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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Un document inédit de la pensée de Bordiga
{Le Réveil Communiste}, n°3, Février-Mars 1928.
Article mis en ligne le 28 mars 2014

par ArchivesAutonomies
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Pour que les camarades puissent connaître la pensée d’Amédée Bordiga, de la période qui a précédé son emprisonnement, pensée que les petits bonzes ordinovistes de la bolchévisation italienne ont soigneusement cachée aux ouvriers révolutionnaires de tous les pays - et pour cause - nous commencerons par publier sa déclaration au IIIème Congrès du P.C.I.
Il est connu comme tous les éléments qui, au Congrès de Rome (IIème Congrès du P.C.I.) approuvèrent les thèses du C.C. bordighiste (sauf Tasca) ayant déjà abandonné l’un après l’autre l’homme qui, théoriquement et factivement, contribua plus que tout autre à la fondation du P.C.I., préparèrent, en 1925, un congrès qui eut lieu au début de 1926. Ce congrès, étant donné la préparation, ne représenta d’aucune manière le degré très élevé au point de vue révolutionnaire de l’élite prolétarienne en Italie. On déforma la volonté de la couche communiste de la classe ouvrière par d’odieuses mesures organisatrices. Entre autres, on laissa voter les membres inactifs du parti (qui n’avaient pas voté) pour le C.C. ordinoviste. On se servit des conditions particulièrement graves du prolétariat pour arracher une majorité de forme, qui était en pleine contradiction avec les origines et la tradition gauchiste du P.C.I. Ces origines, qui ont été contestées par le C.C. formé par les éléments de l’Ordine Nuovo (Le Nouvel Ordre), journal communiste de Turin, de tendance idéaliste et hégélienne avant la fondation du P.C.I., au cours d’une polémique envenimée dirigée malhonnêtement contre le camarade Bordiga, sont aujourd’hui reconnues même par l’un des derniers renégats, Ruggiero Grieco. Ce dernier, qui a le seul mérite, dans l’histoire du mouvement ouvrier italien ,d’avoir été secrétaire administratif par héritage des deux partis, socialiste et communiste, dans son article, Les répercussions de la Révolution russe en Italie paru dans Stato Operaio (État Ouvrier), revue théorique communiste, publiée à Paris, en langue italienne, article qui s’inspire de la thèse centrale des Ordinovistes (Turin, centre du mouvement idéologique et révolutionnaire du prolétariat italien. Ô Turin !), reconnaît néanmoins qu’au congrès de Bologne du P.S.I. de 1919, personne, sauf le groupe des communistes abstentionnistes et plus timidement Gennari, ne soutint la nécessité de chasser de ce parti les réformistes. Plus bas, il affirme encore qu’au IIème Congrès du Comintern, personne de l’Ordine Nuovo ne fut invité, mais que seulement le camarade Bordiga y fut appelé par le C.C. du Comintern.
Ces lignes, écrites par un homme qui est plus que tous les autres intéressé à la défiguration de l’histoire du P.C.I., montrent clairement qu’à Bologne le courant bordighiste fut le seul (sauf les ordinovistes) à soutenir une ligne juste. Elles montrent aussi l’estime que le C.C. de l’I.C., alors véritablement léniniste, avait pour le camarade Bordiga, et non pour les ordinovistes, aujourd’hui "léninistes" de marque stalinienne.
Ce document de la pensée bordighiste, par le profond dégoût qui y est renfermé vis-à-vis des actuels rédacteurs de Stato Operaio, donne aux ouvriers conscients et révolutionnaires un portrait synthétique de nos calomniateurs. Ce dégoût et ce mépris, que Bordiga a pour la ligne de ces hommes et non pour les hommes eux-mêmes, sont partagés aussi par tous les membres des groupes d’avant-garde communiste.

Déclaration faite par le camarade Bordiga au nom de la gauche au 3ème Congrès du Parti Communiste Italien :

"C’est avec du calme et un plein sens de responsabilité que je vais faire ma déclaration. Ce que je vais dire sera grave pour nous tous et pour le parti. Mais on a voulu créer la situation pénible qui me force de le dire. Indépendamment de toute évaluation ayant trait aux problèmes de votre conscience et de votre sentiment, il faut que je déclare, au nom de la gauche, que les procédés qu’on a adoptés ici n’ont pas ébranlé nos opinions. Bien plus, ils forment, conjointement à la préparation et organisation du congrès, au programme qu’on a mis en action, l’argument le plus formidable pour la vérité de notre jugement.
Il faut que je vous déclare que la méthode que vous avez appliquée ici, contre laquelle nous avons déjà protesté, méthode qui atteint son comble dans une injonction, s’il reste en nous de la capacité marxiste et révolutionnaire à juger partis et situations politiques, nous semble douloureusement, mais sûrement, un fait nuisible aux intérêts de la cause du parti et du prolétariat qui est aussi la nôtre.
Les procédés qu’on a ici adoptés, par lesquels on a organisé ce congrès, ne servent pas à élever l’éducation révolutionnaire du prolétariat et de son parti, ne sont pas, comme vous l’affirmez "l’expression de l’unité et de la discipline". Au contraire, ils exaspèrent la division, aigrissent le fractionnisme, préparent le déchiffrement et la dégénérescence du parti et la faillite de la lutte prolétarienne.
Le groupe qui a été l’auteur de cette politique, je suis forcé de le dire, maintenant que vous avez délibérément refusé notre proposition de connivence loyale, honnête et disciplinée dans le parti, sans notre inclusion forcée dans le Comité Central, ce groupe, auprès duquel nous nous trouverons dans ce même comité, si vous ne comprenez pas le danger de pousser jusqu’au bout cette situation atroce, nous le considérerons comme le représentant du défaitisme opportuniste, dont les progrès sont visibles dans les rangs du parti et du prolétariat.
Nous croyons de notre devoir, comme un groupe qui, au-dessus des chiffres par lesquels on s’est plu de traduire la prétendue consultation du parti, sent ou se flatte d’être le représentant d’un courant authentique de la classe ouvrière révolutionnaire, de dire, sans hésitation et avec un sens complet de responsabilité, cette chose grave, qu’aucune solidarité ne saura nous lier à ces hommes que nous avons jugés, indépendamment de leurs intentions et de leurs caractères psychologiques, comme les représentants de la perspective désormais inévitable de la corruption opportuniste de notre parti.
Les procédés qui atteignent en ce moment un triomphe apparent, même s’il peut sembler salutaire à quelqu’un d’entre vous, contredisent tellement notre façon claire et suivie de poser le problème, soulèvent en nous un tel dégoût vis-à-vis de la situation où vous voulez nous étouffer, que nous, tout en ayant su faire toutes les renonciations nécessaires pour empêcher qu’on ruine le parti, nous sommes sûrs aujourd’hui de servir la cause en permettant que cette méthode donne toutes les expériences dont elle sera capable. C’est ainsi que le prolétariat pourra la comprendre et l’écarter au plus tôt possible, soit même par une crise douloureuse, de son chemin.
Si moi, si nous étions les victimes d’une erreur épouvantable dans notre évaluation des faits actuels, nous devrions alors être considérés indignes même de militer dans le parti et nous devrions disparaître des yeux de la classe ouvrière.
Si cette antithèse cruelle, qui se pose en ce moment pour nous, est vraie et nous réserve à l’avenir des conséquences douloureuses, nous pourrons dire alors d’avoir lutté jusqu’au bout contre les méthodes funestes qui entament notre unité, d’avoir apporté, par notre résistance contre toute pression et injonction, un peu de lumière et de clarté dans l’obscurité créée par les procédés de nos contradicteurs.
Vous, les délégués, vous avez cru bon de prendre une délibération qui renforçait l’unité du parti. Moi, je vois que c’est le contraire qui arrive et qu’on pose les prémisses d’une opposition infranchissable. Vous m’avez forcé de dire tout ce que je ne voulais pas dire. Mais nous nous refusions presque de croire, si nous n’avions pas vu, comme, une fois sur la fausse route, vous étiez irrésistiblement poussés vers les gestes les plus irréparables et ruineux.
Et maintenant que j’ai dû parler, délibérez donc dans le sens que vous voudrez."

P.S. :

Ce texte a été à l’origine republié par François Bochet dans sa revue (Dis)continuité. Pour tout contact : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac




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