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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mais où est l’autonomie ?
{Le Monde Libertaire}, 4 octobre 1979, p. 9.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Depuis quelques années, après chaque nouvelle mesure anti-sociale du gouvernement, après chaque affrontement entre ouvriers et forces de l’ordre, on nous dit qu’on va voir ce qu’on va voir, que les ouvriers vont déborder les syndicats, qu’une vaste mouvement autonome révolutionnaire de masse (et autres adjectifs) anti-machin, anti-truc et encore anti, est en formation, qu’une nouveau mai 68 se prépare, etc.
Mais que constatons-nous lorsque l’on regarde la situation en face, en l’extirpant de tout romantisme dépassé, en ne sachant pas la réalité du moment et le travail qu’il nous reste à faire pour propager l’anarchisme dans les masses ?

Le plan Barre tant décrié et mis petit à petit en place avec l’annonce de la restriction du pouvoir d’achat, mesure qui aurait soulevé les passions il y a trois ans, passe presque inaperçu malgré les déclarations officielles des représentants des partis politiques d’opposition et des confédérations syndicales.
Pour se masquer encore la réalité, on attribue l’apathie aux syndicats qui auraient encadré et canalisé les masses. Mais que constatons-nous encore une fois, si l’on s’éloigne des déclarations officielles dans les média et si l’on regarde ce qui nous intéresse, le monde des travailleurs exploités : des actions purement revendicatives aux actions, ou propositions d’actions, les plus dures, ce sont les syndiqués qui sont à la pointe du combat (les affrontements de Cherbourg en sont encore une preuve). Dans presque toutes les luttes à direction assembléiste syndiqués è non-syndiqués, ce sont les syndiqués qui les mettent en place (et que nous importe si les permanents syndicaux ne sont pas d’accord).
Que l’on ne leur reproche pas de magouiller les assemblées du seul fait qu’ils sont syndiqués, car nous ne sommes pas pour l’assembléisme auto-suffisant dans lequel se dissoudrait toutes les organisations, ce qui, d’une part, serait utopique et ce qui, d’autre part, irait à l’encontre de la liberté d’organisation des individus selon leurs idées.
Cela ne veut pas dire que des chômeurs, étudiants, jeunes et autres fractions de la société, ne se joignent pas à ces mouvements, mais ce n’est pas parce qu’ils se battent plus longtemps que les autres contre les flics qu’ils sont plus révolutionnaires pour cela.
La constatation à faire, et qui n’est pas nouvelle, est qu’il n’est pas vrai que, plus la situation est dure pour les exploités, plus ils sont combatifs, comme il est aussi faux de dire que, plus ces exploités sont combatifs, plus il y a de chance de révolution sociale.
S’il est un fait qu’il existe des hommes exploités par d’autres exploiteurs (et encore n’est-ce pas aussi simple que cela), il est faux de leur attribuer, par on ne sait quelle grâce, une idéologie indépendante de la société.
Rien ne sert aux exploités d’être autonomes, anti, subversifs, combatifs, s’ils n’ont pas la vision de ce qu’ils veulent, et les classes ouvrières dans l’histoire se sont faites chasser de la gestion de la société car malgré leur "mouvement autonome" mythique, elles ne savaient pas ce qu’elles voulaient et étaient divisées par des mouvements organisés, chrétiens, démocrates, communistes et anarchistes.
C’est pour cela notamment qu’une poignée de bolchéviks ont pu asservir des millions de prolétaires ayant fait une révolution destructive mais s’étant montré incapables de gérer la société.
Devant cette utopie qui veut que "la masse" ait une idéologie unique (que chacun sous-entend de son "bord"), nous ne pouvons qu’être méfiants envers toute subversion ou toute déstabilisation de la société qui jette les masses soit dans la réaction fasciste de par leur apathie, soit vers la revendication ou l’insurrection de par leur combattivité, mais cela étant le fait, non de la masse que l’on déclare par ailleurs autonome, mais d’un mouvement ou d’une organisation qui a besoin de cette déstabilisation pour prendre le pouvoir. Et cette tactique n’est que la tactique ancestrale du marxisme et notamment du bolchévisme (que l’on se rappelle que presque tous les mouvements, du "conseillisme" au "situationnisme" étaient d’obédience marxiste des plus rigoureuses).
Nous ne pouvons qu’être contre "l’autonomie politique" qui est par définition une dépendance au pouvoir central et qui a donc une intervention limitée, car nous sommes pour le fédéralisme qui, lui, n’est pas limité, et permet l’intervention dans la société de tous et partout.
Les anarchistes savent depuis Proudhon que la révolution n’est pas la partie destructive du grand soir mais la partie constructive d’une société anarchiste.
Nous savons aussi que la société ne sera, après la révolution, que ce qui aura été engendré avant la révolution, et qu’il n’y a pas de spontanéisme pur qui voudrait qu’il y ait une coupure où toute idéologie disparaîtrait au profit d’une idéologie unique, commune et "autonome".
Pour les anarchistes qui ne croient pas au grand soir et qui ne veulent pas d’un pouvoir qui les utilise et se remette en place, il y a deux questions essentielles à se poser :

  • D’une part, on doit savoir si les classes paysannes et ouvrières ont idée de ce qu’elles veulent, savoir si elles ont la capacité de transformer la société et de la gérer.
  • D’autre part, ne voulant pas de n’importe quelle révolution, mais d’une révolution anarchiste, nous devons savoir si l’anarchisme est reconnu dans la société comme proposition concurrente des autres pour la gestion de la société, et pour cela il faut savoir quels moyens mettre en place, non pas pour que l’anarchisme soit une menace, un marginalisme ou qu’une philosophie, mais un mouvement appartenant à part entière à la société, accepté et crédible.

    Ces deux questions nous font voir la dimension du travail à effectuer, et notamment la nécessité pour les anarchistes de mettre enfin en place une organisation intervenant dans le social et pouvant présenter une réelle alternative aux organisations chrétiennes, démocrates, socialistes et communistes, pour arriver à la révolution sociale et à la réorganisation de la société sans gouvernement.

    Groupe Malatesta




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