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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Autonomie ou fédéralisme ?
{Le Monde Libertaire}, 21 juin 1979, p. 3.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Le M.L. du 31 mai a publié sous ce titre un article de Maurice Joyeux qui souligne - et avec quelle énergie ! - l’opposition irréductible qui existe entre le fédéralisme libertaire et l’autonomie. Voir clair et parler net : tel est le sous titre de cet article.

Pour donner à sa thèse un fondement historique, Joyeux a cru utile de tourner en dérision les jeunes de mai 68. On a droit à un couplet traditionnel contre les "casseurs de carreaux, les barbouilleurs de murs et dresseurs de barricades en carton pâte", contre les "Rastignac de pacotille". Une fois de plus, Joyeux nous rappelle que ces "jeunes gens en colère ont été happés par la vie et dévorés par le système". Il ne faudrait pas oublier pourtant que cette agitation - aussi éphémère qu’elle fût - a bouleversé des institutions poussiéreuses, désacralisé un certain nombre de vieilles barbes et popularisé des revendications d’inspiration libertaire. Qu’il y ait eu par la suite un énorme déchet, qui s’en étonnera ? Que restait-il le 2 août 1914, des foules ouvrières qui, peu auparavant, clamaient leur haine de la guerre au Pré Saint-Germain ou sur les boulevards parisiens ? Que sont devenus ces milliers d’ouvriers qui, après mai 36, grossirent les rangs de la CGT puis retournèrent leur passivité de non-syndiqués ? Nous pensons qu’il faudrait en finir avec ce dénigrement systématique d’un mouvement spontané et enthousiaste qui, à côté d’outrances irréversibles, a rendu au mot "liberté" un peu de cette flamme et de cette jeunesse que les professionnels de la Culture et la politique avaient peu à peu étouffées. On a parlé d’une prétendu conflit des générations et on accuse à ce sujet l’ignorance arrogante et la légèreté de la jeunesse. Mais il serait bon aussi que les militants d’un certain âge cessent de jouer les donneurs de conseils et de prendre la jeunesse comme cible de leur verbe facile et de leur ironie discutable.
Joyeux pourfend ensuite les groupes dits "autonomes" qui sont, dit-il, la séquelle des jeunes de mai 68. Casseurs, irresponsables, provocateurs, non contrôlés : tels sont les qualificatifs généralement accolés à ces groupes. Certes, briser des devantures ou lapider des CRS ne fait pas avancer d’un pas la révolution. Mais mettre un peu d’animation dans ces mornes journées de manifestations autorisées, ça vaut bien ces défilés ridicules avec pancartes et banderoles, encadrés par les services d’ordre policiers ou syndicaux. Quand Joyeux se moque des "deux ou trois slogans imbéciles" que les groupes dits "autonomes" "braillent dans les manifs" son ironie pourrait aussi s’exercer contre le troupeau discipliné qui participe à ces défilés de carnaval.
Mais ce sont là points de détails. Ce que l’on peut reprocher à Joyeux, c’est l’emploi abusif des mots autonome et autonomie, sans préciser clairement le double sens de ces mots. Ce qui permet d’affirmer "un groupe anarchistes n’est pas autonome, car il est fédéré dans la fédération" et "on est fédéraliste ou on est autonome, mais pas les deux à la fois". Quand on parle des "groupes autonomes", ou des syndicats autonomes" ou de la "Fédération autonome de l’Éducation Nationale, on veut simplement dire que ces groupes ou syndicats sont indépendants les uns des autres, ont refusé tout pacte associatif, qui les fédérerait à l’intérieur d’une organisation plus large. En ce sens, il est bien évident que les groupes de la Fédération Anarchistes, - étant fédérés ! - ne sont pas autonomes.
Mais revenons au sens originel du mot autonome, au sens proudhonien de ce terme. Un groupement autonome est un groupement qui s’administra lui-même sans recevoir des ordres ou subir des pressions de l’extérieur. Un groupe anarchiste est donc autonome, car la Fédération n’est qu’un organe de liaison et de coordination qui - en dehors des Principes de Bases - ne peut imposer aucune contrainte, aucune ligne, aucun monolithisme idéologique. C’est ainsi que nous lisons dans les Principes de Base de notre F.A. : " la F.A. reconnaît (...) b) l’autonomie de chaque groupe".
Le fédéralisme libertaire repose sur l’autonomie des groupes à l’intérieur de la Fédération - la liberté de l’individu étant respectée à l’intérieur du groupe - et il faut insister là-dessus pour dissiper l’ambiguïté de l’article de Joyeux qui conclut péremptoirement qu’il faut "choisir entre le fédéralisme et l’autonomie". Il n’y a pas à choisir si on rend au mot autonomie son sens véritable sur lequel Joyeux glisse avec légèreté.
Quand on parle de fédéralisme, il est difficile de ne pas se référer à Proudhon. Ce qu’il dit des groupes sociaux est valable - à une plus humble échelle - pour les groupes anarchistes. Le système fédératif repose sur la gestion autonome : "chaque groupe social, commune ou compagnie ouvrière, se gouvernera lui-même en toute souveraineté et traitera avec les autres groupes".
Nous sommes persuadés que telle est la conception de Joyeux : mais le fait de n’avoir pas clairement défini le double sens du mot autonome risque de faire croire que les groupes F.A. obéissent à des consignent autoritaires, ne s’administrent pas en toute liberté, ne sont pas "autonomes". De telles conceptions sont étrangères aux principes de la Fédération Anarchiste et doivent rester dans l’avenir. Tout ambiguïté étant écartée, disons pour "voir clair et parler net" qu’autonomie des groupes et fédéralisme libertaire sont étroitement liés.

Groupe de Bordeaux




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