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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La charité ne paie plus
{Handicapés Méchants}, n°13/14, deuxième trismestre 1979, p. 9.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Suite à l’occupation de l’APF : quelques échos dans la presse. Entre autres, nous avons relevé dans le Quotidien du peuple :

Cette journée de charité s’annonçait plutôt bien pour les associations gestionnaires de handicapés. Plusieurs spots publicitaires à la télévision et à la radio qui culpabilisaient d’avance les gens qui n’iraient pas de leur aumône dans les sébiles agitées bruyamment dans les marchés dominicaux. Ce qu’oubliaient de dire ces messages publicitaires, c’est la destination et le but des collectes. Des handicapés en lutte se sont chargés de le faire. À Paris, ils ont occupé le siège de l’APF (Association des Paralysés de France) en intervenant sur le marché proche avec des tracts pour dénoncer cette entreprise de charité qui nie tout droit aux handicapés.
Place d’Italie, à Paris, vers dix heures, dimanche matin, des militants et des sympathisants du comité de lutte des handicapés et de la Confédération de Défense des Handicapés et Retraités se retrouvent dans un bar de la place. On met au point les derniers détails de l’action qui doit avoir lieu ce jour, celui de la journée nationale des handicapés et infirmes. En fait, c’est la journée des associations gestionnaires telles l’APF, l’ADAPT, l’UNAPEI, etc. qui drainent en ces occasions des sommes souvent considérables.
Vers 10 h 30, on se met en route. Le but ? Le siège de l’APF, tout proche, avenue Blanqui. Nous sommes une trentaine, non-voyants, paraplégiques, infirmes moteur cérébraux, militants et sympathisants d’associations de lutte de handicapés. Nous arrivons devant le siège, un bâtiment ultra-moderne. Les portes sont fermées. On cherche comment rentrer : pas d’autre issue accessible. Les portes coulissantes automatiques sont un peu forcées, elle s’ouvrent sans peine, et le hall est envahi. Au rez-de-chaussée, des affiches sont appliquées sur les grandes baies vitrées : "Halte à la charité", en grandes lettres rouges, voyantes, et des affiches sur un long métrage tourné avec les associations de lutte. Un autre groupe monte au premier, sans faire trop attention au concierge de l’immeuble qui ne semble pas approuver du tout. Au premier, sur les vitres, sont apposées des affiches qui portent une lettre chacune : "A.P.F. O.C.C.U.P.É.E.". Toutes les lettres ne sont pas encore en place qu’un membre de l’APF téléphone aux flics, et tente d’intimider les protagonistes de cette action. Du premier étage, qui domine le marché, un bigophone commence de résonner tandis qu’un groupe est redescendu et diffuse des tracts et des revues des organisations organisatrices.
"Pourquoi occupons-nous aujourd’hui l’APF, une association qui se dit l’une des plus représentatives des handicapés ? clame le bigo. Comme chaque année, avec le soutien du gouvernement, les associations gestionnaires mendiantes demandent la charité aux citoyens. Elles vous ont toujours dit que cet argent servait à améliorer le sorte des handicapés. En réalité, il contribue à nous enfermer à vie dans des centres-ghettos. Nos luttes incessantes depuis cinq ans les ont d’ailleurs contraints à avouer cette vérité : les fonds recueillis n’allaient pas aux handicapés !". Les gens sont intrigués et écoutent. L’information continue : "Les fonds vont aux associations gestionnaires, qui implantent des Ateliers protégés, où sont enfermés et surexploités les handicapés"...
L’opération a démarré depuis une quinzaine de minutes quand les flics arrivent. Deux fourgons. Un gradé monte, tente de discuter et de dissuader les auteurs. Rien n’y fait, même les menaces d’intervention. Les gens dehors sont alertés : "Les flics veulent nous virer comme à Besançon et à Pontigny, où les handicapés luttaient pour leurs droits ; les flics veulent utiliser la force pour nous contraindre à nous taire..."
Les flics s’affolent, de nombreuses personnes s’arrêtent devant l’immeuble de l’APF, et des conversations s’engagent. On parle de ces véritables ghettos où sont parqués les handicapés, où ils sont exploités à des travaux répétitifs et abrutissants, pour des salaires de misère, bien inférieurs au SMIC, qui maintiennent de fait les handicapés dans une situation d’assistés.
Les gens s’informent, apportent leur témoignage sur des cas vécus dans leurs familles ou ailleurs. Dans l’immense majorité, ils approuvent l’action qui se déroule sous leurs yeux, et nombreux sont d’accord avec l’accusation de la société capitaliste, qui crée les handicapés et s’en décharge ensuite avec des quêtes...
Les flics finalement décident de ne pas intervenir. Ils n’ont pas le rapport de forces, mais restent néanmoins sur place. Les troncs trouvés dans le siège volent par les fenêtres, de même que des affiches et des prospectus édités par l’APF.
Après trois heures d’occupation les handicapés lèvent le siège. L’action est jugée positive de par le travail d’information sur la situation qui est réservée aux handicapés dans cette société, et par l’accueil qu’elle a reçu de la part des gens.




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