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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Appel de Grenoble
{IRL}, n°16, Octobre 1977, p. 20-21.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013
dernière modification le 15 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Après la plaidoirie de Ballard sur l’interdiction d’assister au procès pour le public alors qu’il devait être ouvert à tous. Le président avait délivré 50 laissez-passer, il demanda où ils étaient ; un du comité Malville vint à la barre et déclara "nous les avons, mais ce n’est pas suffisant". Puis De Felice dit que la liberté était restreinte voire inexistante. Les droits de l’Homme sont bannis, la publicité des débats n’est pas respectée et la présence policière est très forte. Dans ces conditions nous voudrions que le procès se déroule dans le respect des lois démocratiques. Après cela. De Felice rappelle au président qu’à côté il y a des salles beaucoup plus grandes qui permettraient à plus de gens d’assister au procès.

Témoignage des prévenus

Bechloff : né le 1-4-1945, étudiant à Francfort, accusé le 7 août de port d’arme de la 6eme catégorie, et d’action concertée à force ouverte. "J’ai fait appel parce que mes camarades et moi nous sommes innocents. Les témoignages sont faux ou mal interprétés. Je vais vous expliquer pourquoi nos identifications sont fausses : il était impossible de reconnaître la nationalité des gens, les flics étaient au moins à trente mètres, et en raison des fumées de lacrimos et du va et vient des gens il était impossible de voir les visages. L’identification se fit bien plus tard, au commissariat de police ; sur les 16 arrêtés, 12 furent reconnus ! On ne sait trop comment..."
Hans Jager. né le 31-1-1952 à Bassen, étudiant à Berlin. "Nous étions 8 à La Tour Du Pin, nous venions de sortir d’un restaurant et nous regardions sur une carte pour partir à Barcelone. Quand les flics nous arrêtèrent, il était environ minuit. Ils m’accusèrent d’avoir deux casques alors qu’ils étaient dans une autre voiture, je n’avais rien dans la mienne. Le gendarme qui m’a "reconnu" s’est trompé, il a déclaré que j’étais en jaune, alors que j’avais un imperméable bleu et un poncho vert, tous mes habits qui étaient mouillés étaient dans la voiture qui est toujours chez le garagiste. Quand nous sommes passés chez le procureur de la république mardi à une heure du matin, nous n’avions ni mangé ni dormi depuis deux jours. Je n’ai pas fait de déposition à la gendarmerie".
Rudolph Krandhull : né le 11-3-55, étudiant. "Je suis innocent et je nie le témoignage du flic".
Lucien Mons : né à Tulle, travaille à Paris dans un lycée. "Je reviens sur mes déclarations car j’ai reçu des coups de randgers pour me faire avouer ; on a été toute la nuit menacés, insultés ; un chien policier était à côté de moi tout le temps. Pourquoi accuser 12 personnes alors que nous étions 70 000".
Rolland Muller : né le 17-7-1953, étudiant à Berlin. "J’étais dans la voiture avec mes copains, les flics là encore se sont trompés sur mes vêtements ; c’est pourquoi je n’ai pas voulu parler de mes habits pendant le procès".
Joseph Schweizer : né le 17-3-1954, étudiant à Berlin ; "Je suis innocent, je n’avais pas de casque, et j’étais tout le dimanche avec les mêmes gens c’est à dire Muller, Jager, Nebel, Hindenberger et des autres".
Thérèse Ciaramaglia : née en 1958 à Marseille, photographe, arrêtée à 11 heures à Bourgoin. "Au commissariat j’ai été frappée, insultée, identifiée ; nous avons tous été numérotés dans le dos. Le lundi matin les flics sont ve nus relever chacun un numéro, et regarder nos gueules et nos habits. Pourtant le jour du procès tous se sont contredits. Je suis anti-nucléaire, je n’étais pas sur le terrain des affrontements". Le président "à propos des boulons, la quelle des deux versions choisissez vous". Thérèse "au commissariat nous étions lamentables et j’ai dit n’importe quoi ces deux boulons m’ont été donnés à Faverges, mais je ne m’en suis pas servi".
Hartmut Kuhn : né en 1950, étudiant à Hanovre. "J’étais avec d’autres amis qui peuvent témoigner comment j’étais habillé, mais on a refusé mes témoins. Par contre les flics m’ont prétenduement reconnu mais avec de telles contradictions qu’il était impossible de me reconnaître. Je connais bien le danger nucléaire, je fais parti depuis un an d’un comité anti-nucléaire et nous avons, ensemble avec la population d’une région, empêché l’implantation d’une centrale du même type que Malville. C’est pour cela que je suis venu car quelques kilos de plutonium peuvent faire une catastrophe européenne".

Plaidoirie de de Felice

Nous nous sentons inquiets de l’illégalité du procès, ce fut un choix du hasard. Ils ont été accusés de flagrant délit alors qu’ils ont tous été arrêtés à plus de vingt kilomètres.Le flagrant délit s’explique lorsqu’on trouve le prévenu en possession d’objets délictuels sur le lieu même du délit. Quand à la loi anti-casseurs elle suppose que le prévenu ait été pris sur le fait.
Ces jeunes à la recherche d’une autre vie sont en droit de refuser le nucléaire qui fera de notre société une société policière alors qu’ils veulent une société plus juste, sans État ni capitalisme comment voulez vous qu’ils vous comprennent si vous les condamnez, vous êtes bafoués par l’administration et par le gouvernement ; ferez vous leur justice ? Pourquoi parler de procédés illégaux, d’extradition, de témoignages guidés par la rancune de policiers victimes de leur excès de zèle ? Ce procès est un procès politique. C’est le premier sur le nucléaire mais pas le dernier. Cela est très important pour l’avenir. Recherchons ensembles les bases d’une future vie plus juste. Faisons la synthèse de l’ensemble des témoignages pour en faire un jugement de qualité.

Plaidoirie de Maitre Gaillard

Il parle de l’illégalité de super-Phénix. Heureusement super-phénix commence à faire parler de lui. C’est le plus puissant de tous et il est paradoxal que personne n’ait férifié que les autorisations légales avaient été accordées. Monsieur le ministre donna l’ordre de construire sans aucune autorisation, vous et moi monsieur le président n’en avons rien su. Après plus d’un an de combat des écologistes, le 4 mai 1977 un permis de construire fut enfin donné. Quelques jours après, les associations écologistes s’empressent d’écrire un mémoire et vont voir le ministre. Le Conseil d’État commence à regarder le dossier, ils ne sont pas pressés. L’été arrive. Juste avant le procès monsieur le premier ministre demande l’application de la loi anti-casseurs et des sanctions sévères. Rappelons que le gouvernement allemand avait envoyé en su de ses méthodes de répression.

Plaidoirie de Maftre Myriam Picot

Elle parle de la responsabilité de Janin et du gouvernement. Quelle pouvait donc être la responsabilité des manifestants face à eux ? Pourquoi avoir interdit la manifestation ? Le site de Malville était il en danger ? Comment pouvions nous entrer dans le site avec le nombre extraordinaire de CRS ? Nous étions tous sans armes.

Plaidoirie de Martre Ripert

Il parle de la fragilité des témoignages de la Police. Pour eux, tous les chevelus se ressemblent.Des capitaines de gardes mobiles ont donné des ordres à leurs subordonnés "Dites que vos visières étaient levées, que vous étiez près des manifestants et que la visibilité était bonne" (Note de la rédaction : merci Bison Fûté !).

Plaidoirie des autres avocats

Martre Cohen apporte comme preuve des photos où l’on voit bien la distance entre les forces de l’ordre et les manifestants. A quinze mètres on reconnaît un visage. L’ensemble d’une personne à trente mètres, mais seulement la silhouette à cinquante mètres, ce qui élimine la plupart des témoignages policiers. Une avocate allemande parle de la répression en Allemagne, du film passé en France pour essayer de repérer les manifestants allemands. Sept allemands sont condamnés alors qu’ils étaient à peine mille sur 60 000 manifestants. Martre Gholzein fait une rétrospective de l’EDF et du nucléaire depuis 1950.

Plaidoirie de l’avocat général

Je suis tout à fait d’accord pour qu’il y ait des mouvements écologistes qui sont très respectables comme idéal, et pacifistes. Mais il ya eu des infractions et des bavures. Des responsables ont été pris ils doivent être condamnés. La manifestation de Bourgoin fut choquante par la virulence de ses slogans. Et certaines paroles offensantes des avocats me choquent aussi beaucoup. Je sais à peu prés tout ce qui s’est passé. La manifestation était en zone interdite maintenant je vais vous lire la déclaration de Mons au commissariat : "Je reconnais avoir été sur les lieux de l’affrontement c’était très dur, j’ai vu des manifestants envoyer des cocktails sur les flics là j’ai compris pourquoi ils sont devenus agressifs et nous ont envoyé des lacrimos et des offensives, mais je n’ai rien envoyé moi-même." Il y a eu des arrestations pendant les événements ces manifestants ont été relâchés de suite et repris plus tard. Quand aux étrangers ils tombent sous le coup de la loi française puisqu’ils étaient en F France. Vous dites messieurs les avocats que le procès est politique c’est une affirmation gratuite puisqu’il ne s’agit pas de délits politiques, vous parlez de sévices et tortures mais les accusés n’en ont pas parlé. Au sujet de la loi anti-casseurs elle permet de réprimer une nouvelle délinquance, celle de commandos qui mettent en péril sous couvert de manifestation la propriété des contribuables. Conclusion nous vivons dans un pays libéral, il est normal que des manifestations se fassent, mais dans le calme et dans la dignité. Je demande confirmation des condamnations.

Conclusion des avocats par de Délice

Face à l’État moderne les citoyens sont très fragiles. Quelle liberté ont ils alors que l’État est violent, très violent. Vous ne convaincrez pas. Personne n’a été convaincu par votre réquisitoire, pas même les journalistes.Comment voulez faire croire en la justice en inculpant au hasard, le procès de Bourgoin n’a pas été correct.

Verdict : Muller, Jager, Mons, Schweitzer, Be-chloff, condamnés aux mêmes peines.
Ciaramaglia, Krandhull, Kuhn, amnistiés.




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