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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’héritage trotskiste
{Le Réveil Communiste}, n°3, Février-Mars 1928.
Article mis en ligne le 28 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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Trotzky est parti avec les autres camarades de l’opposition russe, Rakowsky, Radek, Preobangesky, Séhébriakov, Vouyovitch, Sapronow, Smirnov, Smilga, etc. comme au temps du Tzar, et il a laissé, paraît-il, un héritage : deux documents massue (c’est ainsi que la presse bolchévisatrice s’est plu de les appeler), qui ont un peu soulevé la discorde dans le camp des oppositeurs à la russe. Il paraît que L’Humanité, more solito, a reproduit à sa façon ces deux documents, qui auraient déjà parus dans la Prawda, qui naturellement aurait pu, elle aussi, les falsifier étant donné son art de dénaturer les textes. Souvarine, qui n’est pas content de sa part d’héritage qu’on lui a attribué dans les deux documents, affirme que "les indications données sur les différents groupes d’opposition hors de Russie sont toujours erronées sans exception". Le groupe Paz et Loriot dans Contre le Courant, dont la part d’héritage paraît être la plus relevante, n’est pas du tout d’accord avec le "surprenant communiqué que Souvarine a passé avec la presse". Il affirme, tout en faisant des réserves sur les détails, que les deux documents parus sur la Prawda, donnent des indications qui sont peut-être de nature à ne pas satisfaire tout le monde, mais qui dans l’ensemble peuvent exprimer la pensée de nos camarades de l’opposition. Le groupe Treint-Giraud, le binome de la bolchévisation zinoviewienne en France, n’est pas du tout satisfait, et pour cause, de sa part, et se limite à affirmer dans l’Unité Léniniste qu’il n’y a pas de "fraction trotskiste, mais une opposition léniniste", et que le "camarade Safarof, le chef des enragés de Léningrad (zinoviewiste) n’a pas capitulé". Il publie par conséquent ces "textes douteux" de la Prawda en faisant toutes réserves.
On voit donc clairement de ces attitudes différentes que nous ne nous trouvons pas en présence d’un crescendo de l’idylle entre les différents courants de l’opposition à la remorque des événements russes, mais plutôt en présence d’un aigrissement de rapports entre ces courants et au début d’une liquidation presque totale de cette opposition opportuniste. Il est clair désormais que l’ancien différend Loriot-Souvarine n’est pas si facilement surmontable et que Treint se tient attaché à l’opposition par le tel Safarof. Il est évident que le manque d’homogénéité politique entre les différents groupements oppositionnels, leur insuffisance idéologique ne permettront pas dans le temps à venir la constitution d’une véritable fraction communiste qui puisse contrebalancer sur le terrain de la lutte révolutionnaire l’influence désastreuse de l’opportunisme contre-révolutionnaire du Stalinisme.
La lutte qui commence à se dessiner autour de l’héritage des oppositionnels russes en est une preuve manifeste. Ce qui ressort nettement de l’actuelle situation, c’est le fait que le groupe Maslow-Fischer va capituler ainsi que le groupe Zinoview-Kamenew et que, du moins en Allemagne, la clarification de fait ne subira pas de délais. Et si cette clarification retardera de quelque temps en France, elle aura lieu aussi, même si plus lentement.
Nous nous trouvons en présence d’un processus de décomposition du Comintern, processus qui fixe d’une part le caractère social-démocratique et même réactionnaire de sa forme organisatoire, et de l’autre révèle l’impuissance de ces éléments léninistes, soit à régénérer un organisme définitivement liquidé au point de vue révolutionnaire, soit à donner vie à une nouvelle forme politique de la lutte révolutionnaire du prolétariat international. Nous avons déjà examiné ailleurs les causes de cette décomposition et de cette impuissance des éléments contenus dans le Comintern, et nous regrettons seulement que le processus de régénération de la lutte révolutionnaire marche très lentement et qu’il n’ait pas encore une ligne de caractère international. Nous ne doutons pas d’ailleurs qu’il ne se développera comme une réaction dialectique à cette décomposition du vieil organisme dégénéré et qu’il se précisera dans la prochaine phase de la lutte des classes. Que, si cela ne se réalisait pas, si le prolétariat n’était pas capable de donner à l’histoire de son mouvement de nouvelles forces révolutionnaires, nous devrions dire que nous nous sommes trompés dans l’estimation dialectique du mouvement historique. Ce qui est impossible, sauf nier l’histoire elle-même et tout son devenir.

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Quel est donc le contenu substantiel de cet héritage du « centre trotskiste », autour duquel va s’allumer la lutte entre les oppositionnels de tous les partis ?
Dans le premier des deux documents, parus déjà dans Contre le Courant, n°7, 22 janvier 1928, d’abord, et dans l’Unité Léniniste, n° 7, 26 janvier 1928, après les appréciations différentes sur les groupements oppositionnels du Comintern, au point 15 il est dit :

"M … et F … (sans doute Maslow et Fischer de l’opposition allemande) pensent, paraît-il, que nous sommes contre la scission à cause des conditions spécifiques de l’U.R.S.S. Ce n’est pas exact. Nous sommes contre le deuxième parti et contre la IVème Internationale d’une manière irréconciliable, et cela dans l’intérêt même du bolchevisme international. De même nous apprécions les conditions spécifiques de l’U.R.S.S. du point de vue international. Du point de vue de la classe ouvrière internationale dans son ensemble, l’opposition serait réduite à l’état désespéré d’une secte si elle permettait qu’on la poussât sur la position de la IVème Internationale, contre tout ce qui est attaché à l’U.R.S.S. et au Comintern. Il s’agit de conquérir le Comintern. Le désaccord est assez grand pour justifier l’existence d’une fraction de gauche. Mais cette fraction est dans la période actuelle un instrument d’influence sur le Parti Communiste, c’est-à-dire sur son noyau prolétarien."

Nous allons remarquer de suite que ce souci fondamental de se réduire à l’état désespéré d’une secte, correspond tout à fait au souci vis-à-vis du problème de la fraction du camarade Bordiga. Ce souci de rester un petit nombre de bons camarades, trop limité, pour maintenir le contact avec la grande masse du prolétariat menait ce camarade à nier la nécessité de former des groupes de base pour le développement d’une fraction internationale. Il voulait coûte que coûte rester dans le Comintern pour ne pas quitter le terrain de la masse. Il ne faut pas oublier que cette pensée de Bordiga date de 1925-1926. Il semble d’ailleurs que chez ce camarade le souci de rester dans le Comintern n’était pas tout à fait inspiré par la croyance dans la possibilité de régénération de cet organisme, mais surtout par la crainte de l’isolement. Cette possibilité de régénération se présentait chez lui en tout cas comme un élément accessoire. Le camarade Bordiga n’avait pas de confiance dans des groupements fractionnels en ce qu’ils auraient représenté une tentative d’accélération artificielle de l’« épanouissement » des forces de régénération du mouvement révolutionnaire. Or il est un fait que son insistance à vouloir garder des positions dans le Comintern, permet de croire que l’"épanouissement" de ces forces se serait produit, à son avis, au sein de cette organisation, du moins en partie. Voulait-il s’insérer dans le processus de décomposition du Comintern pour en rassembler les restes susceptibles d’être sauvés ? Ou bien envisageait-il une possibilité de régénération totale de l’I.C. ? C’est ce que nous ne saurions pas dire au juste.
Ce qu’il faut dire, c’est que nous nous ne trouvâmes pas d’accord avec le camarade Bordiga sur le point de l’attente passive des événements qui devaient produire spontanément l’épanouissement des nouvelles forces révolutionnaires à la suite de la liquidation pratique de la politique centriste. Nous pensions d’abord qu’il fallait s’insérer dans le processus de cette liquidation graduelle comme fraction ouverte qui dénonçât au prolétariat les faits, parfois invisibles, de ce développement opportuniste. Nous tenons beaucoup à souligner ce désaccord avec le camarade Bordiga, surtout vis-à-vis des insinuations de nos bolchévisateurs italiens qui ont déclaré que nous prétendions représenter la pure ligne bordighiste. Nous n’avons jamais conçu notre adhésion à la ligne bordighiste comme une soumission scolastique de notre pensée à cette ligne. On a dit déjà au sujet de Marx qu’il ne saurait pas y avoir de marxistes à la lettre, car Marx lui-même ne le fut pas. On peut bien être un bordighiste, même en étant en désaccord avec le camarade le plus représentatif de cette tendance sur des questions particulières. Nous n’avons pas fait par conséquent une question d’héritage de la pensée bordighiste, et s’il y a eu quelqu’un qui a essayé de le faire, celui-ci n’est pas resté avec nous, mais il est passé nettement de l’autre côté, du côté de la bolchévisation.
Nous avons donc, il y a deux ans, soutenu vis-à-vis du camarade Bordiga la nécessité de la fraction ouverte, car nous disions que la bolchévisation avait déjà accompli son rôle de social-démocratisation du Comintern, et nous ne voyions pas de possibilité d’organiser, sur le terrain de la discipline, une résistance sérieuse à la base du Comintern. Nous n’avons pas craint, ni nous ne craignons aujourd’hui, l’isolement provisoire de la masse. Cet isolement qui nous donne le caractère d’une secte (on dirait mieux, d’un petit groupe, qui est bien éloigné de tout sectarisme), ne nous barre pas toutes les communications avec le mouvement réel de la masse prolétarienne dans l’histoire. Il ne faut pas dans une ligne politique réaliser une phase de tout ce mouvement pour être révolutionnaire et communiste ; il faut subjectiver au contraire l’ensemble de ce devenir des forces révolutionnaires. Le contingentisme, ou situationnisme, ou opportunisme, n’a en vue qu’une forme passagère de la réalité historique, qu’il arrête comme définitive ou éternelle. Jamais l’opportunisme ne saura se détacher de cette forme ; jamais il ne verra le devenir de mille formes, qui changent toujours au fur et à mesure que les rapports de forces changent eux aussi. Vivre de cette réalité matérialiste, qui n’est pas immobile mais qui devient continuellement, c’est là le véritable contenu d’une forme politique et révolutionnaire. Un point de vue métaphysique porte les esprits à figer les choses dans le morne désespoir de la réalité immanente ou de l’optimisme opportuniste. Ce relativisme des formes ne nous mène pas par conséquent à l’élévation qu’aussi notre forme soit la plus synthétique, et par conséquent la plus substantielle. Il y a dans toutes les formes de l’activité politique des classes, une imperfection nécessaire, qui ne saurait ne pas être dans la réalité du devenir dialectique.

*

Sur ces bases, nous avons fondé la nécessité de donner une activité à cette forme, qui peut pour l’instant qui court paraître détachée de la réalité de l’histoire. Sur ces bases, nous posons notre différend réel avec Trotsky et Bordiga.
Mais on pourrait dire que Trotsky nous donne raison contre Bordiga, car il proclame la nécessité de la fraction. Trotsky, qui proclame la nécessité de la fraction, est un anachronisme, car la fraction est un fait, qui s’est développé même au-dessus de sa volonté. Ses capitulations précédentes sont une preuve que sa volonté fut toujours en contraste avec cette nécessité, qui s’est fait jour rien que par la reprise de la lutte des classes en Russie, reprise faible, mais effective. Mais pourquoi Trotsky veut-il la fraction (car aujourd’hui enfin il reconnaît cette réalité) ? Pour préparer un nouvel organisme de lutte politique ? Pas du tout ! C’est pour conquérir le Comintern qu’il veut sa fraction. Désespérément il s’accroche à cette forme non plus révolutionnaire de la politique stalinienne, à cet appareil composé d’une caste de bonzes, qui ont divinisé leur "Lénine", par une masse qui se soumet à l’idolâtrie, stupéfiée par les défaites de sa classe, par la corruption idéologique, qui ne sait plus où aller et se laisse remorquer. "Sauvons le Comintern !", "Ressuscitons Lazare !". C’est là tout l’héritage du grand chef de la révolution d’Octobre. Mais la réalité des formes vieillies et déchues serre les hommes les plus vaillants dans ses engrenages, et des révolutionnaires fait des réformistes. Il faut préparer le VIème Congrès du Comintern. En effet, Staline le prépare en chassant les oppositionnels. Au moyen-âge la caste des prêtres catholiques apprit à éterniser son organisation par la scolastique. Est-ce que nous allons apprendre à éterniser ce Comintern par le "léninisme" ? Et le sanctifier ainsi que cette dictature du prolétariat qui, en respect à une étrange prémisse métaphysique, est toujours, même si le prolétariat n’est plus au pouvoir ?
Non. Nous ne pensons pas qu’on puisse accélérer la formation d’un nouvel organisme international ; nous ne posons même pas sur le tapis cette question, qui ne nous semble pas aujourd’hui la plus importante. Ce que nous ne pensons pas aussi d’ailleurs, c’est la possibilité de régénérer cette Internationale, qui heureusement à moins de vie devant elle que n’en a eu jusqu’à présent la Deuxième Internationale. Nous croyons au contraire que ce soit renforcer le stalinisme, l’opportunisme que d’affirmer cette absurdité métaphysique. Il faut au contraire poser dès aujourd’hui nettement ce contraste infranchissable entre le mouvement révolutionnaire du prolétariat mondial et la solution nettement bourgeoise de la révolution russe.
Lénine posa la question : "Qui l’emportera ?" Il faudrait répondre aujourd’hui franchement : "C’est la bourgeoisie qui l’emporte !"

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La question de Thermidor est passée dans le deuxième document "À Pierre", sur le terrain de la pure analogie historique. Révolution française : révolution russe. Mais si dans la révolution française on voit dans Thermidor rien qu’une poussée à droite de la bourgeoisie, dans la révolution russe le Thermidor suppose un changement des rapports de force entre deux classes. Il n’est pas logique de poser cette analogie comme un élément qui puisse donner la solution de l’actuelle situation du prolétariat russe. Il n’y avait pas de terreur prolétarienne en Russie, mais la domination d’une classe, qu’il fallait renforcer par une juste politique sur le terrain des rapports entre la ville et la campagne. Qu’est-ce que nous avons vu au contraire ? Un affaiblissement graduel de cette hégémonie politique par une fausse politique économique, par un orientement bourgeois de la Nep. L’affirmation que les éléments petits-bourgeois dominent les extrémités de l’appareil gouvernemental porte à cette conclusion marxiste qu’en effet il n’y a plus de dictature prolétarienne, car une forme politique telle que la démocratie ouvrière ne saurait se conserver sans une domination à la tête d’éléments dont l’idéologie n’est pas prolétarienne.
Qu’est-ce que disent les oppositionnels sur ce terrain ? Que "des éléments petits-bourgeois du parti russe dirigent le Parti et l’État". Le prolétariat laisse donc faire, et, toutefois, ces éléments ne représentent pas son idéologie. Et après tout cela, la classe ouvrière est encore au pouvoir ! En effet, ces éléments "sont forcés de s’appuyer sur la classe ouvrière et de résister à la bourgeoisie mondiale !". En effet ces éléments préparent un projet sur la guerre telle que celui des thèses Boukharine (il est vrai que le projet Boukharine est inclus dans "un mauvais programme de section nationale du Comintern et non le programme du Parti Communiste mondial" : mais il n’est pas moins vrai que ce Comintern va approuver sans faute ce programme) ; ils vont à Genève faire du pacifisme côte à côte avec les Allemands (qui, paraît-il représentent là, leur patrie bourgeoise), et clament partout dans leur presse qu’il ne faut pas toucher à l’intégrité de la Lituanie, ni à celle de son gouvernement Woldemaras ; et après tout cela, ces petits-bourgeois résistent à la bourgeoisie mondiale ? En effet, les journaux français, au moment du congrès russe, aussitôt après l’affaire Rakowsky, déclarent officieusement qu’on ne saurait pas discuter à l’amiable avec un gouvernement qui a dans son parti une opposition trop forte, et l’on chasse les oppositionnels en masse, on envoie leurs chefs en Sibérie ; après tout cela, les petits-bourgeois stalinistes résistent à la bourgeoisie mondiale, à l’impérialisme mondial ! Mais ils résistent et en même temps « ils font des concessions » ! Quelqu’un dira : mais ces documents sont faux, leur contenu n’est pas à critiquer. Nous croyons à ce sujet que ces documents ne sont pas faux dans leur contenu substantiel. Ce sont là les mêmes idées que dans la plate-forme trotzkiste. Mais même si l’on accepte ces idées, on ne peut pas se passer de constater que c’est là une bien étrange opiniâtreté que de vouloir appeler par le nom de dictature prolétarienne un gouvernement qui se balance entre deux forces, un gouvernement bonapartiste ainsi qu’il ressort même des formulations des trotzkistes.
Qu’est-ce qu’on attend pour arracher de cette forme non prolétarienne ce dernier qualificatif illusoire auquel les réformistes trotzkistes ne veulent pas renoncer, comme l’aimant non aimé à son rêve métaphysique. Thermidor ! Le coup de force, la lutte après le mouvement à gauche du parti ! On a oublié qu’en 1914 on a vainement attendu ce mouvement à gauche de la social-démocratie. Et Rosa et Karl sont restés seuls dans la lutte, tandis que la masse se laissait entraîner dans la trahison par ses chefs.
Peut-être n’y aura-t-il pas de coup de force, pas de Thermidor. Ou ce coup de force est déjà une réalité dans l’exil des oppositionnels, si l’on est aussi attaché aux analogies historiques.
Mais ce qui est vrai, ce qui est en pleine lumière sur la ligne critique du marxisme, c’est le fait que les éléments prolétariens russes, du reste très faibles dans l’enceinte russe, ont été qualitativement, non pas seulement quantitativement, battus dans une lutte sourde, invisible, par les éléments néo-bourgeois. Et la dictature prolétarienne, au lieu d’agoniser dans le sens marxiste, s’est graduellement défaite dans un monstrueux appareil, où une caste s’est soudé avec l’idéologie de la nouvelle bourgeoisie. Et cela sans Thermidor, sans reproductions conformes d’un événement du passé historique. Et avant le dernier coup de force, avant la marche vers l’exil de Trotzky et des autres.</p<

*

Dans le document à Pierre, il est dit :

"L’U.R.S.S., malgré ses éléments dirigeants petits-bourgeois, joue un rôle révolutionnaire au sens international."

Dans le document de "discipline bolchéviste" qu’est la déclaration Zinoviev-Kamenew, il est dit que :

"L’U.R.S.S. est la force motrice de la révolution mondiale."

C’est là une analogie frappante.
Dans les plates-formes trotzkiste et sapronowiste, on affirme la nécessité du rôle hégémonique du parti Russe dans le parti mondial.
C’est là encore un élément de la même analogie de pensée. Il y a là un fond qui est trop russe dans ses manifestations de l’esprit oppositionnel et pseudo-oppositionnel. Nous aussi, jadis, nous avons affirmé "la lumière vient de l’Orient."
Y a-t-il aujourd’hui pour des esprits critiques au sens dialectique un non-sens plus grand que celui-là ?
N’a-t-on pas sacrifié tous les plus grands mouvements révolutionnaires à cette utopie réactionnaire ? N’a-t-on pas faussé l’esprit du véritable parti communiste mondial ?
De la Russie soviétique s’écoulent les sources historiques qui alimentent la révolution chinoise - disent les oppositionnels.
De la Russie vient aussi la défaite de cette révolution. Mais c’est l’esprit des dirigeants du gouvernement soviétique qui a fait cela !
Étrange thèse marxiste ! Et dangereuse utopie réactionnaire ! Et dans cette utopie réactionnaire, Trotzky, Zinoview, les autres sont tous d’accord.

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C’est un bien triste héritage que l’héritage trotzkiste ! Deux préjugés très dangereux pour le mouvement révolutionnaire du prolétariat mondial.
L’un voudrait nous imposer l’aveugle croyance en une dictature du prolétariat qui n’est plus.
Il ne faut pas subir cette imposition idéologique de Trotzky. Nous ne contestons pas ici la valeur du passé révolutionnaire de ce camarade ; nous ne disons pas non plus que sa figure ne soit en ce moment la plus sympathique aux yeux du prolétariat mondial. Mais cette sympathie, cette admiration même envers le théoricien de la Révolution permanente et l’organisateur de l’armée rouge ne doit pas nous aveugler sur les phénomènes mondiaux de la révolution. Même contre lui et ses suiveurs, qui ont enfin senti l’inopportunité et la honte des capitulations, il faut soutenir qu’il est une tactique opportuniste de faire passer comme démocratie ouvrière cette tragique caricature de la dictature prolétarienne qu’est le gouvernement des stalinistes. Cela contient une erreur de principe formidable. Il ne faut pas que cette comparaison entre l’idée de dictature du prolétariat marxiste et la réalité actuelle de la soi-disant dictature prolétarienne russe, nous fasse arriver à l’illation qu’on pourra édifier dans le temps à venir et dans les autres pays une dictature semblable de la classe ouvrière. Il ne faut pas créer les prémisses d’un opportunisme communiste international qui saperait les bases de tout le développement révolutionnaire.
L’autre tend à l’idéalisation du Comintern. Il faut combattre aussi cette tendance métaphysique, cette idolâtrie de la forme qui n’a rien à faire avec le matérialisme dialectique. Cela détourne du véritable processus révolutionnaire une quantité de forces et nous poussent au bord de l’abîme comme en 1914. Ce sera alors la nouvelle surprise et l’inconnu, la trahison n’ayant pas été démasquée ou flétrie au préalable.
Cette acquiescence de l’héritage trotzkiste à la thèse officielle fondamentale, avec ses contradictions évidentes, n’est donc pas une force apportée à l’"opposition" dans le Comintern (tout en étant dehors), mais un élément de faiblesse qui malheureusement fera aussi bien du mal au prolétariat international.
Contre elle, nous portons et nous porterons toujours notre critique inexorable, tant que l’histoire n’aura pas fait justice de ce dernier opportunisme de la pensée prolétarienne.

P.S. :

Ce texte a été à l’origine republié par François Bochet dans sa revue (Dis)continuité. Pour tout contact : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac




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