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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Réflexion d’un Terroriste
{IRL}, n°16, Octobre 1977, p. 18.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013
dernière modification le 15 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Malville le 30-31 juillet 77 le grand rassemblement avait été préparé pendant un an par les écologistes et tous ceux en général qui pensaient que le nucléaire était trop dangereux pour qu’on laisse construire un surrégénérateur. Face à une gauche de plus en plus réformiste modérant ses luttes afin d’arriver au pouvoir en 78 le mouvement écologique apparaissait comme une alternative intéressante à tous ceux qui luttent pour une qualité de vie meilleure et refusaient de se soumettre aveuglement à un pouvoir quelconque qu’il soit de droite comme de gauche. Et pourtant que s’est il passé à Malville ? L’objectif de la manif était simple : lutter contre phénix, et pour cela il fallait d’abord un rassemblement massif montrant l’étendue du mouvement anti-nucléaire puis montrer notre détermination en marchant sur le site et en essayant de l’atteindre pour causer le plus de destruction possible. L’objectif et les moyens étaient clairs. Face à cela l’attitude du pouvoir fut les 5000 C.R.S, gardes mobiles et autres unités de paras, zone interdite dans un périmètre de 7 Kms autour du site avec ronde de police toutes les demi-heures à l’intérieur de la zone.
La paranoïa policière en était à un tel point que les paysans de la zone étaient systématiquement contrôlés dès qu’ils mettaient un pied dehors. Le décor était pourtant bien planté, tout le monde le connaissait : nous voulions passer et les flics voulaient nous en empêcher. Il n’y avait donc que deux solutions : refuser l’affrontement, se soumettre au pouvoir et alors annuler la manifestation ou la maintenir, mais alors aller jusqu’au bout de ces objectifs et de ces idées. Les comités Malville et certains non-violents avaient d’ailleurs bien vu l’aternative puisque dans les derniers mois avant le rassemblement ils commençaient à adopter une attitude beaucoup plus nuancée, prétextant que de toute manière, il n’y avait plus rien à détruire sur le site, et avançaient le mot d’ordre de manifestation symbolique. En fait les comités Malville avaient lancé un mouvement qu’ils ne contrôlaient plus tant ils étaient devenus populaires. Le problème aurait alors du être dans ces conditions d’ouvrir un large débat sur l’attitude à adopter face au pouvoir et à la repression policière et dépasser ces débats moraux violence, non-violence pour adopter une attitude claire.
Le résultat en a été que sur 50 000 manifestants seuls 2 000 ont été jusqu’au bout de leurs idées et d’affronter les flics. Et face à la violence policière, quelle a été l’attitude de la plupart des non-violents de nous traiter d’extrémistes, de provocateurs, et de nous regarder tranquillement prendre des grenades dans la gueule bien en sécurité à l’arrière. Le pouvoir et la presse ont eu beau jeu ensuite de nous traiter de terroristes internationaux et de nous désoler. Il faut dire qu’il a été aidé par la coordination Malville, et les organisations gauchistes qui demandaient aux manifestants de reculer pour laisser ceux en première ligne refluer en cas de charge des flics, re qui a eu pour effet de nous laisser seuls. ( bien que quelques militants de ces organisations soient restés individuellement au premier rang ). D’ailleurs la position des organisations d’extrême gauche était claire. Elles voulaient un grand rassemblement politique afin de montrer leur force face au pouvoir et à la gauche. C’est pour cela qu’elle défendait une manif unique plus impressionnante et beaucoup plus manipulable. Le nucléaire et l’écologie, eux, n’en avaient rien à foutre. Le plus bel exemple en est la réponse de la militante de "L’Humanité Rouge" qui m’a dit qu’elle était contre le nucléaire et la bourgeoisie, mais pour le nucléaire prolétarien ! Comme s’il existait une différence entre l’atome de gauche et de droite, les accidents de gauche et de droite. Mais il serait trop facile de tout rejeter sur les autres. Une des causes de l’échec de Malville a été notre manque de préparation stratégique. Nous aussi nous aurions du mieux étudier le terrain et les moyens - violents ou non-violents - de résister aux flics et d’essayer de passer. L’attitude du pouvoir a d’ailleurs été exemplaire. Là encore on s’est fait baiser sur toute la ligne. Par une suite de barrages successifs, les flics nous ont amené dans une cuvette, avec une petite route qu’ils tenaient bien en main, et tout autour des bocages glissants et des champs de mais. Nous ne pouvions les attaquer que frontalement, ce qui s’est naturellement révélé inefficace vu qu’ils nous tenaient à distance avec des grenades. De plus grâce aux hélicoptères, le préfet savait que nous étions une minorité. Il pouvait donc sans grands risques déclencher un processus de violence rarement atteint puisque les grenades offensives ont été très peu utilisées en France. Quant à notre arrivés à Faverges, il faut bien dire que l’attitude des comités Malville a été pour le mois bizarre. Les deux barrages qui ont fait dévier le rassemblement de Montalieu, n’étaient composés que de deux ou trois flics. En face nous étions 15 000. Nous aurions donc pu passer facilement même sans violence. Nous aurions rencontré les flics un peu plus loin, mais sur un terrain un peu plus plat et donc un peu plus à notre avantage. De plus, à entendre les mégas, on avait l’impression que les barrages étaient énormes et infranchissables. Comme certains l’ont déjà dit, on aurait pas été un peu manipulé par hasard ?
Cette lacune dans les discussions, s’est traduite encore plus manifestement dans les débats du samedi. Les non-violents sentaient bien que la violence était quasiment inévitable, et les gauchistes ne s’intéressaient qu’à l’aspect massif et politique de la manif. Le dimanche matin, on est donc parti face aux flics sans but ni tactique ni clarification. Il fut alors facile de venir après nous expliquer que finalement le but de la manif n’avait pas été d’aller sur le site. Ben voyons ! En attendant, nous avions pris des lacrimos plein la gueule pendant trois heures en essayant de passer.
Le seul aspect positif de Malville est qu’il va peut être servir à clarifier la situation dans le mouvement écologique (c’est quand même triste qu’il ait fallu un mort et des blessés graves pour cela). Une cassure va certainement apparaître entre d’un côté les non-violents ou pseudo non-violents réformistes qui voulaient lutter contre le nucléaire sans attaquer réellement le pouvoir et une autre tendance plus radicale (incluant d’ailleurs les non-violents actifs) faisant la jonction entre les deux types de lutte qui sont indissociables. Car le nucléaire a aussi un aspect politique important. Il va permettre d’accentuer la centralisation de l’État (les centrales nucléaires sont de grosses unités dont la réalisation est planifiée au plus haut niveau) et la répression sous prétexte de sécurité.
Les débats qui vont, je l’espère, s’instaurer permettront peut être d’ouvrir enfin des perspectives politiques à l’écologie. Une des causes de la confusion entre écologistes vient, à mon avis, du fait qu’ils se sont battus uniquement sur des points particuliers (polution nucléaire...) sans projet global. Et c’est là en particulier qu’il existe un apport libertaire important à l’écologie.




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