabo, 31 un lavabo, 1 un évier. Si l’on veut se doucher ou prendre un bain, c’est à l’hôtel qu’il faut s’installer. 10 % des cham­bres occupées sont des chambres d’hôtel où les travailleurs vivent depuis plus de 18 mois.
La question du chauffage est celle qui touche le plus cruellement ces travailleurs venus d’une région du globe où la température ne descend pas au-dessous de 16°.
L’étude des loyers de ces 99 logements montre que plus le local d’habitation est petit, plus élevé sera le loyer : 36 m2 valent 300 F à un couple, 20 m2, 300 F, 12 m2, 470 F, 9 m2, 450 F, 7 m2, 540 F. Ce sont les locaux de moins de 6 m2 qui offrent les loyers les plus fous où le m2 revient à 100 F. Naturellement la moitié des logements sont loués sans quittances. Et la totalité des quittances dé­livrées à des Mauriciens est fausse. Rue de Tlemcen, par exemple, les Mauriciens paient le double de la somme indi­quée par leur logeur sur les quittances : ils lui donnent 250 F pour une quittance de 112 F. Récemment les Mauri­ciens ont refusé l’augmentation de 50 F. Mais le "bon­homme", un cafetier de St-Denis (93) les a menacés de signaler leur présence à la police. Les Mauriciens ont dé­ménagé, filant à l’anglaise. Mais ce sont des Mauriciens venus de Londres que le bonhomme a choisi de prendre pour les remplacer. Ils paient 300 F pour 3 m2, sans fe­nêtre, simple vasistas, dans lesquels il n’est pats possible de se tenir debout à cause de la pente du toit.
Les 2/3 des logements sur lesquels porte cette enquête font moins de 10 m2. 59 % des Mauriciens sans-papiers y vi­vent ; 23 % entre 10 m2 et 14 m2 ; 29 % entre 8 et 6 m2 ; 7 % dans moins de 6 m2.
Aucun de ces logements ne dépasse les 36 m2.
Parmi les 225 Mauriciens de l’enquête, 125 partagent des chambres de bonne ou une pièce. 22 sont à l’hôtel. 57 partagent des 2/3 pièces minuscules, 14 sont dans 7 studios.
"Nous vivons dans des trous comme des rats", a décla­ré Antoine. L’atelier clandestin c’est là où on est le plus en sécurité, avait déjà affirmé Premdéo. Entre ces trous à rats et l’atelier où on se crève 11 heures d’affilée, depuis juillet 76 s’est dressée l’accueillante silhouette des hommes du ministère de l’Intérieur, des fois qu’il viendrait aux sans-papiers mauriciens de mauvaises pensées...




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