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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La vie du grand chef du communisme italien…
{Le Réveil Communiste}, n°2, Janvier 1928.
Article mis en ligne le 28 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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C’est là un nom que personne n’ignore dans l’Internationale, qui n’est plus malheureusement communiste, un nom que personne n’ignore parmi les prolétaires italiens. C’est là un nom qui a retenti dans bien des congrès communistes Les prolétaires de France en ont entendu la voix puissante au Congrès de Marseille du P.C.F. en 1921. Fondateur de la fraction abstentionniste (antiparlementariste) au sein du Parti Socialiste Italien, il jeta les bases d’un véritable programme communiste, en opposant la ligne du matérialisme historique, de la tactique révolutionnaire et marxiste, au Barnumisme (comme il se plaisait de l’appeler en souvenir de l’université fondée par Barnum dans les U.S.A., synonyme de confusionnisme) du maximalisme italien, mélange de socialisme enfantin et démagogique, qui aboutit, en 1921, au pacte de pacification avec les fascistes.
C’est à lui et à sa fraction qu’appartient le mérite de la fondation du P.C.I. C’est par son programme, sa ligne impeccable de révolutionnaire marxiste, par son action qu’une partie du P.C.I. put se rendre compte de la nécessité d’un parti véritablement révolutionnaire. Et ce parti fut créé lors de la scission de Livourne, où les sentimentalistes du P.C.I. s’accrochaient désespérément à la tradition pour sauver l’unité de leur parti, c’est-à-dire Serrati et Costantino Lazzari, socialistes de bonne foi, mais au fond réformistes avérés qui ont énormément contribué à la défaite de 1922. Ce parti communiste a fait tout ce qui était dans ses moyens de faire pour contrecarrer l’action défaitiste du réformisme et du maximalisme italiens et ce n’est pas de sa faute, et ce n’est pas de la faute de son chef, Bordiga, si le rapport des forces s’est révélé une fois de plus favorable à la bourgeoisie. La faute en est à ces éléments réformistes et maximalistes qui, en bonne ou en mauvaise foi, ont fait tout leur possible pour que le capitalisme italien put l’emporter sur l’élan héroïque du prolétariat. On a cherché ici, comme en Russie, de refaire l’histoire. Quand la bolchévisation a gagné les rangs de la Comintern., quand on en a chassé ou mis de côté tous les meilleurs révolutionnaires, le camarade Bordiga a été l’objet d’une campagne de calomnie et de dénigration. Nous avons entendu par la bouche de Sémard, ce ridicule pantin du Stalinisme en France, à une conférence d’information du P.C.F., les odieuses accusations que les bolchévisateurs italiens, les ordinovistes, ont répandues contre notre "incorruptible". Et si la campagne infâme s’est arrêtée, si le camarade Bordiga n’a pas été chassé de la Comintern, cela a été dû à son emprisonnement.
On a feint de ne pas s’apercevoir qu’il était là toujours, attendant le jour de la délivrance pour revenir dans le champ de la lutte révolutionnaire, pour combattre sans quartier contre tous les opportunistes. Il ne sera pas inutile de rappeler ici que lors de la capitulation Trotzky-Zinoview, en automne 1927, ces derniers désavouèrent Bordiga en même temps que Korsch, comme des éléments qui n’étaient pas sur le terrain théorique du Léninisme et de la Comintern. C’était le moment où Bordiga allait entrer dans le silence. Il n’est pas inutile non plus de remarquer ici que les soi-disant Bordighistes ou Perronistes, qui se sont détachés de notre groupe en juillet 1927, se sont laissés remorquer par ces mêmes éléments politiques qui avaient désavoué Bordiga en automne 1926. Le fait du désaveu complet du Bordighisme en 1926 par l’opposition russe, désaveu imposé par les Staliniens, nous prouve que si Bordiga n’est pas formellement en dehors de la Comintern, il l’est dans le fait, car il n’est pas sur le terrain théorique du Léninisme, c’est-à-dire du néo-Léninisme.
Mais il est dans le silence. La bourgeoisie italienne qui voyait en lui un ennemi puissant, l’esprit qui, seul parmi les dirigeants actuels du prolétariat italien, pouvait montrer le droit chemin de la révolution et de la victoire à la classe ouvrière, en a fait un otage en l’envoyant au domicile forcé et contenté les Stalinistes enragés qui montraient en lui, comme d’ordinaire, l’ennemi du prolétariat.
Elle l’avait bien connu, lors de la lutte acharnée entre le prolétariat d’une part et les chemises noires, gendarmes, policiers, magistrature de l’autre ; elle l’a connu complètement, lors du procès de Rome, après l’avènement du fascisme. Le tribun fougueux, le dialecticien impeccable, le révolutionnaire indomptable, toute la figure de géant de la pensée marxiste ont parus à ce moment-là aux yeux des bourgeois qui ont connu les heures de panique pendant les années rouges. Mais alors on l’a lâché, car on craignait encore que la vague d’indignation ne brisât les chaînes de la réaction. On l’avait bien connu pourtant et on s’en rappellerait plus tard.
Le camarade Bordiga, insulté par les Stalinistes, presqu’isolé à Naples, était menacé déjà, avant son arrestation, dans sa vie. Un camarade qui est aujourd’hui, lui aussi, au domicile forcé, nous l’avait dit : "La vie de notre chef est menacée".
Mais Bordiga, qui avait été invité à venir à l’étranger, où il aurait pu mieux sauvegarder son existence précieuse au prolétariat international, n’a pas voulu quitter l’Italie, il n’a pas voulu quitter son poste. Il était seul, il savait bien qu’au moment donné il serait tombé aux mains de l’ennemi ; mais il n’a pas voulu quitter le prolétariat italien en ce moment de désespoir pour donner l’exemple. Il n’a pas demandé du secours à personne, ni au parti, ni à ces camarades de foi.
C’est ainsi que le jeu de la politique bourgeoise en Italie a marché en plein accord avec le jeu de la politique du Kulakisme russe.
Mais la bourgeoisie italienne, si elle gardait l’otage, n’oubliait pas l’avenir et le fascisme italien a beaucoup appris de la social-démocratie allemande. C’est en effet en tuant les deux grands chefs de la révolution en Allemagne, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, que les Noske et les Scheidemann ont rendu le meilleur service à leur bourgeoisie. Et Mussolini, ce sale serviteur du capitalisme italien, dont toute l’intelligence est dans sa trahison et ses vils séides, songe en ce moment de rendre le même service à sa bourgeoisie.
C’est ainsi qu’on a monté le complot de l’évasion et qu’on a traduit notre camarade du domicile forcé de l’Ustica à la prison de Palerme.
Les bolchévisateurs se sont aujourd’hui rappelé du camarade Bordiga pour en faire une spéculation, de l’homme qu’ils ont déjà calomnié devant le prolétariat international. Nous contestons aux Cachin et à tous les patrocinateurs de la cause Koulakiste en France de salir le nom du grand internationaliste Bordiga. Ce ne sont pas les amis de la patrie bourgeoise qui pourraient défendre ce grand révolutionnaire.
Que fera-t-il, le prolétarien italien, vis-à-vis de cette tentative d’assassinat de son chef révolutionnaire ? Que feront les véritables communistes dans le monde entier ?
Les masses italiennes sont brimées et garrottées, et tout en conservant leur esprit révolutionnaire, gémissent dans la plus dure oppression. Sur le terrain international, les bons révolutionnaires sont très peu et leur volonté ne suffit pas pour sauver le chef de la révolution italienne.
La bourgeoisie d’Italie osera-t-elle le frapper de la peine capitale ? Amadée Bordiga est-il destiné à finir sous les coups des tortionnaires fascistes ? Sera-t-il un grand martyr, ainsi que Rosa et Karl ? Nous ne voulons pas répondre à cette question, pour nous pleine de tourment. Mais ce que nous savons bien, c’est qu’il ne tomberait pas inutilement et qu’il y a des hommes et des forces qui sauraient le venger : ses disciples et le prolétariat international italien et international.

P.S. :

Ce texte a été à l’origine republié par François Bochet dans sa revue (Dis)continuité. Pour tout contact : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac




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