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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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À propos d’autonomie
{Le Monde Libertaire}, 18 octobre 1979, p. 5.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Le débat semble donc lancé dans le ML et d’une façon plus large dans le mouvement libertaire au sujet de l’autonomie. À travers ce thème à la mode, c’est en fait, et le mouvement anarchiste ne doit pas s’y tromper, le problème de l’organisation qui est posé. Nous avons vu en effet fleurir depuis quelques temps nombre d’articles nous vantant les gloires de l’autonomie, sans trop d’ailleurs expliquer de quoi il retournait au juste.
"L’autonomie" est en effet à la mode, que ce terme désigne les casseurs de fin de manif, une certaine frange du mouvement révolutionnaire italien ou encore le problème de l’indépendance dans l’organisation anarchiste (cf. M. Joyeux-groupe de Bordeaux dans le ML). Il est des termes dans le vent desquels il faut se méfier, il est des slogans qui ne renferment souvent que du vide (derrière les slogans le néant dirait Béranger). Ainsi à notre époque le terme "autonomie" fait son entrée en force dans le mouvement révolutionnaire et plus précisément dans le mouvement libertaire.
Constatant l’attentisme et le blocage des luttes par les directions syndicales (c’est effectivement une évidence) et le débordement ici et là des organisations traditionnelles par les travailleurs et les affrontements avec les forces de répression, certains nous ressortent la solution "autonomie" comme seul débouché des luttes radicales menées ici et là. L’unique solution à cette situation étant bien sûr le rejet de tout syndicalisme et l’approbation de l’idéologie conseilliste. Il est évident qu’une telle analyse de la situation fait, comme le remarque le groupe Malatesta dans le ML, n°325, plus partie du romantisme que de l’analyse méthodique et réaliste de la société dans laquelle nous évoluons.
Le ras-le-bol du syndicalisme (même réformiste) est loin d’être un fait général parmi les travailleurs et se situe beaucoup plus du côté d’une infime minorité de militants radicalisés. Même les travailleurs qui ont dû subir la répression de la bureaucratie syndicale ne se sont jamais coupés du syndicalisme en tant que tel. À preuve les sections syndicales autogestionnaires (SAT et autres) créées par des travailleurs exclus des syndicats réformistes. Et même la dernière en date, qui s’est pourtant magistralement fait couillonner par les bonzes syndicaux à travers un conflit très dur, la section CFDT d’Usinor-Dunkerque, déclare dans un dossier réalisé récemment son attachement à l’organisation confédérale.
Il ne faut donc surtout pas s’illusionner si quelques syndiqués déchirent leur carte, écoeurés par les manoeuvres des bureaucrates, il ne s’agit nullement d’un phénomène de ras-le-bol plus ou moins général ; Parler de conseillisme ("ouvrier et paysan") alors que l’immense majorité des syndiqués (qui représente qu’on le veuille ou non, à une forte proportion d’entre eux, la fraction des travailleurs la plus consciente de son exploitation), croit encore aux vertus ...(illisible)... révolutionnaires, sont effectivement des outils de lutte récupérables vers des voies réformistes (épisode des ministres de la CNT espagnole durant la guerre civile), il ne faudra pas oublier qu’un "mouvement autonome révolutionnaire de masse" (ouf !) basé sur les conseils ouvriers est tout aussi récupérable et l’histoire est là aussi pour nous le prouver. Ce qu’il y a en face de ce mouvement autonome de masse, c’est :
1/ la réaction bourgeoise
2/ de puissantes organisations bolchéviques
et l’histoire n’est que le témoignage de l’écrasement de tous ces mouvements à base conseilliste par les forces réactionnaires ou communistes.
Alors il ne s’agit pas de vouloir vendre sa camelote à tout prix comme étant la plus fiable. Un mouvement révolutionnaire qui ne possède pas une solide organisation de masse structurée selon des principes fédéralistes à partir des lieux de production est un mouvement qui se fait écraser ou récupérer par les organisations staliniennes. De plus, il se trouve, et là aussi l’histoire doit nous servir de leçon, qu’un mouvement révolutionnaire, pour qu’il aboutisse, doit être capable de redonner vie d’une manière fiable et structurée à la production, et ce dans les jours qui suivent une insurrection et une expropriation généralisée, sous peine de chaos et de réaction, de droite ou gauche. Et cela, qu’on le veuille ou non, c’est l’organisation syndicale qui est capable de jouer ce rôle au niveau de la production car elle seule possède les structures adéquates.
près cette réflexion sur le problème du syndicalisme et du conseillisme (qui est loin d’être nouveau), nous devons ajouter qu’à notre avis le problème est de savoir comment créer cette organisation de masse capable d’assurer ce rôle puisqu’elle doit, à nos yeux, exister pour que la révolution libertaire ait un jour une chance d’éclater et de déboucher réellement. Le travail à faire n’est pas de pousser les gens à l’antisyndicalisme, et notamment les jeunes, mais de les amener à une situation de rupture avec les réformistes pour pouvoir ensuite envisager la construction de cette organisation dont nous parlions. Et c’est ce travail qu’ont entrepris de nombreux camarades étrangers (USI, FAUD...) et qui rencontrent ce problème, à savoir des individus écoeurés par les syndicats réformistes et qui versent dans l’antisyndicalisme le plus total et par là même refusent de rejoindre l’organisation anarcho-syndicaliste. Nous pourrions bien sûr également faire nombre de critiques aux organisations anarcho-syndicalistes qui ont existé et qui existent encore, et qui seraient justifiées, mais nos critiques porteraient sur la forme et non sur le fond, car nous pensons en tant que militant révolutionnaires qui se posent concrètement le problème de la révolution économique et sociale que c’est dans l’organisation syndicale anarchiste qu’il faut chercher la seule potentialité révolutionnaire capable d’abattre le système actuel et de promouvoir le communisme-libertaire.

Louis - Gr Elisée Reclus - Angers




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