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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La {Vérité} des "sycophantes"
{Le Réveil Communiste}, n°3, Février-Mars 1928.
Article mis en ligne le 28 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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Le Stato Operaio, paraissant à Paris, en langue italienne, a publié dans le n°9-10, novembre-décembre 1927, un article où l’on prétend de liquider à jamais les épaves de la gauche italienne, rien que par des mensonges grossiers. Ce n’est pas là une méthode nouvelle. Il y longtemps que nous nous sommes accoutumés au système de polémiquer employé par les bolchéviques de marque staliniste, de sorte que leurs stupidités nous laissent indifférents, d’autant plus que les articles tels que celui de Stato Operaio nous servent bien auprès des ouvriers conscients. Ceux-ci, en confrontant les calomnies des "laquais de Staline" (ils l’ont été également de Zinoview) et notre attitude correcte de révolutionnaire ont là un élément précieux pour juger la mauvaise foi des "appointés".
En vérité, ce n’est pas avec plaisir que nous nous ravalons au niveau d’une pareille polémique avec les rédacteurs du Stato Operaio (qui, comble, s’intitule de "culture prolétarienne" !), mais leurs mensonges sont si grossiers, leur mauvaise foi est si vulgaire que nous sommes forcés, à contrecœur, de sacrifier une partie de la place précieuse de notre Réveil pour mettre au pied du mur ces profiteurs de la Révolution Russe.
Déjà un nôtre article, passé sous le titre de Les Sycophantes, dans le second numéro de notre Réveil, a mis en évidence le caractère diffamatoire et pusillanime des méthodes de polémiquer ordinaires de ces gens lorsqu’il s’agit de combattre les éléments de la gauche. Et, en vérité, ils excellent dans cet art, où ils tendent sans doute à dépasser les calomniateurs des différentes sections du Comintern et à remporter la primauté sur tous leurs collègues. Pas même une fois ils ont essayé de résoudre en communistes le problème de la gauche. Et aujourd’hui cela devient désormais impossible dans un milieu où l’opportunisme a tout corrompu, dans un milieu où il n’y a de place que pour des "idiots sans espoir", tels que l’auteur de l’article "Épaves de la gauche".
L’"idiot sans espoir" feint dans le préambule de son article d’oublier les origines du mouvement de gauche, et particulièrement de la tendance abstentionniste "bordighiste", qui se rallie à toute l’histoire du mouvement révolutionnaire du prolétariat en Italie, surtout pendant la période d’après-guerre.
On pourrait bien demander à l’"idiot sans espoir" (qui, évidemment ne connaît même pas l’histoire du mouvement prolétarien en Italie) où étaient les ordinovistes (les actuels dirigeants du "parti") en 1919 et particulièrement lors du Congrès de Bologne ? On aura qu’à lire l’article de Ruggiero Grieco, dans le même numéro du Stato Operaio pour être fixé. Ce ne fut que beaucoup plus tard (quand déjà le journal Il Soviet, organe de la fraction antiparlementaire au sein du P.S.I., paru depuis la fin de la guerre jusqu’à la fin de 1920, c’est-à-dire jusqu’à la veille de la scission du P.S.I. à Livourne et par conséquent de la fondation du P.C.I. à Livourne ; il était dirigé par le camarade Bordiga), qu’on put remarquer l’existence de l’Ordine Nuovo, dont le contenu idéologique est très douteux au point de vue du matérialisme historique et qui, au début, était entouré par des éléments petits-bourgeois parmi lesquels "ne fut jamais à la mode le marxisme".
Rien qu’après le préambule qui voudrait passer pour une réfutation idéologique, notre "idiot sans espoir" descend d’un air dégagé sur le terrain où il se sent véritablement à son aise. Il affirme avec désinvolture que la "gauche bordighiste", après le IIIème Congrès du P.C.I., s’est liquidée à cause de ses défauts congénitaux et non à cause de la réaction qui a atteint profondément le parti. C’est là de la mauvaise foi la plus éhontée. Ce ne seraient que les centristes ordinovistes qui auraient été frappés par la réaction. Les gauchistes, après le IIIème Congrès, se seraient mis tranquillement de côté à jouir de leur vie. En effet, Bordiga Damen, Fortichiari, Repossi, Pastore (ce dernier n’est pas à confondre avec le signataire de la lettre à S.E. le Ministre de la Belgique) sont en train de se promener dans les villes d’Italie ! La disparition de l’opposition bordighiste au sein du P.C.I. serait due, au dire du Stato Operaio, à ce que tous les bons camarades auraient compris le sens fameux de la discipline ainsi qu’il est interprété par les bolchévisateurs.
Autre part, dans notre Réveil, nous publions la déclaration du camarade Bordiga au IIIème Congrès du P.C.I., déclaration que, naturellement, en respect de ce sens de discipline, etc., on s’est bien gardé de rendre publique. En lisant ce document, les camarades pourront comprendre ce que veut dire la discipline des piètres barbouilleurs de papier du Stato Operaio.
Il va de soi que quand nous faisons allusion aux "bons camarades" qui ont compris le sens de telle discipline, nous voulons parler des émules de Zinoview, connus à cause de l’élasticité de leur caractère. Dans un milieu vraiment communiste, des invertébrés, tels que par exemple le camarade "Onze", l’as de la lâcheté, qui changent d’avis à toute offre d’un poste, ne pourraient que provoquer le dégoût des militants conscients. Mais dans un milieu si corrompu que celui de la bolchévisation ordinovisée, ces poltrons deviennent les bons "camarades".
Plus bas toujours, dans l’article de l’"idiot sans espoir", il est dit : "Le groupe d’opposition en France est composé rien que par des éléments d’émigration (quelle découverte ! En fait de découverte, nos Béotiens du Stato Operaio sont sans pareils !). Les éléments domiciliés en Italie, avec lesquels ce groupe était en liaison, ont été exclus du parti pour inactivité. En faisant abstraction de l’histoire des rapports de ce passage, il ressort clairement la déclaration à la police à laquelle on dénonce à tort la formation de nos groupes en Italie. Il faut remarquer que par cela même les camarades Amadée Bordiga, Damen, Repossi et Fortichiari, Pastore et d’autres encore (dont nous ne publions pas les noms à cause de la situation réactionnaire d’Italie) auraient été exclus pour inactivité. C’est là le comble de la mauvaise foi la plus dégoûtante.
"Le groupe d’émigrés, suivant les sycophantes, est composé d’éléments hétérogènes, las de la lutte politique, qui ne seraient pas du tout des ouvriers." Ce passage (p.1062) est en contradiction flagrante avec la réalité. Nous devons affirmer à ce point, sans crainte d’être démentis, que les éléments de la "gauche" en France ont tenu haut leurs traditions révolutionnaires dans la lutte contre la bourgeoisie et contre tous les opportunistes. Nos camarades ont été en grand nombre éprouvés par la réaction, et beaucoup d’entre eux mènent une vie misérable, en prolétaires authentiques. Nous pouvons aussi déclarer aux sycophantes que les "épaves de la gauche" sont les meilleurs éléments prolétariens de l’émigration, qui ont rempli toujours et partout en France, ainsi qu’en Italie, leur devoir d’ouvriers conscients.
Ce n’est pas parmi nous qu’il faut chercher les jaunes et les opportunistes. Cherchez-les parmi vous ; nous, de notre part, pouvons déjà vous en offrir une très longue liste. Nous sommes aussi disposés à vous offrir des indications précises sur le traitement appliqué à des camarades emprisonnés, suspects de gauchisme.
En examinant l’histoire de la gauche en France, l’"idiot sans espoir" nous donne un échantillon de sa platitude sans borne. Il affirme qu’il n’y a eu d’autres documents de la gauche que les thèses grossières qu’on a fait circuler pendant un an. Nous savons bien que la finesse ordinoviste est impayable, surtout quand elle nous fait des découvertes comme celles que nous avons pu révéler au monde abasourdi de la profondeur de la profondeur de leur esprit analytique ! Mais nous ne pouvons pas faire passer sous silence la manière dont la pensée de notre camarade Bordiga, le chef du communisme italien, a été traité par le plus vil des valets stalinistes, qui a été sûrement jadis lui-même un bordighiste. Il essaie aussi, ce petit goujat mercenaire, de s’avantager de l’histoire des documents "perronistes" (tout le monde connaît aujourd’hui dans les milieux du Parti que perronisme et zinoviéwisme sont synonymes), vis-à-vis desquels nous avons déjà pris une claire position, même sur le Réveil. Et c’est M. Perrone le véritable responsable de cette situation dont les bolchevisateurs tâchent de profiter. Perrone, qui a été toujours leur bon ami et qui a poussé dans une situation pénible de bons éléments ouvriers de la gauche en remorquant dans le « Bloc de l’opposition », des éléments ouvriers qui ont été chassé du parti, tandis que la prolongation cérébrale de Bordiga continue à jouir de la permanence dans les rangs du "parti" et des faveurs des appointés. De cette fausse conception du perronisme, émanation purement centriste, nous marquons nettement notre différence.
Nous avons à ce sujet, marqué même les différends entre nous et le camarade Bordiga dans ce numéro du Réveil. Ce n’est pas à nous qu’il faut parler d’héritage d’un homme vivant : c’est à votre impayable Perrone, que vous avez si dorloté lors de son arrivée en France, que vous avez sauvé de la mort, le pauvre !… C’est bien lui qui a essayé de se faire passer pour "la main droite" de Bordiga, poussé évidemment par vous qui aviez tout intérêt à semer la division dans les rangs de la gauche. Ces procédés, indignes de révolutionnaires, n’ont été, ne sont, ni ne seront jamais adoptés par les groupes d’avant-garde communistes.
Quant à la question syndicale, notre position est connue. Le camarade qui eut à quitter le territoire français et qui n’est plus malheureusement parmi nous à cause du mouchardage bolchévique, a déjà exposé à la réunion de cet été à la Bellevilloise, notre point de vue.
Nous avons déjà dans ce tract, expliqué cette position et fermé la bouche aux délateurs et calomniateurs de la bolchévisation. Nous avons aussi démontré quels furent les véritables provocateurs de ce soir et pourquoi.
Nous ne croyons pas devoir ajouter autre chose. Seulement nous voulons donner un échantillon de la "vérité" et "clarté" ordinoviste aux ouvriers révolutionnaires. Le leitmotiv des bolchévisateurs contre notre camarade Pappalardi, qui aurait, paraît-il, suivant l’avis de l’"idiot sans espoir", le tort d’être professeur (c’est là une des manifestations de stupidité que nous avons déjà remarquée autrefois chez les sycophantes), est l’expulsion de ce camarade du parti. Or voilà un document qui prouve la "vérité" de cette affirmation de l’"idiot sans espoir" :

N.P. 3945 R
30.11.23.

À Monsieur PAPPALARDI. Marseille.

Nous prenons acte de ce que tu exposes dans ta lettre du 10.11.23 et nous acceptons ta démission du parti.

Le Comité exécutif du P.C.I.

Signé par VALLE.

Ce n’est pas que notre camarade tient à avoir donné sa démission plutôt qu’avoir été expulsé pour des raisons qui lui feraient honneur, ainsi qu’à tant d’autres camarades, mais c’est pour montrer, nous le répétons une fois de plus, comment les "laquais de Staline" essayent de dénaturer la "vérité". C’est par ce même système que Smirnov (membre du Parti Russe depuis 1907 et commissaire du peuple) et Sapronov, membre du même parti depuis 1910, deviennent des anarcho-syndicalistes !
Mais au sujet de l’insinuation habituelle, par laquelle on essaie de nous faire passer pour des amis de la police, nous avons à faire, avant de conclure notre article de réponse à l’"idiot sans espoir", la déclaration suivante : que toutes les fois que nous nous trouverons en face d’eux, de nos calomniateurs (les appointés et non pas les pauvres camarades déroutés et trompés), nous allons lui appliquer la juste leçon que tout calomniateur doit recevoir.
Et que nos poltrons du Stato Operaio ne s’effraient pas trop. Il ne s’agit pas de la peine de mort qu’ils voulaient nous infliger, il ne s’agit que de les gifler.

P.S. :

Ce texte a été à l’origine republié par François Bochet dans sa revue (Dis)continuité. Pour tout contact : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac




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